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Sénégal : un durcissement du climat répressif visant les personnes LGBT+

Sénégal un durcissement du climat répressif visant les personnes LGBT+
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Une multiplication des arrestations qui inquiète

Au Sénégal, la pression exercée contre les personnes LGBT+ s’accentue nettement. Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, à majorité musulmane et marqué par une forte pratique religieuse, les autorités envisagent de renforcer les sanctions contre les individus accusés d’« actes contre nature », une expression utilisée pour qualifier les relations entre personnes de même sexe. Cette évolution alimente un climat d’angoisse qui pousse certains membres de la communauté à envisager l’exil. Les organisations de défense des droits humains tirent la sonnette d’alarme face à cette situation.

Lire aussi : Sénégal : une nouvelle série d’arrestations ravive les inquiétudes autour de la répression de l’homosexualité

Le débat autour de l’homosexualité, régulièrement ravivé dans l’espace public sénégalais, a pris une ampleur particulière depuis l’interpellation, début février, de douze hommes poursuivis pour « actes contre nature ». Depuis ces arrestations, les interpellations se sont enchaînées. D’après des médias locaux, au moins une trentaine de personnes auraient été arrêtées, souvent à la suite de dénonciations ou après des fouilles de téléphones portables. Les identités des personnes concernées sont, dans de nombreux cas, rendues publiques.

Certaines sont en outre accusées d’avoir sciemment transmis le VIH, ce qui a intensifié les débats hostiles à l’homosexualité. Cette situation rappelle les alertes déjà formulées dans d’autres pays de la région, notamment sur le recul inquiétant des droits des personnes LGBT en Afrique. La couverture médiatique, particulièrement soutenue, a conduit le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (Cored) à rappeler, par communiqué, l’importance du respect de la « dignité humaine » et de la « vie privée des individus ».

Les manchettes se succèdent avec des formules choc telles que « Grande lessive à homo », « Les bisexuels, des dangers ambulants » ou encore « La traque s’intensifie ». Un défenseur des droits humains, interrogé par l’AFP sous couvert d’anonymat, estime que la situation est inédite : « Même au Sénégal, c’est du jamais-vu. Ce qu’ils sont en train de faire, c’est du lynchage public ». Il évoque également le profond « traumatisme » ressenti au sein de la communauté LGBT+ depuis ces vagues d’arrestations : « Les personnes se cachent, elles se terrent beaucoup plus qu’avant. »

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Un projet de loi pour alourdir les sanctions

La tension s’exprime aussi sur les réseaux sociaux, où les propos virulents se multiplient. Des vidéos circulent, montrant des agressions contre des individus suspectés d’être homosexuels. Sur l’une d’entre elles, dont l’authenticité n’a pas pu être confirmée, un homme accusé d’homosexualité est violemment frappé par plusieurs personnes.

Dans ce contexte, le gouvernement a transmis, le 23 février, un projet de loi à l’Assemblée nationale visant à doubler les peines prévues pour les relations homosexuelles. Si le texte est adopté, celles-ci pourraient être sanctionnées par des peines allant de cinq à dix ans d’emprisonnement. Le projet prévoit également des peines de trois à sept ans de prison pour toute personne qui ferait l’apologie de l’homosexualité.

Cette réforme, longtemps défendue par le camp au pouvoir, trouve un écho politique dans un pays où l’homosexualité est largement perçue comme une déviance. Depuis plusieurs années, des organisations religieuses influentes réclament ouvertement sa criminalisation.


Un exil croissant face à un climat jugé « dramatique »

Selon plusieurs militants contactés, l’atmosphère est devenue invivable pour les personnes LGBT+ au Sénégal, en raison des discriminations persistantes. Un défenseur des droits humains affirme que des démarches sont toujours entreprises pour accompagner des départs vers la Gambie, dénonçant une « situation dramatique ».

Il demeure difficile d’évaluer précisément l’ampleur de ces départs, en raison de leur caractère souvent clandestin. Toutefois, l’association Stop homophobie, basée à Paris, indique avoir reçu dix-huit demandes d’assistance pour quitter le Sénégal ces derniers jours. L’organisation observe une hausse significative des sollicitations en provenance du pays.

Son secrétaire général rapporte que certains évoquent des violences, des menaces, des expulsions familiales et une peur constante d’être arrêtés. Il met également en garde contre l’utilisation du VIH comme élément à charge, soulignant que cela entraîne des conséquences graves en matière de santé publique en décourageant le dépistage et l’accès aux soins.


Des prises de position divergentes sur la scène nationale

Au Sénégal, rares sont les organisations locales qui dénoncent publiquement la situation, la défense des droits des personnes homosexuelles étant souvent présentée comme une valeur occidentale incompatible avec les normes culturelles du pays.

Dans un entretien accordé à la presse locale, le nouveau président de la Ligue sénégalaise des droits de l’Homme s’est déclaré favorable à un renforcement des sanctions, qualifiant les homosexuels de « malades ». À l’inverse, certaines voix engagées rappellent que, quelle que soit la position culturelle ou religieuse d’un pays, la protection contre la violence et l’humiliation demeure un principe universel.

La situation actuelle illustre plus largement les tensions internationales autour des minorités sexuelles, un sujet régulièrement traité dans notre rubrique dédiée aux actualités LGBT, qui analyse les évolutions législatives et sociales touchant les communautés LGBTQIA+.

Depuis 2021, le Sénégal ne figure plus parmi les pays considérés comme sûrs par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), en raison des risques encourus par les personnes en raison de leur orientation sexuelle.

Pour certains, faute de ressources ou de solution d’exil, l’avenir apparaît extrêmement sombre.

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