À Saint-Quentin, dans l’Aisne, une vive polémique entoure l’organisation de la marche des fiertés prévue dans le square Winston Churchill, à proximité immédiate de la basilique. Une pétition récemment diffusée en ligne réclame le déplacement de l’événement, invoquant des risques supposés de « débordements » ainsi qu’une prétendue « atteinte à la pudeur ».
Relayé notamment par le compte Reconquête Aisne sur X, le texte demande à la municipalité d’organiser la manifestation dans « un lieu plus neutre et plus adapté ». Les auteurs de la pétition estiment que la basilique représente « l’édifice le plus sacré de la commune et l’un des plus importants du département ».
Cette nouvelle controverse intervient dans un climat politique déjà tendu autour des questions LGBTQIA+, comme l’illustre également l’analyse sur la rhétorique anti-LGBTQ pendant les élections.
🔴 Non aux char et Drag-Queens devant la Basilique de Saint-Quentin !
— Reconquête Aisne (@AisneReconquete) May 21, 2026
✍🏻Signez la pétition ⬇️ https://t.co/UxjJMRzEmF pic.twitter.com/zcm9lyw6OW
Des associations et syndicats dénoncent des discours d’extrême droite
Face à cette pétition, plusieurs associations et organisations syndicales ont publié un communiqué commun afin de dénoncer une tentative d’exclusion des personnes LGBTQIA+ de l’espace public.
La Fédération Syndicale Unitaire (FSU) de l’Aisne affirme avoir été particulièrement choquée par cette initiative. Selon le syndicat, cette polémique témoigne d’une progression des discours d’extrême droite dans différents secteurs de la société. La FSU estime également que les critiques visant la marche des fiertés prennent une tournure particulièrement agressive et disproportionnée.
L’organisation rappelle par ailleurs qu’une autre pétition, portée cette fois par des citoyens chrétiens, soutient le maintien de la Pride à l’endroit prévu. Pour ses soutiens, il n’existe aucune incompatibilité entre convictions religieuses et défense des droits LGBTQIA+.
Dans de nombreuses villes françaises, les marches des fiertés continuent d’être à la fois des événements festifs et des espaces de revendication politique. Retrouvez d’ailleurs d’autres mobilisations et actualités dans la catégorie Événements LGBTQIA+.
Une nouvelle attaque dénoncée par l’association Fier·e·s et queer
L’association saint-quentinoise Fier·e·s et queer explique avoir accueilli cette polémique avec surprise. Ses membres affirment ne plus avoir été directement ciblés par des groupes d’extrême droite depuis près de deux ans.
Cependant, plusieurs incidents avaient déjà marqué les précédentes éditions de la Pride locale. Lors de la marche des fiertés 2024, des affiches identitaires utilisant le terme « Gaystapo » avaient notamment été collées sur le parcours avant d’être rapidement retirées par la mairie.
L’association rappelle également que certaines de ses interventions dans les établissements scolaires avaient déjà provoqué des critiques émanant de groupes conservateurs. Une banderole affichant le message « Protégez nos enfants de la folie LGBT » avait notamment été installée sur un rond-point situé à l’entrée de Saint-Quentin.
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« Le coup de la basilique, c’est une première »
Pour Fier·e·s et queer, la polémique autour de la basilique constitue une situation inédite. L’association affirme avoir choisi de répondre avec humour, notamment en rappelant que de nombreuses œuvres religieuses célèbres représentent elles aussi des corps nus sans provoquer de controverse particulière.
Mais au-delà de l’anecdote, les militants considèrent que cette affaire s’inscrit dans une dynamique plus large de montée des discours anti-LGBTQIA+, notamment contre les personnes transgenres et queer.
Dans les Hauts-de-France, plusieurs incidents récents alimentent ces inquiétudes. À Lille, des locaux associatifs LGBTQIA+ ont récemment été dégradés, tandis qu’à Amiens, plusieurs personnes queer rapportent une multiplication des agressions et violences homophobes.
Une instrumentalisation politique des questions LGBTQIA+ ?
Selon l’association, l’augmentation des discours queerphobes et LGBTphobes coïncide avec l’approche des prochaines échéances électorales. Les militants estiment que les questions liées aux identités de genre et aux orientations sexuelles deviennent régulièrement des sujets de mobilisation politique.
Plus largement, Fier·e·s et queer considère que les débats actuels traduisent un affrontement entre deux visions de la société : une société ouverte aux évolutions culturelles et sociales, et une vision plus conservatrice attachée à des modèles traditionnels.
Cette fracture dépasse désormais le simple cadre des marches des fiertés et s’impose progressivement comme un véritable sujet politique et sociétal en France.






