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Trump affirme avoir ordonné des « chirurgies inverses » aux personnes trans : aucune mesure ne l’impose

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Donald Trump assure que des hôpitaux américains réalisent désormais, « sur son ordre », des « chirurgies inverses » sur des personnes trans. Pourtant, aucun décret présidentiel n’impose de telles opérations et l’expression ne désigne aucune procédure médicale standardisée. Les mesures prises par son administration portent plutôt sur la restriction de certains soins d’affirmation de genre et sur le financement de services destinés aux personnes souhaitant volontairement détransitionner.

Lors d’un rassemblement organisé le 21 août au Myrtle Beach Convention Center, en Caroline du Sud, le président américain a déclaré devant ses partisan·e·s : « En fait, les hôpitaux pratiquent maintenant des chirurgies inverses sur mon ordre ».

« Ils font des chirurgies inverses. Personne n’avait jamais entendu parler de ça. »

Aucune mesure présidentielle actuellement en vigueur ne demande toutefois aux établissements de santé américains de pratiquer une intervention chirurgicale destinée à « inverser » la transition d’une personne trans. Le décret signé par Trump le 28 janvier 2025 poursuit un autre objectif : restreindre le soutien et le financement fédéraux accordés à certains soins d’affirmation de genre pour les moins de 19 ans.

Aucun ordre imposant une « chirurgie inverse »

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a multiplié les restrictions visant l’accès des jeunes trans aux soins de transition, en particulier lorsqu’ils concernent les jeunes. Ces politiques peuvent limiter leur financement ou chercher à contraindre les établissements qui les proposent, mais elles ne prévoient pas de contraindre une personne trans à subir une nouvelle opération.

Adrian Shanker, qui a été responsable de la politique de santé et conseiller sur l’équité en santé LGBTQI+ au département américain de la Santé sous l’administration Biden, estime que les propos du président illustrent au contraire le risque d’une intervention politique dans les décisions médicales.

« Je ne sais pas vraiment ce que le président Trump entend par “chirurgies inverses”, mais la réalité est qu’il devrait laisser les décisions médicales au patient et à ses fournisseurs de soins », a-t-il déclaré à The Advocate.

La formule employée par Trump ne correspond par ailleurs à aucune intervention unique permettant d’effacer médicalement ou chirurgicalement les effets d’une transition.

Détransition : des soins différents selon les personnes

L’origine possible de la déclaration présidentielle se trouve dans des accords conclus entre le département américain de la Justice et deux importants réseaux hospitaliers : le Texas Children’s Hospital et la Cleveland Clinic.

Ces établissements ont accepté de proposer ou de financer des services destinés à des personnes qui ont reçu certains soins d’affirmation de genre et qui souhaitent ensuite détransitionner.

La Cleveland Clinic s’est notamment engagée à fournir pour deux millions de dollars de soins de détransition aux personnes ayant bénéficié de certaines interventions avant 19 ans. L’accord mentionne notamment les soins endocriniens, l’ajustement hormonal, la fertilité, le soutien psychologique ainsi que, lorsque cela est médicalement indiqué, des interventions de révision ou de reconstruction chirurgicale.

Le Texas Children’s Hospital doit de son côté mettre en place une clinique consacrée à la détransition, proposant différents services médicaux et psychosociaux. L’accord prévoit notamment de l’endocrinologie, de la chirurgie, des soins de fertilité, de la psychiatrie, de la psychothérapie et un accompagnement social.

Ces dispositifs ne signifient cependant pas que les patient·e·s concernés doivent détransitionner. Ils visent des personnes qui demandent volontairement ces soins.

La détransition peut elle-même prendre des formes très différentes : arrêt ou modification d’un traitement hormonal, changement de nom ou de présentation sociale, accompagnement psychologique, traitements de fertilité ou, plus rarement, soins chirurgicaux supplémentaires. Certaines personnes ne suivent aucune démarche médicale.

Parler d’une unique « chirurgie inverse » ordonnée par la Maison-Blanche donne donc une représentation trompeuse de ces accords.

Ce que Trump a réellement décidé sur les soins d’affirmation de genre

Le décret du 28 janvier 2025 demande aux agences fédérales de prendre des mesures pour que les institutions recevant certaines subventions fédérales mettent fin aux traitements que l’administration Trump regroupe sous une terminologie contestée et qui comprennent notamment les bloqueurs de puberté, les hormones et certaines interventions chirurgicales chez les moins de 19 ans.

Une partie des dispositions relatives au financement a cependant été bloquée par la justice fédérale. Une injonction préliminaire empêche notamment le gouvernement de retirer certains financements à des établissements au seul motif qu’ils proposent des soins d’affirmation de genre à des personnes de moins de 19 ans. Cette procédure judiciaire était toujours en cours en 2026.

Les Centers for Medicare & Medicaid Services ont parallèlement adopté en août 2026 une règle mettant fin à l’utilisation de fonds fédéraux Medicaid et du Children’s Health Insurance Program pour financer certains soins d’affirmation de genre chez les mineur·e·s. Son entrée en vigueur est prévue le 13 octobre 2026, avec une période pouvant aller jusqu’à six mois pour permettre à certains patients déjà sous traitement hormonal de réduire progressivement celui-ci.

Cette règle n’ordonne pas davantage la réalisation d’une intervention chirurgicale.

Le Dr Demetre Daskalakis, médecin-chef au Callen-Lorde Community Health Center de New York et ancien responsable des Centers for Disease Control and Prevention sous Joe Biden, a lui aussi rejeté l’idée que le président puisse directement prescrire des actes médicaux dans les hôpitaux.

« Les décisions médicales devraient être prises entre les professionnels de la santé, leurs patients et leurs parents », a-t-il déclaré à The Advocate.

« Je ne connais pas de situation où des non-cliniciens, comme le président, ordonnent des interventions cliniques dans les hôpitaux », ajoute-t-il.

La question trans au cœur d’un rassemblement électoral

La déclaration de Donald Trump a été prononcée dans un contexte directement électoral. Le président se trouvait à Myrtle Beach pour soutenir Darline Graham, nommée au Sénat après la mort de son frère Lindsey Graham et alors candidate au second tour de la primaire républicaine face au représentant Ralph Norman.

Durant son discours, Trump a également pris pour cible la démocrate Annie Andrews, pédiatre et candidate au Sénat, qu’il a accusée de soutenir « le transgenre pour tout le monde » et d’encourager des enfants « confus » à croire qu’ils sont nés dans le mauvais corps. Ces accusations ont été rapportées par The Advocate.

Annie Andrews a pour sa part déclaré qu’elle ne soutenait pas les chirurgies d’affirmation de genre pour les personnes de moins de 18 ans et qu’elle défendait des décisions de soins reposant sur les données médicales et prises entre les professionnel·le·s, les parents et les jeunes concernés.

Le rassemblement intervenait quelques jours après un débat difficile pour Darline Graham. Interrogée sur Taïwan et la mer de Chine méridionale, elle avait reconnu ne pas être suffisamment informée sur les questions de sécurité nationale. Elle avait également affirmé que la Caroline du Sud comptait 50 millions d’habitants, contre environ 5,5 millions en réalité.

Après ce débat, Graham avait notamment recentré son discours sur les préoccupations économiques et la participation des personnes trans aux compétitions sportives.

Depuis le rassemblement de Trump, la situation électorale a évolué : le 25 août, Darline Graham a remporté le second tour de la primaire républicaine face à Ralph Norman. Elle doit désormais affronter Annie Andrews lors de l’élection générale du 3 novembre.

Lire aussi : Donald Trump : moquerie envers des athlètes transgenres lors d’un discours filmé

Une confusion entre politique publique et décision médicale

L’affirmation sur les « chirurgies inverses » s’inscrit dans une place croissante accordée aux questions trans dans le discours politique de Donald Trump et d’une partie du Parti républicain.

Sous sa deuxième administration, cette orientation ne se limite plus aux discours de campagne. Elle s’est traduite par des restrictions de financement, des mesures visant les établissements proposant certains soins, des changements de politique concernant les soins des personnes trans détenues dans les prisons fédérales et plusieurs contentieux devant les tribunaux.

Mais ces mesures ne permettent pas d’étayer l’affirmation selon laquelle les hôpitaux pratiqueraient des opérations de détransition sur ordre du président.

La réalité médicale est plus individualisée : certaines personnes choisissent de détransitionner et peuvent demander des soins adaptés, tandis que certaines personnes trans poursuivent ou souhaitent entreprendre des soins liés à leur transition.

Dans les deux situations, il ne s’agit pas d’une opération unique que l’État pourrait simplement ordonner aux hôpitaux, mais de parcours médicaux distincts qui dépendent des besoins et des choix de chaque patient·e.

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