Aller au contenu
Accueil » Turquie : la vague d’arrestations visant la communauté LGBT+ se poursuit

Turquie : la vague d’arrestations visant la communauté LGBT+ se poursuit

Rate this post

Les opérations visant des militants, des associations et des lieux fréquentés par la communauté LGBT+ se poursuivent en Turquie. Mardi 15 septembre, des dizaines de personnes ont de nouveau été interpellées à Istanbul et Ankara lors de rassemblements organisés contre les arrestations du week-end. Selon Reuters, au moins 126 manifestants ont été arrêtés dans les deux villes au cours de la journée.

Cette mobilisation intervient après plusieurs jours de perquisitions, d’arrestations et de restrictions visant des organisations LGBT+ et des défenseurs des droits humains. Les autorités présentent ces opérations, menées sous le nom « Ma famille est en sécurité », comme destinées à protéger les enfants et les valeurs familiales. Les enquêtes annoncées concernent 162 suspects, neuf associations et treize entreprises dans quinze provinces.

Plus d’une centaine d’interpellations lors des manifestations

À Istanbul, les forces de l’ordre sont intervenues devant le palais de justice de Caglayan, sur la rive européenne, où des militants s’étaient réunis pour dénoncer les arrestations. Un premier bilan faisait état de 91 personnes interpellées.

Deux journalistes du quotidien turc Birgün et de la télévision publique allemande ARD ont également été arrêtés, selon le Syndicat des journalistes de Turquie.

À Ankara, jusqu’à 300 militants se sont réunis dans la soirée. Les interpellations enregistrées dans les deux villes ont porté à au moins 126 le nombre de manifestants arrêtés mardi, selon Reuters.

Lire aussi : Istanbul : plus de 50 personnes interpellées avant la Pride

Une opération menée dans plusieurs provinces

Les premières interventions ont commencé durant le week-end avec des perquisitions dans des locaux associatifs, des établissements fréquentés par des personnes LGBT+ et des domiciles de militants. Les investigations portent notamment sur des accusations d’« obscénité », d’« aide à la prostitution » ou de « liens financiers avec l’étranger ».

Les autorités ont parallèlement ordonné le blocage de nombreux sites Internet et comptes sur les réseaux sociaux. Amnesty International indique que plus de 180 comptes appartenant à des organisations LGBT+, des militants, des journalistes, des médias et d’autres acteurs ont été bloqués ou restreints. Le compte X d’Amnesty International Turquie fait partie des comptes concernés.

Plusieurs personnes ont également été placées en détention provisoire. Reuters faisait état mercredi d’au moins 31 personnes incarcérées dans le cadre des procédures en cours, tandis que les opérations se poursuivaient dans plusieurs provinces.

La politique familiale d’Erdogan en toile de fond

Ces opérations interviennent alors que le président Recep Tayyip Erdogan a fait de la politique familiale et démographique une priorité de son gouvernement. La période 2026-2035 a été proclamée « la décennie de la famille et de la population 2026-2035 ».

Cette orientation prolonge un durcissement de la politique turque envers les personnes LGBT+ déjà présenté par les autorités sous l’angle de la protection de la famille. Le chef de l’État prend régulièrement pour cible les personnes LGBT+ dans ses discours, qu’il qualifie notamment de « perverses », et les associe à la baisse de la natalité.

L’homosexualité n’est pas réprimée pénalement en Turquie. Les organisations de défense des droits humains et plusieurs institutions européennes dénoncent cependant depuis plusieurs années des restrictions visant les personnes LGBT+, leurs associations et leurs manifestations.

Des partis d’opposition dénoncent les opérations

Les interventions policières ont également suscité des réactions au sein de l’opposition turque.

Le Nouveau Parti (Yeni, opposition) a regretté « l’utilisation du système judiciaire comme outil de punition généralisée, fondée sur l’orientation sexuelle et les préférences des individus ».

Le DEM, Parti de l’égalité des peuples et de la démocratie, a de son côté estimé sur X que le « langage de la paix ne [pouvait] aller de pair avec la répression ».

Cette réaction intervient alors que le DEM joue un rôle d’intermédiaire dans le processus engagé entre Ankara et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), notamment avec Abdullah Ocalan, chef emprisonné du mouvement.

Le Conseil de l’Europe et Amnesty International réagissent

Les opérations ont également suscité des réactions internationales. Le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, s’est déclaré préoccupé, le 15 septembre, par les arrestations, les perquisitions ainsi que les blocages de sites et de comptes visant la société civile LGBT+ et les défenseurs des droits humains.

Il a estimé que « de simples références aux “valeurs familiales” ou à la “protection des enfants” ne [pouvaient] servir de justification aux restrictions des droits humains ».

Amnesty International a également demandé aux autorités turques de mettre fin aux opérations et de libérer les militants détenus en raison de leurs activités en faveur des droits LGBT+.

« Cette répression généralisée (…) n’a absolument rien à voir avec la protection des familles et vise uniquement à porter davantage atteinte à une communauté déjà durement éprouvée par des décennies de discrimination et d’intimidation », a dénoncé Esther Major, directrice régionale adjointe pour l’Europe de l’organisation.

Les Dernières Actualités