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Submersion Games, Une Relecture Queer et Troublante de Moby Dick

Submersion Games spectacle queer Moby Dick
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Une immersion scénique minimaliste et puissante

À la Maison Saint-Gervais, Bryan Campbell propose Submersion Games, une création librement inspirée du roman Moby Dick. Le spectacle revisite ce classique en le transformant en une expérience sensorielle à la fois intime, drôle et dérangeante. Dans la continuité de certaines créations contemporaines, à l’image de spectacles queer marquants de la rentrée 2025, cette pièce s’inscrit dans une volonté de repousser les codes narratifs et corporels.

La scénographie repose sur une grande simplicité : une bâche figure le pont d’un navire, tandis que le public, disposé en bi-frontal, entoure les interprètes comme une mer vivante. Sur cette embarcation imaginaire, Bryan Campbell et Olivier Normand évoluent sous le regard des spectateur·ice·x·s, devenus une sorte d’horizon humain. Sans artifices spectaculaires, la pièce instaure une immersion forte, à la fois mentale et physique, où se rejouent désirs, peurs et fantasmes projetés sur la figure de la baleine.

Une relation artistique construite sur la confiance

La précision du lien entre les deux interprètes s’explique aussi par leur histoire commune. “Avec Olivier on se connaît depuis mon arrivée en Europe, c’est-à-dire 2009”, confie Bryan Campbell. Cette relation de longue date a nourri leur travail scénique et ouvert la voie à des explorations plus audacieuses.

Lors d’une résidence à Grenoble, ils ont notamment improvisé à partir d’un protocole inspiré du BDSM, intégrant codes, safewords et inversions de rôles. “Cette pratique nous a donné un protocole, des contours de sécurité et des zones de liberté”, explique-t-il. Ce cadre permet de faire dialoguer les relations réelles — ami à ami, chorégraphe à interprète — avec celles, fictives, qui traversent la pièce : “amant à amant, dominant à soumis, capitaine à matelot.”

Lire aussi : une comédie queer qui détourne les codes narratifs

Explorer le pouvoir entre désir et responsabilité

Derrière son apparente légèreté ludique, Submersion Games propose une réflexion approfondie sur les dynamiques de pouvoir. Bryan Campbell y interroge également sa propre position de chorégraphe, évoquant la nécessité “d’assumer que je pourrais avoir envie d’occuper une position de pouvoir, et que je pourrais exercer ce pouvoir d’une manière qui s’aligne avec mes valeurs”.

La pièce esquisse ainsi une vision du pouvoir qui dépasse la domination brute, pour intégrer des notions de soin, de responsabilité et de consentement. “Assumer le pouvoir est aussi un service qu’on donne à un projet, à des collaborateur·ice·x·s, aux personnes qu’on aime”, ajoute-t-il. Cette approche rejoint les réflexions actuelles présentes dans la scène artistique contemporaine et les événements culturels LGBTQ+ à suivre .

Une réflexion écologique à travers le désir

L’un des axes les plus marquants du spectacle réside dans sa dimension écologique. La baleine, loin d’être un simple symbole, devient un objet de désir ambigu, presque amoureux. Cette relation révèle un rapport au vivant marqué par l’ambivalence : fascination, appropriation et destruction coexistent.

C’est dans cette tension que la pièce trouve toute sa force, en montrant comment l’attachement au vivant peut s’accompagner d’un geste de domination ou de destruction.

Une œuvre contemporaine entre trouble et introspection

Avec Submersion Games, Bryan Campbell ne se contente pas de revisiter Moby Dick. Il crée un espace scénique où se croisent désir, autorité, vulnérabilité et conscience écologique. Cette traversée artistique, instable et troublante, s’inscrit pleinement dans une sensibilité contemporaine.

Représentations : jeudi 16 avril à 19h, vendredi 17 avril à 20h30 et samedi 18 avril à 19h.
Informations et billetterie : saintgervais.ch

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