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Croisières LGBTQ+ : les refus de la Turquie et de l’Égypte vont-ils bouleverser les itinéraires ?

croisière Atlantis refusée en Turquie et en Égypte
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Le refus successif de la Turquie puis de l’Égypte d’accueillir le Scarlet Lady, un navire affrété par Atlantis Events, pourrait marquer un tournant pour le tourisme LGBTQ+. Près de 2 000 passagers se trouvaient à bord de cette croisière reliant Athènes à Venise lorsque plusieurs escales ont été annulées en quelques jours.

Au-delà de la déception des voyageurs, cet épisode pose une question importante pour les organisateurs de croisières LGBTQ+ : certaines destinations peuvent-elles encore être intégrées à des itinéraires lorsque l’accueil du navire dépend du contexte politique ou de l’identité de ses passagers ?

Selon Rich Campbell, président et directeur général d’Atlantis Events, il s’agit de la première fois en trente-six ans que l’entreprise se voit explicitement interdire l’accès à un port en raison de la nature LGBTQ+ du groupe transporté. Les autorités turques ont notamment invoqué des comportements jugés incompatibles avec les « valeurs morales » et la structure de la société locale.

Un navire refusé dans deux pays en quelques jours

Le Scarlet Lady, exploité par Virgin Voyages et entièrement affrété par Atlantis Events, devait initialement faire escale à Kuşadası le 7 juillet 2026, puis à Istanbul les 8 et 9 juillet.

Quelques jours avant l’arrivée du navire, les autorités de la province turque d’Aydın ont annoncé l’annulation de l’escale. Elles ont affirmé que la venue du groupe avait provoqué une forte inquiétude auprès de certaines parties de la population. Elles ont également estimé que les comportements associés à cette croisière ne correspondaient pas aux valeurs morales du pays.

Atlantis Events a tenté de faire revenir les autorités sur leur décision, notamment avec l’aide de représentants diplomatiques américains. Ces démarches n’ont toutefois pas permis de rétablir les escales prévues. Le navire a alors été redirigé vers Alexandrie, en Égypte.

Cependant, à l’approche des côtes égyptiennes, le navire a également reçu l’ordre de faire demi-tour. L’autorisation d’entrer dans les eaux égyptiennes a été retirée à la dernière minute, alors que des excursions vers Le Caire, les pyramides de Gizeh et les musées avaient déjà été organisées.

Contrairement à la Turquie, l’Égypte n’a communiqué aucune explication officielle concernant cette décision. Rich Campbell a déclaré que les procédures administratives liées au manifeste des passagers avaient été retardées, sans être finalisées à temps. Il estime que la polémique déclenchée en Turquie pourrait avoir influencé les autorités égyptiennes, tout en précisant qu’il s’agit de son interprétation et non d’un fait confirmé.

Une destination turque autrefois habituée aux croisières LGBTQ+

Cette interdiction est d’autant plus surprenante qu’Atlantis Events avait déjà organisé treize croisières comprenant des escales en Turquie au cours des vingt-cinq dernières années.

Cette décision intervient dans un contexte politique plus défavorable aux minorités sexuelles. À ce sujet, découvrez pourquoi la Turquie durcit sa politique envers les personnes LGBT

Les organisateurs devront mieux évaluer le risque politique

Pour les professionnels du tourisme LGBTQ+, cette affaire pourrait modifier durablement la préparation des itinéraires.

Jusqu’à présent, les organisateurs examinaient principalement la capacité des ports, la qualité des infrastructures, l’intérêt culturel des destinations et les conditions de sécurité sur place. Ils devront désormais prendre davantage en compte le risque qu’une autorisation soit annulée pour des raisons politiques ou idéologiques.

Les ports et les États conservent en effet une large autorité sur l’accès à leurs eaux territoriales. Les contrats de croisière permettent également aux compagnies de modifier ou de remplacer une escale lorsque les circonstances l’exigent. Les voyageurs disposent donc généralement de peu de recours lorsqu’un port est supprimé de l’itinéraire.

La difficulté consiste surtout à anticiper des décisions susceptibles d’être prises quelques jours, voire quelques heures avant l’arrivée du navire. Une destination déjà visitée sans problème peut devenir plus risquée à la suite d’un changement politique, d’une campagne médiatique ou de pressions exercées par des mouvements conservateurs.

Des conséquences économiques pour les professionnels locaux

Les voyageurs LGBTQ+ représentent une clientèle importante pour les destinations touristiques. Pendant une escale, ils peuvent réserver des excursions privées, fréquenter des restaurants, acheter dans les commerces et faire appel à des guides ou à des chauffeurs locaux.

À Alexandrie, environ 1 200 excursions auraient déjà été vendues par l’intermédiaire d’opérateurs locaux avant l’annulation de l’escale. Plusieurs prestataires s’étaient organisés pour accompagner les passagers jusqu’aux pyramides et aux musées du Caire.

Le refus d’un navire ne pénalise donc pas uniquement la compagnie ou les touristes. Il prive également les guides, les chauffeurs, les restaurateurs et les petites entreprises locales d’une journée de revenus parfois essentielle.

Ces conséquences économiques pourraient peser dans les futures discussions entre les organisateurs, les autorités portuaires et les offices de tourisme. En refusant une croisière en raison de l’identité supposée de ses passagers, une destination renonce également aux dépenses générées par plusieurs milliers de visiteurs.

Atlantis Events réclamera des garanties avant de revenir

Atlantis Events ne souhaite pas exclure définitivement la Turquie ou l’Égypte de ses futurs programmes. L’entreprise devrait cependant demander des engagements plus clairs avant d’organiser de nouvelles escales dans ces pays.

« Ils n’ont pas besoin d’installer un drapeau arc-en-ciel sur le quai, mais ils doivent nous assurer que nous sommes les bienvenus », considère Rich Campbell.

Cette demande illustre le dilemme auquel les entreprises spécialisées dans les voyages LGBTQ+ sont confrontées. Elles peuvent continuer à proposer des destinations culturellement importantes, mais elles doivent également protéger leurs passagers contre les discriminations et les changements d’itinéraire de dernière minute.

D’autres voyagistes suivront probablement l’évolution de cette affaire. Certains pourraient privilégier des ports situés dans des pays offrant des garanties juridiques plus solides aux personnes LGBTQ+. D’autres pourraient maintenir des destinations moins protectrices, mais uniquement après avoir obtenu une confirmation officielle des autorités nationales et portuaires.

Les voyageurs LGBTQ+ devront-ils modifier leurs habitudes ?

Cet épisode soulève enfin une question plus large. Les personnes LGBTQ+ devront-elles désormais intégrer le risque politique dans la préparation de leurs vacances, au même titre que les risques sanitaires, sécuritaires ou géopolitiques ?

Pendant plusieurs décennies, les grandes croisières LGBTQ+ ont été présentées comme des espaces protégés. Elles permettent aux passagers de voyager, de se rencontrer et de découvrir différentes cultures dans un environnement où ils peuvent exprimer librement leur identité.

Toutefois, la sécurité offerte à bord ne garantit pas automatiquement l’accès aux destinations prévues. Une compagnie peut organiser un espace inclusif sur son navire, mais elle reste dépendante de la volonté des États et des autorités portuaires lorsqu’elle souhaite accoster.

Les voyageurs devront donc vérifier plus attentivement la législation locale, le climat politique et les recommandations disponibles avant de réserver certaines destinations. Les organisateurs devront, de leur côté, prévoir davantage d’escales de remplacement afin de réagir rapidement en cas d’interdiction.

Un précédent susceptible de redessiner la carte du tourisme LGBTQ+

Le double refus opposé au Scarlet Lady ne constitue pas seulement une modification exceptionnelle d’itinéraire. Il pourrait devenir un précédent pour l’ensemble du secteur des voyages LGBTQ+.

Si d’autres États adoptent une attitude similaire, les compagnies pourraient progressivement délaisser les destinations jugées trop imprévisibles. Les ports situés dans des pays plus protecteurs envers les personnes LGBTQ+ pourraient, au contraire, attirer une part croissante de cette clientèle.

Le navire a finalement remplacé les escales annulées par des arrêts en Crète et au Monténégro. Les passagers ont ainsi pu poursuivre leur voyage, même si ces destinations ne pouvaient pas entièrement remplacer Istanbul, Éphèse ou les pyramides de Gizeh.

Les prochaines saisons permettront de déterminer si la Turquie et l’Égypte resteront des cas isolés ou si cet événement annonce un durcissement plus général à l’égard du tourisme LGBTQ+. Cette affaire restera, dans tous les cas, un sujet important à suivre parmi les actualités LGBT internationales.

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