Un modèle de tolérance au sein du continent africain
Situé au large des côtes du Sénégal et de la Mauritanie, le Cap-Vert est reconnu pour son patrimoine culturel, sa musique et ses plages. Mais l’archipel se distingue également par son approche des droits des personnes LGBTQIA+. D’après l’indice Equaldex, qui mesure les droits et la législation relatifs à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre, le Cap-Vert est aujourd’hui le pays africain le mieux classé. Il figure également parmi les meilleurs pays en matière de droits LGBT à l’échelle mondiale.
Dans une grande partie de l’Afrique, les droits des personnes homosexuelles et transgenres demeurent très limités, comme l’explique notre dossier consacré aux droits LGBT en Afrique.
Une évolution portée par des années de mobilisation
Pour Walter Pires, enseignant et comédien amateur, les progrès observés au Cap-Vert sont le résultat d’un engagement de longue haleine.
« Aujourd’hui, nous vivons ici presque dans un paradis, mais cela est le fruit d’un travail acharné », explique-t-il à l’AFP.
Malgré cette avancée, il estime que des améliorations restent nécessaires, notamment dans le domaine de l’emploi. Avec deux autres artistes, il interprète la pièce Font Flip is Burning, présentée le mois dernier à Mindelo. Le spectacle met en scène le quotidien et les difficultés rencontrées par trois personnes travesties.
Les discriminations professionnelles restent une réalité
Walter Pires rappelle que les violences et les discriminations demeurent présentes malgré l’évolution des mentalités.
« Beaucoup de nos amis ont été agressés, comme le raconte la pièce ; ils ont été blessés, expulsés de chez eux et personne ne leur donne de travail. Peu à peu, la société s’ouvre, mais il reste encore un long chemin à parcourir », a-t-il déclaré à l’agence de presse.
Selon lui, les personnes transgenres sont particulièrement touchées par les discriminations à l’embauche.
« Il y a beaucoup de personnes LGBT, principalement des personnes transgenres, qui – et la pièce le montre bien – vont demander du travail dans des magasins ou ailleurs et à qui l’on refuse un emploi uniquement parce qu’elles sont trans. On leur dit : ‘Très bien, tu veux travailler ? Change de vêtements, habille-toi en homme et viens travailler' », explique Walter.
Une société plus ouverte que sa propre législation
Le Cap-Vert occupe la première place africaine dans le classement Equaldex consacré aux droits des personnes LGBTQ.
L’une des particularités de l’archipel réside dans le décalage entre son cadre juridique et l’opinion publique. Son indice juridique atteint 55 points, tandis que l’acceptation sociale est évaluée à 80 points, soit un écart positif de 25 points. Cette différence montre que la population cap-verdienne se révèle globalement plus favorable aux droits des personnes LGBT que la législation actuellement en vigueur.
La situation est inverse en Afrique du Sud. Le pays dispose d’un cadre légal particulièrement avancé, avec un indice juridique de 77, alors que l’opinion publique obtient un score de 57, soit un écart négatif de 19 points.
Cette position en fait également l’un des pays les plus sûrs du continent pour les voyageurs LGBT, à l’inverse de plusieurs pays dangereux pour les personnes LGBT.
Cette évolution contraste avec la situation de nombreux États voisins et rejoint les rares avancées observées ailleurs sur le continent, notamment au Botswana, où les droits LGBT progressent progressivement.
Des avancées législatives importantes depuis vingt ans
Le pays a connu plusieurs réformes majeures en faveur des droits des personnes LGBTQIA+.
En mars 2004, les relations homosexuelles ont été dépénalisées, mettant un terme à plus d’un siècle de criminalisation. Cette réforme a également harmonisé l’âge de consentement entre les relations hétérosexuelles et homosexuelles. À la même période, les personnes lesbiennes, gays et bisexuelles ont cessé d’être explicitement exclues du service dans les forces armées.
Une nouvelle étape a été franchie en 2008 avec l’interdiction des discriminations professionnelles fondées sur l’orientation sexuelle. Puis, en 2015, le Code pénal a été renforcé en intégrant une circonstance aggravante pour les infractions motivées par la haine raciale, religieuse, politique, ainsi que par l’orientation sexuelle ou l’identité de genre de la victime.
Des droits encore incomplets
Malgré ces progrès, plusieurs revendications restent sans réponse.
Le mariage entre personnes de même sexe demeure interdit, comme dans de nombreux pays où le mariage homosexuel reste interdit., tout comme l’adoption par les couples homosexuels. Le droit cap-verdien ne prévoit pas non plus de reconnaissance légale des identités non binaires, et les personnes transgenres ne peuvent toujours pas modifier la mention de leur genre sur leurs documents d’identité.
Une exception dans un continent où les lois restent très répressives
Avec un indice global de 68 sur 100, le Cap-Vert occupe la 31ᵉ place mondiale du classement Equaldex, devant des pays comme le Royaume-Uni et les États-Unis.
À l’opposé, plusieurs pays africains figurent parmi les moins bien classés, notamment en Afrique de l’Est et en Afrique de l’Ouest. La Somalie ferme le classement avec un indice global de 0, un indice juridique également nul et aucune donnée disponible concernant l’opinion publique, illustrant l’absence totale de protections légales.
Aujourd’hui encore, plus de trente pays africains continuent de criminaliser les relations entre personnes de même sexe, alors que l’homosexualité reste criminalisée dans de nombreux États membres de l’ONU. En Gambie, au Soudan, en Tanzanie et en Zambie, ces relations peuvent être sanctionnées par une peine de prison à perpétuité. En Somalie et en Ouganda, elles peuvent même être passibles de la peine de mort. L’Ouganda est d’ailleurs devenu l’un des symboles du durcissement des lois avec sa loi anti-homosexualité particulièrement controversée.






