Plusieurs clubs LGBTQ+ de Californie ont récemment récupéré leurs comptes Facebook ou Instagram après des mois de suspension. D’après le Los Angeles Times, certains rétablissements sont intervenus après des démarches d’élus et des questions adressées à Meta par le journal. Pour ces établissements, la perte d’un compte a aussi signifié la perte d’un moyen de joindre leur public.
Cette situation rappelle des épisodes vécus par des organisations LGBTQ+ québécoises, notamment la boutique Priape et le magazine Fugues. Les circonstances diffèrent, mais une même difficulté revient : obtenir une explication précise et faire réexaminer une décision de modération.
En Californie, des comptes rétablis après des interventions extérieures
À Los Angeles, Club Cobra, Club Chico et Catch One figurent parmi les établissements touchés par des suspensions sur les plateformes de Meta. À San Francisco, le bar The Stud a perdu son compte Instagram en juillet 2026. Le sénateur californien Scott Wiener a demandé publiquement son rétablissement.
Selon le Los Angeles Times, le compte Facebook de Catch One a été restauré après une intervention de l’élu Mark González auprès de Meta. Les comptes Instagram de Club Cobra, de Club Chico, de la promotrice Audry Cobra et de membres de leurs équipes ont, eux aussi, été rétablis après que le quotidien a interrogé l’entreprise. Meta n’a pas donné au journal d’explication détaillée sur les motifs initiaux de ces suspensions.
Toutes les situations n’étaient pas résolues au moment de la publication de l’enquête : Club Tempo attendait encore le retour de sa page Facebook officielle, tandis que Precinct signalait également la perte de ses comptes.
Une suspension peut affecter l’activité d’un lieu
Pour un club, Facebook et Instagram servent à annoncer une programmation, vendre des billets et garder le contact avec les personnes qui fréquentent ses soirées. Leur disparition peut donc avoir des conséquences qui dépassent la visibilité en ligne.
Marty Sokol, propriétaire de Club Cobra et de Club Chico, explique avoir construit pendant quinze ans une communauté de plusieurs centaines de milliers d’abonnés. Il rapporte qu’après la suspension de ses comptes, des réponses produites par des moteurs de recherche utilisant l’intelligence artificielle ont présenté ses établissements comme définitivement fermés.
Mitch Edelson, propriétaire de Catch One, estime pour sa part que la perte de sa présence sur Facebook et de l’accès aux outils publicitaires de Meta a fait chuter les ventes de billets, jusqu’à 80 % selon son évaluation. Ce chiffre décrit l’expérience rapportée par l’établissement ; il ne constitue pas une mesure générale de l’effet des suspensions.
Les clubs ne sont pas les seuls concernés. La suspension du compte Instagram de BUTT Magazine montre qu’un média queer peut lui aussi perdre l’accès à ses abonnés et à une partie de ses archives sur la plateforme.
Au Québec, Priape et Fugues ont connu des blocages
Les précédents québécois présentés par Fugues remontent à plusieurs années. En 2008, Facebook a supprimé un groupe de la boutique montréalaise Priape qui comptait environ 1 600 membres. Une nouvelle page, suivie par quelque 4 000 personnes, a ensuite disparu à son tour.
Facebook avait invoqué ses règles concernant la promotion de produits pour adultes pour refuser de rétablir la page. Priape faisait valoir que cet espace servait aussi à présenter ses vêtements et ses collections de mode. Le désaccord portait ainsi sur l’application de règles de contenu à la communication d’un commerce LGBTQ+.
Fugues relate également deux fermetures de sa propre page Facebook. Après un premier blocage en 2014, la page avait été rétablie quelques mois plus tard. En 2018, une nouvelle suspension a touché une page qui comptait environ 19 000 abonnés. Selon le magazine, celle-ci n’a jamais été restaurée malgré ses démarches. Il indique que la décision aurait suivi une plainte concernant une photo de sa série sur les maillots de bain, montrant un homme dans la mer.
Ces récits ne permettent pas d’établir que les suspensions californiennes et québécoises avaient la même cause. Ils montrent toutefois ce que représente, pour une petite organisation, la perte soudaine d’un compte développé pendant des années.
Le blocage des nouvelles au Canada relève d’une autre décision
Pour les médias canadiens, une difficulté distincte s’est ajoutée en 2023. À la suite de l’adoption de la Loi sur les nouvelles en ligne, Meta a mis fin à la disponibilité des nouvelles sur Facebook et Instagram au Canada. Cette mesure concerne la circulation des contenus journalistiques ; elle ne doit pas être confondue avec la suspension d’un compte pour une infraction supposée aux règles de la plateforme.
Google a suivi une autre voie. Son accord avec le Collectif canadien de journalisme prévoit une contribution annuelle de 100 millions de dollars canadiens, indexée sur l’inflation, destinée aux entreprises de presse admissibles. Le régulateur canadien lui a accordé une exemption de cinq ans du processus de négociation obligatoire. Le premier versement a eu lieu en décembre 2024 et les distributions ont commencé en 2025. Ces fonds proviennent de Google : ils ne constituent pas une indemnisation versée par Meta aux médias dont les nouvelles sont bloquées sur ses plateformes.
La raison des suspensions reste inconnue
Les responsables des clubs californiens décrivent des réponses imprécises et des recours difficiles à faire aboutir. Certains envisagent des signalements malveillants ou des erreurs de modération. À ce stade, les éléments publiés ne démontrent pas que Meta a délibérément ciblé ces établissements parce qu’ils accueillent un public LGBTQ+.
Le constat est plus précis : plusieurs comptes ont été indisponibles pendant des mois, sans motif détaillé communiqué publiquement, avant que des interventions politiques ou médiatiques ne contribuent à leur rétablissement. Pour les lieux concernés, la question reste entière : comment obtenir rapidement une explication et un réexamen lorsqu’un compte essentiel à leur activité est suspendu ?

