Rachida Dati exclut toute alliance avec le parti d’Éric Zemmour
En pleine bataille municipale avec l’ambition de faire basculer Paris à droite, Rachida Dati a tenu à clarifier plusieurs points liés à ses positions sur les enjeux LGBT. Elle conteste notamment l’expression de « club des homosexuels », qui lui a été attribuée dans un article du Nouvel Obs, affirmant n’avoir jamais tenu ces propos et avoir engagé une plainte contre l’hebdomadaire.
La candidate LR explique qu’elle n’a jamais raisonné en termes de « communautés ». Selon elle, il est profondément violent d’être constamment renvoyée à une identité supposée. Elle rappelle que la liberté a toujours guidé son parcours personnel, y compris dans sa dimension intime, et dit soutenir tous les combats en faveur des libertés individuelles dès lors qu’ils ne portent pas atteinte à celles d’autrui.
Elle rejette également les fantasmes autour d’un supposé « lobby LGBT ». Si elle reconnaît que cette expression circule encore dans le débat public, elle juge ce vocabulaire insupportable et estime injuste que les responsables politiques de droite soient systématiquement renvoyés à une suspicion d’homophobie. Dans le même esprit, le débat sur les agressions et discriminations reste central, comme le montre aussi l’ampleur des violences anti-LGBT en France.
Des réserves anciennes sur certains textes, mais une opposition claire aux thérapies de conversion
Interrogée sur ses positions passées concernant la loi Taubira, la PMA ou les thérapies de conversion, Rachida Dati rappelle qu’elle n’a jamais défilé avec La Manif pour tous. Elle explique que, lors des débats sur le mariage pour tous et la procréation médicalement assistée, sa principale interrogation portait sur la filiation.
Selon elle, chaque enfant devrait pouvoir accéder à la connaissance de ses origines, quelle que soit la situation de ses parents. Concernant les thérapies de conversion, elle affirme être « totalement opposée » à ces pratiques. Elle soutient que son abstention au Parlement européen relevait d’un vote collectif et technique, lié à une question de compétence entre l’Union européenne et les États, et non d’une adhésion de fond.
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Une opposition maintenue à la GPA et une ouverture encadrée sur l’état civil
Sur la gestation pour autrui, Rachida Dati assume une ligne inchangée. Elle refuse sa légalisation, estimant que cette pratique constitue une atteinte au corps et à la liberté des femmes. À ses yeux, il est possible de défendre l’égalité des droits tout en s’opposant à la GPA.
Sur le changement de genre à l’état civil, elle se montre en revanche ouverte à une évolution. Elle juge envisageable qu’une telle démarche puisse un jour être effectuée en mairie par un officier d’état civil, à l’image du Pacs. Elle insiste toutefois sur la nécessité d’un cadre précis, d’une sécurité juridique pour la personne concernée et d’un âge minimum défini avec l’appui de spécialistes.
Sécurité, violences LGBTphobes et politique pénale
Face à la multiplication des guets-apens homophobes et des violences LGBTphobes, la candidate défend une réponse fondée sur la sécurité publique et la fermeté judiciaire. Elle met en avant un projet de vidéoprotection intégrale dans les rues de Paris ainsi qu’un renforcement de la police municipale, de jour comme de nuit.
Elle souhaite que cette police municipale, armée, équipée et formée, vienne en soutien de la police nationale. Elle affirme également qu’en tant que future présidente du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, elle demanderait au procureur de la République une politique pénale spécifique contre les violences LGBTphobes dans la capitale.
Éducation affective, drogues et réduction des risques
Rachida Dati adopte une position plus favorable que d’autres figures de droite sur l’éducation affective et sexuelle à l’école. Elle estime que l’école peut parfois transmettre des repères essentiels que certaines familles peinent à aborder, notamment sur le consentement, le respect de soi, le respect des autres et la prévention.
Sur la réduction des risques liés à la consommation de drogues, elle distingue prévention et salles de consommation à moindre risque. Elle affirme avoir toujours soutenu la prévention, la distribution de matériel propre et l’accompagnement social, mais elle juge les salles de consommation insuffisamment orientées vers le sevrage et la réinsertion.
Elle rejette aussi le principe du « bon samaritain », qui consisterait à écarter l’intervention policière lorsqu’un appel aux secours est passé dans un contexte de consommation de drogue. Selon elle, la priorité reste bien sûr le sauvetage des vies, mais la mission de protection de la police ne peut être suspendue.
Marais, lieux LGBT et culture drag
Durant sa campagne, Rachida Dati s’est affichée dans le Marais aux côtés de plusieurs établissements LGBT. Elle dit être attachée à ces lieux, qu’elle considère comme constitutifs de l’identité du quartier, de sa liberté, de son esprit festif et de sa dimension rebelle.
Selon elle, cette identité est aujourd’hui fragilisée par le manque de soutien municipal et par une transformation commerciale du centre de Paris tournée vers le tourisme de masse. Elle affirme vouloir empêcher la « disneylandisation » du cœur de la capitale. Cette question s’inscrit pleinement dans les sujets suivis par la rubrique Actualités LGBT, tant elle touche à la vie concrète des communautés, aux lieux de sociabilité et aux débats politiques parisiens.
Elle revendique par ailleurs son attachement au cabaret et à la culture drag. Interrogée sur les critiques venues de l’extrême droite contre des émissions comme Drag Race France, elle rappelle avoir soutenu le secteur du cabaret lorsqu’elle était ministre de la Culture. À ses yeux, les cabarets sont des espaces de liberté dotés d’une forte identité culturelle, et la culture drag s’inscrit pleinement dans cette tradition.
Une réserve sur l’affiche de la Pride, mais pas d’alliance avec Reconquête
Sur la suppression de la subvention régionale à la Pride de Paris par Valérie Pécresse, Rachida Dati estime que l’affiche de l’édition concernée a pu heurter une partie du public, y compris parmi les homosexuels eux-mêmes. Elle considère néanmoins que la Pride doit continuer à porter un message de tolérance et d’universalisme.
Enfin, interrogée sur une possible alliance avec Sarah Knafo, candidate soutenue par le parti d’Éric Zemmour, elle se montre catégorique. Sa réponse est sans ambiguïté : il n’y aura « pas d’alliance avec le parti d’Éric Zemmour ».
Une campagne recentrée sur le cadre de vie
Rachida Dati affirme observer chez les électeurs parisiens, quelle que soit leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, des préoccupations d’abord liées à la sécurité, à la propreté et à la qualité de vie. Elle considère que les logiques communautaires ne structurent pas prioritairement le vote dès lors que les libertés fondamentales et les droits ne sont pas directement menacés.
Sa ligne se veut donc double : d’un côté, une défense revendiquée des libertés individuelles et une opposition affichée aux thérapies de conversion ; de l’autre, une fermeté assumée sur les enjeux de sécurité, de drogues et de GPA. C’est dans cet équilibre qu’elle entend mener sa campagne parisienne, tout en fermant clairement la porte à toute alliance avec Reconquête.






