Une sélection queer au cœur du Festival Off d’Avignon 2026
Jusqu’au 25 juillet 2026, Avignon se transforme une nouvelle fois en immense scène dédiée au spectacle vivant. Pour sa 60e édition, le Festival Off réunit plus de 1 700 propositions réparties dans les différents théâtres de la ville. Théâtre contemporain, cabaret, musique et seuls-en-scène composent une programmation particulièrement dense. Voici une sélection de spectacles queers qui se distinguent par leurs récits, leurs engagements et leurs partis pris artistiques.
Cette programmation s’inscrit dans une histoire plus large du théâtre LGBT, où la scène devient à la fois un espace de création, de représentation et de transmission.
Quand on dort on n’a pas faim : un conte afro-queer flamboyant
Très remarqué lors de la précédente saison théâtrale, Quand on dort on n’a pas faim a également rencontré un vif écho auprès d’un public jeune sur les réseaux sociaux. Anthony Martine, comédien ayant notamment collaboré avec le Munstrum Théâtre et Rébecca Chaillon, présente cette création comme un « conte médiéval afro-queer ».
À partir de son expérience de jeune homme noir et queer ayant grandi sans véritables modèles auxquels s’identifier, l’artiste imagine un univers théâtral foisonnant. Le spectacle mêle des influences littéraires, issues notamment de son passage en hypokhâgne au lycée Henri-IV, à des références cinématographiques et populaires. Fanny Ardant y côtoie ainsi certains codes propres à la culture communautaire contemporaine.
Anthony Martine détourne également les conventions du conte traditionnel pour construire un récit dans lequel une personne noire et queer peut enfin occuper le premier rôle. Entre cabaret, danse, drag et performance, la pièce associe réflexion politique, énergie pop et humour.
Informations pratiques : à La Manufacture, du 4 au 21 juillet à 17 h 45. Relâches les 9 et 16 juillet.
Défoncé : le récit d’une vie traversée par les excès
Dans Défoncé, François Créton se livre sans détour. Le comédien sexagénaire, passé par le théâtre, la télévision et le cinéma, notamment dans Les Héroïques de Maxime Roy, revient sur une existence marquée par le sexe, la drogue et le rock’n’roll.
Son parcours a été profondément abîmé par les violences subies depuis l’enfance, mais aussi par une longue dynamique d’autodestruction. Sur scène, François Créton remonte le fil de son histoire aux côtés de Marie Desgranges, comédienne et metteuse en scène du spectacle. L’humour, la musique rock et la pudeur lui permettent d’aborder des souvenirs particulièrement douloureux sans réduire la pièce à une simple succession de confessions.
Inspiré de son récit autobiographique Fuck off les années 80, ce spectacle à deux voix constitue autant le témoignage d’une génération qu’une tentative de reconstruction. Il raconte les excès, les ruptures et les échecs, mais aussi la possibilité de comprendre son histoire et de reprendre progressivement possession de sa vie.
Informations pratiques : au 11 • Avignon, du 4 au 23 juillet à 17 h. Relâches les 10 et 17 juillet.
Fouiller bercer pompier : de la violence fraternelle à la création
Fouiller bercer pompier met en regard deux périodes de la vie d’Olivier Debbasch. Dans son enfance, un garçon répondant parfaitement aux normes traditionnelles de la masculinité maltraitait son frère cadet, considéré comme trop éloigné des modèles virils. Des années plus tard, ce dernier est engagé pour interpréter Il Primo Omicidio, un oratorio d’Alessandro Scarlatti consacré au meurtre d’Abel par Caïn.
Le récit intime rejoint alors le mythe biblique. Sur scène, Olivier Debbasch donne corps aux différentes personnes et aux nombreux fantômes qui ont marqué son parcours. Ariane Dumont-Lewi l’accompagne au piano dans le rôle de la répétitrice. Elle l’aide ainsi à « transformer la souffrance personnelle en objet de jeu ».
Entre théâtre et musique, le spectacle interroge les violences exercées au sein de la famille, la construction de la masculinité et les traces laissées par l’enfance. Sa manière de confronter le passé à un présent artistique plus prometteur peut faire écho à de nombreuses expériences queers.
Informations pratiques : au Théâtre du Train Bleu, du 6 au 23 juillet à 14 h 05. Relâches les 10 et 17 juillet.
Lost in Vatican : les Sœurs de la perpétuelle indulgence entrent en scène
L’action de Lost in Vatican se déroule en 1990, alors que l’épidémie de sida bouleverse profondément la communauté LGBT. Une jeune religieuse rencontre deux hommes homosexuels engagés. Cette fiction permet à la compagnie Lesoeurs de revisiter une période déterminante de l’histoire des luttes LGBT.
Au centre du spectacle figurent les Sœurs de la perpétuelle indulgence. Né à San Francisco en 1979, ce mouvement militant détourne les vêtements, les symboles et le langage religieux pour défendre les personnes LGBTQIA+, soutenir les malades et lutter contre les discriminations. Le premier couvent français a été créé en 1991.
Alice Etienne, qui assure la mise en scène et participe au jeu, et Lilas Roy, autrice du texte, choisissent l’humour et la fiction pour raconter cet héritage militant. Derrière la fantaisie, les paillettes et les références religieuses détournées, la pièce évoque également la mémoire des années sida. Elle établit ainsi un dialogue implicite entre cette période et les combats contemporains.
Informations pratiques : à La Manufacture, du 4 au 21 juillet à 13 h 25. Relâches les 9 et 16 juillet.
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La Trilogie du Troisième Type : démonter les mécanismes de la virilité
Mickaël Délis revient à Avignon avec La Trilogie du Troisième Type. Ce projet réunit trois seuls-en-scène : Le Premier Sexe, La Fête du slip et Les Paillettes de leur vie. Chaque soir, l’auteur et comédien présente un volet différent de cette exploration personnelle et politique de la masculinité.
Depuis son regard d’homme gay d’une quarantaine d’années, il questionne notamment « la grosse arnaque de la virilité ». Il examine les injonctions adressées aux garçons, la sexualité masculine, la puissance et les différentes manières d’échapper aux modèles imposés. L’humour lui permet de déconstruire ces normes sans renoncer à l’émotion ni à l’introspection.
Informations pratiques : à La Scala Provence, du 4 au 25 juillet à 19 h 10. Relâches les 6, 13 et 20 juillet. Un volet différent est présenté selon les soirs.
La prochaine fois que tu mordras la poussière : Panayotis Pascot adapté au théâtre
Publié en 2023, le roman autobiographique de Panayotis Pascot, La prochaine fois que tu mordras la poussière, a été adapté pour la scène par son frère Paul Pascot. Après avoir rencontré un large public au théâtre en 2024, le spectacle rejoint la programmation avignonnaise avec Romeo Mariani et Yann Pradal.
L’intrigue se construit autour du face-à-face entre un fils et son père, dans les urgences d’un hôpital hors du temps. Le personnage principal convoque leurs souvenirs communs, leurs silences et leurs maladresses. À travers cette relation difficile, le spectacle aborde aussi la construction de l’identité, la santé mentale, le désir et les sentiments longtemps retenus.
Informations pratiques : au Théâtre des Halles, du 4 au 25 juillet à 19 h. Relâches les 8, 15 et 22 juillet, ainsi que le 11 juillet.
Garçon Fièvre : raconter les amours et les années sida
Créé par Jeanne Lazar et Timothée Lerolle, Garçon Fièvre prend pour point de départ la vie de Tim Madesclaire. Ancien journaliste proche de l’écrivain Guillaume Dustan, il travaille aujourd’hui pour l’association Aides.
À travers son parcours, la pièce revient sur les années 1980 et 1990, la vie nocturne, le Palace, l’apparition de la house music et l’arrivée du sida. Cependant, Garçon Fièvre ne se limite pas à une reconstitution historique. Le spectacle raconte avant tout des histoires d’amour, d’amitié et de transmission à partir des souvenirs d’un homme devenu le témoin d’une époque.
Informations pratiques : au Théâtre du Train Bleu, du 5 au 23 juillet, les jours impairs, à 14 h 45.
Douze Travelos d’Hercule : un cabaret drag joyeusement indiscipliné
Habitués du Festival Off, les Douze Travelos d’Hercule retrouvent le Délirium avec leur cabaret drag exubérant. Les interprètes enchaînent chansons originales, numéros en direct, lip-sync, chorégraphies et sketches dans un joyeux désordre parfaitement maîtrisé.
Le spectacle mélange librement les registres, de la tragédie antique au R’n’B. Derrière l’humour et l’excès, la troupe défend une approche théâtrale libertaire qui utilise le cabaret comme espace de résistance face aux normes hétéropatriarcales. Cette revue populaire et festive offre ainsi autant d’occasions de rire que de se reconnaître dans les créatures présentes sur scène.
Informations pratiques : au Délirium, du 10 au 14 juillet à 22 h.
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