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À Dieppe, La Sirène à Barbe répond à l’homophobie par la joie et le drag

Les Sirènes de Dieppe documentaire
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Né dans le sillage d’une agression homophobe subie par Nicolas Bellenchombre en 2018, le cabaret La Sirène à Barbe s’est progressivement installé dans le paysage culturel de Dieppe. Dans le documentaire Les Sirènes de Dieppe, Nicolas Engel et Nicolas Birkenstock suivent pendant un an cette troupe qui répond aux difficultés, aux préjugés et aux menaces par le spectacle, l’humour et une énergie résolument festive.

À Dieppe, La Sirène à Barbe est devenue bien davantage qu’une scène de cabaret. Derrière les costumes, les chansons et les paillettes se raconte aussi l’histoire d’un lieu créé en réaction à la violence.

Après avoir subi une agression homophobe en 2018, Nicolas Bellenchombre décide de donner forme à un projet artistique dans sa ville natale. Sa réponse à l’hostilité passe par le spectacle et par une conviction qu’il résume ainsi : « la meilleure réponse qu’on puisse donner à la violence, c’est la joie ».

Cette philosophie traverse le documentaire Les Sirènes de Dieppe, réalisé par Nicolas Engel et Nicolas Birkenstock. Pendant une année, les deux cinéastes ont suivi le quotidien de la troupe, les représentations mais aussi les difficultés rencontrées en coulisses.

Le film, d’une durée de 52 minutes, ne se contente donc pas de montrer le résultat sur scène. Il s’intéresse à ce qu’il faut d’énergie et de persévérance pour faire vivre un tel lieu dans une ville moyenne de Normandie.

Quand le spectacle devient une réponse aux attaques

L’une des séquences du documentaire résume particulièrement bien l’état d’esprit de La Sirène à Barbe.

Au début d’une représentation, Nicolas Bellenchombre s’adresse au public alors que le cabaret vient d’être visé par une tentative d’incendie :

« Est-ce que ça va bien ce soir ? Est-ce que vous êtes en forme ? Je sens que ça va être chaud ce soir, ça va être chaud. Ça tombe très bien : hier, une espèce d’abruti a voulu foutre le feu au cabaret. Donc, quitte à foutre le feu, foutons-le ce soir. Allez, est-ce que vous êtes chauds ? Vous allez mettre le feu ce soir, La Sirène à Barbe ? »

Plutôt que de laisser la menace interrompre la soirée, l’équipe la transforme en ressort de spectacle.

C’est l’un des fils rouges du film : montrer comment la fête peut aussi devenir une manière de tenir face à l’adversité.

Les réalisateurs documentent ainsi une troupe qui continue à monter sur scène alors même que l’avenir du cabaret est parfois incertain. Au moment du tournage, l’établissement traverse notamment une période financière délicate et se retrouve menacé de fermeture.

Lily et l’évolution du regard porté sur le cabaret à Dieppe

Parmi les personnalités suivies dans Les Sirènes de Dieppe figure Lily, alias Aurélie Decaux.

Lors du tournage, elle mène une vie à cheval entre deux univers : le cabaret la nuit et le port de Dieppe le jour, où elle travaille au chargement des ferrys.

Son témoignage donne une place importante à l’évolution des regards dans la ville :

« Je connais très bien Dieppe, vraiment. Et voilà… on parle des pédés… les tapettes, les tafiottes, les tarlouzes. C’est sale, c’est moche. Ça reste contre eux. Maintenant, moi, les pédés, les tapettes, les tarlouzes, je passe ma vie avec eux. Et je suis hétéro, tu vois. Je passe ma vie avec eux et je les aime d’un amour incommensurable. Et les gens, à Dieppe, commencent à les aimer d’un amour incommensurable aussi. »

Son discours résume l’un des enjeux du projet : ne pas réserver le cabaret à un public déjà acquis à la culture queer, mais provoquer la rencontre avec des personnes qui n’auraient peut-être jamais franchi les portes d’un tel établissement ailleurs.

Lily formule cette idée directement dans le documentaire :

« L’endroit où les cabarets doivent exister sont les endroits où les gens sont les plus réfractaires. »

Cette histoire a également connu des prolongements plus récents. En janvier 2026, Aurélie Decaux a raconté avoir été agressée en plein centre de Dieppe, un épisode intervenu plusieurs années après le tournage du documentaire.

Un message social derrière l’humour et les paillettes

Lors de la période filmée, La Sirène à Barbe est installée en plein centre de Dieppe, à proximité immédiate des commerces et de la vie quotidienne.

Ce positionnement participe au projet de Nicolas Bellenchombre : faire du cabaret un lieu visible et ouvert plutôt qu’un espace en marge de la ville.

Le message n’est pourtant pas délivré sous la forme d’un discours permanent. Il passe d’abord par les personnages, la musique, les numéros et l’humour.

Le public vient assister à un spectacle, mais se retrouve également confronté à des artistes et à des univers qu’il connaissait parfois peu.

C’est cette articulation entre divertissement et résistance qui intéresse Nicolas Engel et Nicolas Birkenstock. Le documentaire montre des artistes qui revendiquent leur place par la scène, tout en racontant la fragilité économique et sociale qui peut accompagner l’existence de tels espaces.

La Sirène à Barbe a depuis changé de dimension

Le documentaire constitue aussi le portrait d’une période précise de l’histoire du cabaret.

Depuis son tournage, La Sirène à Barbe a poursuivi son évolution. Fin 2025, l’équipe a notamment ouvert un nouveau lieu à Dieppe, face à la gare et à proximité du cinéma Megarama.

Ouvert le 19 décembre 2025, cet espace de plus de 700 m² a permis à l’équipe de développer un nouveau format mêlant cabaret, music-hall, théâtre et arts du cirque autour d’une scénographie immersive.

Ce changement d’échelle donne un relief particulier aux images tournées quelques années auparavant, lorsque le documentaire montrait encore un établissement confronté à de profondes incertitudes sur son avenir.

Les Sirènes de Dieppe, un documentaire consacré à la résistance par la fête

Les Sirènes de Dieppe est écrit et réalisé par Nicolas Birkenstock et Nicolas Engel. Le documentaire est produit par Dryades Films et coproduit avec France Télévisions et Pictanovo.

Le film suit notamment Diva Beluga, Lily et plusieurs membres de la troupe de La Sirène à Barbe. La musique originale est signée Raphaël Bancou.

Présenté dans plusieurs festivals, dont le Fipadoc en 2025, le documentaire a également obtenu un Prix CIRCOM dans la catégorie Diversité, récompensant des productions issues des télévisions régionales européennes.

Après plusieurs diffusions depuis 2024, Les Sirènes de Dieppe a de nouveau été programmé jeudi 1er octobre 2026 à 22h55 sur ICI Normandie et france.tv.

À travers le parcours de Nicolas Bellenchombre et de son équipe, le film raconte finalement une expérience qui dépasse le seul monde du drag. Il montre comment un lieu de spectacle peut s’enraciner dans une ville, déplacer progressivement les regards et opposer à la violence une réponse volontairement festive : continuer à monter sur scène.