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Autobiographie du pape François : la version russe censure des passages sur les personnes LGBTQ+

Autobiographie du pape François la version russe censure des passages sur les personnes LGBTQ+
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La version russe de Hope: The Autobiography, l’autobiographie du pape François publiée en Russie en 2026, comporte plusieurs passages supprimés ou masqués lorsqu’ils abordent l’homosexualité, les personnes trans et la bénédiction des couples de même sexe. Certaines sections de l’édition papier ont même été recouvertes de larges bandes noires, tandis que des coupures similaires apparaissent dans la version numérique.

Ces modifications touchent précisément des sujets sur lesquels François avait adopté, durant son pontificat, une approche pastorale plus ouverte que celle généralement associée à ses prédécesseurs, sans pour autant modifier les principaux enseignements de l’Église catholique sur le mariage et la sexualité.

Des passages noircis dans l’édition russe de l’autobiographie

Parue dans plusieurs langues le 14 janvier 2025, alors que François était encore pape, Hope a été publiée en russe par Alpina Publisher en 2026. La version numérique a notamment été mise en vente le 7 juillet 2026. François, mort le 21 avril 2025, avait travaillé pendant six ans à cette autobiographie avec Carlo Musso.

La censure de l’édition russe a d’abord été signalée par la librairie Primus Versus, qui a diffusé des photographies de pages où des blocs de texte sont recouverts de noir. La théologienne Natallia Vasilevich a ensuite comparé cette version à l’original afin d’identifier les passages manquants. Les mêmes coupes figurent également dans l’édition électronique.

Les suppressions concernent notamment les réflexions de François sur la place des personnes homosexuelles et trans dans l’Église. Ont aussi été retirés des passages évoquant la possibilité pour les personnes trans d’être baptisées et, sous certaines conditions, d’être parrains ou marraines, ainsi que ses propos contestant la criminalisation de l’homosexualité.

Le choix de masquer physiquement certains paragraphes, plutôt que de simplement les retirer de la mise en page, rend la censure particulièrement visible pour le lecteur.

Fiducia supplicans également retirée

Un autre passage supprimé concerne Fiducia supplicans, la déclaration publiée par le Dicastère pour la Doctrine de la foi en décembre 2023 et approuvée par François.

Le document avait ouvert la possibilité de bénédictions pastorales pour les couples de même sexe ainsi que pour les couples considérés comme étant en situation « irrégulière » par l’Église. La décision du Vatican autorisant ces bénédictions précisait toutefois qu’elles ne devaient pas prendre la forme d’un rite matrimonial, être intégrées à une cérémonie civile ni être interprétées comme une reconnaissance du statut du couple.

La doctrine catholique définissant le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme n’était donc pas modifiée. Fiducia supplicans représentait plutôt un changement dans l’approche pastorale de l’Église, en permettant à des prêtres de répondre spontanément à une demande de bénédiction sans l’assimiler au sacrement du mariage.

C’est cette nuance, ainsi que la référence au document, qui disparaît de la version russe de l’autobiographie.

François avait changé le ton sans bouleverser la doctrine

Tout au long de son pontificat, François a cherché à employer un langage moins excluant envers les personnes LGBTQ+, tout en maintenant plusieurs positions traditionnelles de l’Église.

Il avait notamment dénoncé les lois criminalisant l’homosexualité et appelé les évêques catholiques à accueillir davantage les personnes homosexuelles. En 2023, le Vatican avait également précisé, dans un document approuvé par le pape, qu’une personne trans pouvait recevoir le baptême sous certaines conditions. La possibilité d’être parrain ou marraine pouvait elle aussi être envisagée, mais devait être appréciée avec prudence sur le plan pastoral.

Ces gestes avaient été salués comme des signes d’ouverture, mais ils n’avaient pas fait disparaître les divergences entre l’enseignement catholique et les revendications de nombreuses organisations LGBTQ+. François avait d’ailleurs lui-même suscité des critiques en raison de certaines déclarations et des limites doctrinales qu’il continuait de défendre.

Son héritage sur ces questions repose ainsi moins sur une transformation complète de la doctrine que sur une évolution du langage, de l’accueil pastoral et de certaines pratiques.

Une législation russe de plus en plus restrictive

Les coupures apportées à Hope interviennent dans un environnement juridique russe particulièrement contraignant pour les représentations LGBTQ+.

Une première loi adoptée en 2013 interdisait la diffusion auprès des mineurs d’informations présentant positivement les relations homosexuelles. En décembre 2022, ces restrictions ont été considérablement étendues : l’interdiction de la « propagande LGBT » concerne depuis lors le public de tous âges et touche notamment les livres, les films, les médias, la publicité et les contenus diffusés sur Internet.

Cette évolution s’inscrit dans un durcissement plus général de la répression visant les personnes LGBTQ+ en Russie, qui concerne également les associations, les lieux communautaires et les personnes accusées de diffuser des contenus interdits.

La pression s’est encore accentuée en novembre 2023, lorsque la Cour suprême russe a qualifié d’organisation extrémiste ce qu’elle appelle le « mouvement international LGBT ». Les défenseurs des droits de la personne dénoncent notamment le caractère vague de cette notion et les risques qu’elle fait peser sur toute manifestation publique liée aux réalités LGBTQ+.

Le secteur du livre est directement touché. Depuis 2022, au moins 600 titres auraient disparu des ventes en Russie pour différents motifs liés à la censure. Ce total ne concerne donc pas exclusivement les contenus LGBTQ+, même si les restrictions visant la « propagande LGBT » ont entraîné le retrait de nombreux ouvrages et encouragé des pratiques d’autocensure chez les éditeurs et les libraires.

Une partie de l’héritage de François rendue inaccessible

Le cas de Hope montre que les restrictions russes ne concernent plus seulement les ouvrages dont le thème central est la diversité sexuelle ou de genre. Elles peuvent également affecter une autobiographie religieuse internationale lorsque certains passages entrent en conflit avec les normes imposées au marché éditorial russe.

Dans l’édition originale, les réflexions de François sur les personnes homosexuelles et trans participent à son récit du pontificat et permettent de comprendre son approche pastorale. Leur suppression modifie donc la façon dont cette partie de son héritage est présentée aux lecteurs russophones.

Le contraste est d’autant plus marqué que les positions censurées ne constituaient pas une reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe ni un abandon de la doctrine catholique traditionnelle. Elles traduisaient principalement une volonté d’accueil, une opposition à la criminalisation de l’homosexualité et l’ouverture limitée de certaines pratiques pastorales.

Cette nouvelle affaire rejoint plus largement les actualités LGBT consacrées aux restrictions légales, aux droits des personnes LGBTQ+ et aux évolutions politiques qui les concernent à travers le monde.

Dans la version russe de son autobiographie, même les nuances défendues par François sur ces questions n’ont donc pas toutes franchi la barrière de la censure.

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