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Définition du terme « queer »

Définition du terme "queer"
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Queer : définition, origine et signification du terme

Le mot queer occupe aujourd’hui une place importante dans le vocabulaire LGBTQIA+. Il peut désigner une identité personnelle, une manière de parler de sa sexualité ou de son genre, une appartenance communautaire ou encore une approche politique qui remet en question les normes traditionnelles.

Sa signification reste volontairement large. Certaines personnes utilisent ce terme parce qu’elles ne souhaitent pas se définir à travers une seule orientation sexuelle ou une seule identité de genre. D’autres s’y reconnaissent parce que leur expérience se situe en dehors des catégories habituelles ou évolue au cours du temps.

Le mot possède également une histoire particulière. Longtemps utilisé comme une insulte dans les pays anglophones, il a été réapproprié par une partie des communautés LGBTQIA+ afin d’en faire un terme positif, revendicatif et inclusif. Cette histoire explique pourquoi certaines personnes l’emploient avec fierté, tandis que d’autres préfèrent ne pas l’utiliser.

Pour découvrir les autres orientations, identités et notions communautaires associées, consultez également notre lexique LGBTQIA+.

Que signifie queer ?

Le mot anglais queer signifiait à l’origine « étrange », « inhabituel », « singulier » ou « en dehors de la norme ». Il a progressivement été employé de manière péjorative pour désigner des personnes dont la sexualité ou l’expression de genre ne correspondait pas aux attentes dominantes.

Aujourd’hui, queer est principalement utilisé comme un terme parapluie. Il peut concerner des personnes dont :

  • l’orientation sexuelle ne correspond pas à l’hétérosexualité ;
  • l’identité de genre ne correspond pas entièrement aux catégories traditionnelles ;
  • l’expression de genre s’éloigne des normes masculines ou féminines attendues ;
  • la manière de vivre les relations ne correspond pas aux modèles dominants ;
  • l’expérience personnelle semble trop complexe ou trop fluide pour être décrite par une seule étiquette.

Une personne queer peut donc être lesbienne, gay, bisexuelle, pansexuelle, asexuelle, transgenre, non binaire ou employer une autre identité. Elle peut aussi utiliser uniquement le mot queer sans souhaiter préciser davantage son orientation ou son genre.

Le terme ne possède pas une définition unique applicable à tout le monde. Sa souplesse constitue précisément l’une des raisons pour lesquelles il est adopté par de nombreuses personnes.

Queer est-il une orientation sexuelle ?

Queer n’est pas nécessairement une orientation sexuelle précise.

Contrairement à des mots comme homosexuel, bisexuel ou pansexuel, il n’indique pas automatiquement les genres envers lesquels une personne peut ressentir une attirance.

Il peut être utilisé comme :

  • une orientation générale ;
  • une identité de genre ;
  • une identité communautaire ;
  • une manière de regrouper plusieurs expériences ;
  • un refus de choisir une catégorie plus précise ;
  • une position critique envers les normes de genre et de sexualité.

Une personne peut, par exemple, se définir comme queer parce qu’elle sait qu’elle n’est pas hétérosexuelle, mais ne souhaite pas employer une étiquette plus précise. Une autre peut utiliser simultanément les mots bisexuel et queer. Une personne trans ou non binaire peut également adopter ce terme pour parler de son rapport au genre.

Pour distinguer le terme queer des orientations décrivant plus précisément l’attirance, consultez notre liste des orientations LGBTQIA+.

Queer est-il une identité de genre ?

Le mot queer peut être utilisé en lien avec le genre, mais il ne correspond pas à une seule identité clairement délimitée.

Certaines personnes emploient les expressions :

  • genderqueer ;
  • queer de genre ;
  • genre queer ;
  • trans queer ;
  • non-binaire queer.

Le terme genderqueer peut notamment désigner une personne dont le genre se situe en dehors des catégories exclusivement masculines ou féminines. Selon les personnes, il peut être proche de la non-binarité, de la fluidité de genre ou d’autres identités du spectre trans.

Queer ne doit toutefois pas être présenté comme un synonyme automatique de non binaire. Une personne non binaire peut ne pas se définir comme queer. À l’inverse, une personne queer peut être cisgenre et utiliser ce terme uniquement pour parler de son orientation sexuelle ou de son appartenance communautaire.

Certaines personnes choisissent une identité plus précise, tandis que d’autres préfèrent conserver un terme large. Notre liste des identités de genre permet de mieux comprendre les différences entre non-binarité, agenre, genderfluid et autres expériences du genre.

Pourquoi certaines personnes se définissent-elles comme queer ?

Le terme queer peut offrir une liberté que certaines étiquettes plus précises ne procurent pas.

Une personne peut l’utiliser parce qu’elle :

  • ne souhaite pas expliquer longuement son orientation ou son identité ;
  • se reconnaît dans plusieurs catégories à la fois ;
  • ressent une sexualité ou un genre fluide ;
  • est encore en questionnement ;
  • ne trouve pas de terme précis correspondant entièrement à son vécu ;
  • souhaite exprimer une appartenance aux communautés LGBTQIA+ ;
  • remet en question les normes traditionnelles liées au couple, au genre ou à la sexualité ;
  • préfère une identité volontairement ouverte.

Le mot peut également éviter de devoir modifier publiquement son étiquette chaque fois que sa compréhension personnelle évolue.

Une personne peut, par exemple, découvrir qu’elle est attirée par plusieurs genres sans vouloir déterminer immédiatement si le terme bisexuel, pansexuel ou une autre orientation lui correspond davantage. Le mot queer lui permet alors de décrire son expérience sans la réduire à une catégorie définitive.

Pour d’autres, ce terme possède une dimension politique. Se dire queer peut signifier refuser l’idée selon laquelle l’hétérosexualité, la cisidentité et le couple traditionnel constitueraient les seules manières normales de vivre.

Queer et LGBTQIA+ : quelle différence ?

Les termes queer et LGBTQIA+ sont liés, mais ne sont pas parfaitement synonymes.

LGBTQIA+ est un acronyme qui rassemble plusieurs communautés :

  • lesbiennes ;
  • gays ;
  • bisexuelles ;
  • transgenres ;
  • queer ou en questionnement ;
  • intersexes ;
  • asexuelles ;
  • aromantiques ;
  • agenres ;
  • ainsi que d’autres orientations et identités représentées par le signe « + ».

Le mot queer peut être utilisé comme une identité personnelle ou comme un terme parapluie plus souple englobant différentes expériences minoritaires liées au genre et à la sexualité.

Toutes les personnes LGBTQIA+ ne se définissent donc pas comme queer. Certaines peuvent préférer uniquement les mots lesbienne, gay, transgenre, bisexuel ou asexuel.

À l’inverse, une personne queer appartient généralement aux communautés LGBTQIA+, même si elle ne précise pas davantage son orientation ou son identité.

Le Q de LGBTQIA+ peut représenter :

  • queer ;
  • questioning, c’est-à-dire une personne en questionnement ;
  • parfois les deux selon les usages.

Notre article consacré à la définition de LGBT et LGBTQIA+ présente plus précisément la signification de chaque lettre et l’évolution de cet acronyme.

Queer, en questionnement et sans étiquette : quelles différences ?

Ces termes peuvent parfois être confondus.

Queer

Une personne queer utilise un terme volontairement large pour parler de sa sexualité, de son genre, de son expression ou de son appartenance communautaire.

Elle peut parfaitement connaître son identité tout en préférant ne pas employer une catégorie plus précise.

En questionnement

Une personne en questionnement explore encore son orientation sexuelle, son orientation romantique ou son identité de genre.

Elle peut essayer plusieurs mots, réfléchir à ses attirances ou modifier sa manière de se présenter sans avoir encore choisi d’étiquette définitive.

Le questionnement n’est pas une étape obligatoire et ne conduit pas nécessairement à une identité précise.

Sans étiquette

Certaines personnes savent ce qu’elles ressentent, mais ne souhaitent employer aucun mot particulier.

Elles peuvent considérer que les catégories ne leur sont pas utiles ou qu’elles ne veulent pas accorder une place centrale à leur orientation ou à leur genre.

Une personne sans étiquette peut appartenir aux communautés LGBTQIA+ sans utiliser le mot queer.

Queer et transgenre : est-ce la même chose ?

Non. Queer et transgenre ne sont pas synonymes.

Une personne transgenre possède une identité de genre qui ne correspond pas, ou pas entièrement, au genre qui lui a été assigné à la naissance.

Une personne queer peut être :

  • transgenre ;
  • non binaire ;
  • cisgenre ;
  • genderfluid ;
  • agenre ;
  • ou utiliser une autre identité de genre.

De même, une personne transgenre peut se définir comme queer, mais elle n’y est pas obligée. Certaines personnes trans préfèrent employer uniquement les mots femme trans, homme trans, non binaire ou une autre identité plus précise.

Le mot queer offre une catégorie large, tandis que transgenre décrit spécifiquement un rapport entre l’identité vécue et le genre assigné à la naissance.

Pour approfondir cette distinction, consultez notre guide consacré à la définition de transgenre.

Queer et non binaire : quelle différence ?

Le terme non binaire décrit une identité de genre ne correspondant pas exclusivement aux catégories homme ou femme.

Queer peut concerner le genre, mais aussi l’orientation sexuelle, les relations ou l’appartenance communautaire. Son sens est donc plus large.

Une personne peut être :

  • non binaire et queer ;
  • non binaire sans utiliser le mot queer ;
  • queer et cisgenre ;
  • queer en raison de son orientation sexuelle uniquement.

La non-binarité est une identité de genre ou une catégorie regroupant plusieurs identités. Queer est un terme plus souple pouvant couvrir plusieurs dimensions de l’expérience.

Notre article sur la non-binarité explique les principales identités situées en dehors du modèle strictement masculin ou féminin.

Une personne queer peut-elle utiliser plusieurs étiquettes ?

Oui. Le mot queer peut être employé seul ou accompagné d’autres termes.

Une personne peut notamment se définir comme :

  • lesbienne et queer ;
  • gay et queer ;
  • bisexuelle et queer ;
  • pansexuelle et queer ;
  • trans et queer ;
  • non binaire et queer ;
  • asexuelle et queer ;
  • aromantique et queer ;
  • genderfluid et queer.

Ces associations ne sont pas contradictoires.

Le mot précis permet parfois de décrire une partie particulière de l’expérience, tandis que queer exprime une appartenance plus large, une fluidité ou une relation personnelle aux normes de genre et de sexualité.

Une personne peut aussi utiliser queer dans certains contextes et un terme plus précis dans d’autres. Elle peut, par exemple, se présenter comme bisexuelle auprès de ses proches et comme queer dans des espaces communautaires.

Peut-on employer le mot queer pour parler de quelqu’un d’autre ?

Il est préférable de ne pas qualifier automatiquement une personne de queer si elle n’utilise pas elle-même ce mot.

Cette prudence s’explique par l’histoire du terme. Même s’il a été largement réapproprié, il a longtemps servi d’insulte et peut encore être perçu négativement.

Lorsqu’une personne se définit clairement comme queer, il est possible de reprendre ce terme avec respect. En revanche, il vaut mieux éviter de l’utiliser pour désigner individuellement quelqu’un dont on ne connaît pas les préférences.

Dans un contexte général, les expressions suivantes peuvent être employées :

  • communauté queer ;
  • culture queer ;
  • cinéma queer ;
  • théorie queer ;
  • espaces queer.

Ces usages décrivent un ensemble culturel, artistique, universitaire ou communautaire. Ils ne signifient pas que chaque personne LGBTQIA+ accepte automatiquement cette étiquette.

Queer ne signifie pas forcément « indécis »

Utiliser un terme large ne signifie pas qu’une personne ignore ce qu’elle ressent.

Certaines personnes connaissent parfaitement leur orientation ou leur identité, mais considèrent que le mot queer correspond mieux à leur expérience.

Elles peuvent rejeter l’idée de devoir fournir une définition très précise, ne pas vouloir détailler leur vie privée ou se reconnaître dans une identité trop fluide pour être résumée par une seule catégorie.

La précision n’est pas toujours un objectif. Pour certaines personnes, conserver une part d’ouverture constitue justement une manière fidèle de parler d’elles-mêmes.

Le mot queer peut donc être une identité complète, et non une étape provisoire avant de choisir une « vraie » orientation ou un « vrai » genre.

Quelle est l’origine du mot queer ?

Le mot queer vient de l’anglais. Bien avant son utilisation dans les communautés LGBTQIA+, il servait à décrire quelque chose d’étrange, d’inhabituel, de singulier ou ne correspondant pas aux normes attendues.

Avec le temps, il a également été employé de manière péjorative pour désigner les personnes considérées comme différentes en raison de leur orientation sexuelle, de leur expression de genre ou de leur comportement. Il a notamment servi d’insulte envers les hommes gays et, plus largement, envers les personnes dont l’apparence ou la sexualité ne correspondaient pas aux attentes hétérosexuelles et genrées dominantes.

Son histoire ne se résume toutefois pas à un passage simple d’un mot neutre à une insulte, puis à une identité positive. Les usages ont varié selon les époques, les régions et les personnes concernées. Certaines personnes LGBTQIA+ ont utilisé le terme pour parler d’elles-mêmes avant même sa réappropriation militante la plus visible.

Aujourd’hui encore, le mot conserve cette histoire contradictoire : il peut être vécu comme une identité valorisante par certaines personnes et comme un terme blessant par d’autres.

Comment queer est-il devenu une insulte ?

À partir de la fin du XIXe siècle et au cours du XXe siècle, le mot queer a été de plus en plus associé aux personnes homosexuelles ou supposées l’être.

Son sens d’origine, lié à ce qui paraît étrange ou en dehors de la norme, a facilité son utilisation comme moyen de stigmatiser les sexualités et les expressions de genre jugées non conformes.

Le terme pouvait servir à désigner négativement :

  • les hommes gays ;
  • les hommes perçus comme efféminés ;
  • les femmes lesbiennes ;
  • les femmes considérées comme masculines ;
  • les personnes trans ou de genre non conforme ;
  • toute personne supposée ne pas respecter les normes sexuelles ou genrées.

Comme de nombreuses insultes, il ne visait pas uniquement une identité clairement définie. Il pouvait être lancé contre une personne à partir de son apparence, de sa voix, de ses vêtements ou de simples suppositions.

Cette histoire explique pourquoi certaines générations ayant directement subi le mot comme une violence refusent encore de l’utiliser pour parler d’elles-mêmes.

Le fait qu’un terme ait été réapproprié par une partie d’une communauté n’efface pas automatiquement les blessures liées à ses anciens usages.

Que signifie la réappropriation d’un mot ?

La réappropriation consiste, pour un groupe visé par une insulte, à reprendre ce mot afin de lui donner un sens nouveau.

Cette démarche peut permettre :

  • de diminuer le pouvoir de l’insulte ;
  • de transformer la honte imposée en fierté ;
  • de créer une identité collective ;
  • de contester les normes dominantes ;
  • de rendre visible une communauté ;
  • de retourner le vocabulaire de l’oppression contre ceux qui l’utilisaient.

Dans le cas du mot queer, la réappropriation ne signifie pas simplement que le terme est devenu poli ou neutre.

Pour de nombreux militants, son caractère provocateur constituait précisément une partie de sa force. Le mot permettait de rejeter l’idée selon laquelle les personnes LGBTQIA+ devaient devenir discrètes, respectables ou conformes pour être acceptées.

La réappropriation reste cependant personnelle. Une personne LGBTQIA+ peut employer queer avec fierté, tandis qu’une autre peut considérer que le mot reste trop associé aux insultes qu’elle a subies.

Aucune personne ne doit être obligée de se réapproprier un terme qui lui fait du mal.

La réappropriation militante dans les années 1980 et 1990

La réappropriation publique et militante du mot queer s’est particulièrement développée à la fin des années 1980 et au début des années 1990 aux États-Unis.

Cette période est marquée par :

  • la crise du VIH et du sida ;
  • l’inaction ou l’insuffisance des réponses institutionnelles ;
  • la multiplication des décès ;
  • les discriminations envers les personnes séropositives ;
  • la colère contre les pouvoirs politiques et médicaux ;
  • la volonté de construire des formes d’action plus visibles et plus radicales.

Dans ce contexte, des militants ont adopté le mot queer afin de rassembler différentes personnes marginalisées par leur sexualité, leur genre ou leur rapport aux normes.

Le terme permettait notamment de dépasser certaines divisions entre gays, lesbiennes, personnes bisexuelles, transgenres et autres groupes minoritaires.

Il exprimait également une critique des stratégies cherchant uniquement à montrer que les personnes homosexuelles pouvaient vivre exactement comme les couples hétérosexuels traditionnels.

Le mouvement queer ne demandait pas seulement l’intégration dans les normes existantes. Il pouvait aussi remettre ces normes elles-mêmes en question.

Quel rôle a joué Queer Nation ?

Queer Nation est un mouvement militant apparu aux États-Unis au début des années 1990. Son nom illustre directement la réappropriation du mot queer.

Le mouvement cherchait notamment à :

  • rendre les personnes LGBTQIA+ visibles dans l’espace public ;
  • lutter contre les violences homophobes ;
  • dénoncer l’indifférence face à l’épidémie de sida ;
  • contester la honte associée aux sexualités minoritaires ;
  • encourager une affirmation collective plus directe ;
  • réunir différentes identités sous un terme commun.

Le slogan souvent associé à cette période, « We’re here. We’re queer. Get used to it », exprimait le refus de la discrétion imposée et l’affirmation d’une présence publique.

Cette utilisation militante a contribué à populariser queer comme identité positive et comme mot politique.

Elle n’a toutefois pas entraîné une acceptation immédiate et universelle. Les débats sur son usage existaient déjà au sein même des communautés LGBTQIA+.

Le mot queer vient-il des émeutes de Stonewall ?

Non. Le mot queer existait bien avant les émeutes de Stonewall de 1969.

Stonewall représente néanmoins un événement majeur de l’histoire contemporaine des mouvements LGBTQIA+ aux États-Unis. Les affrontements survenus après une descente de police au Stonewall Inn ont contribué à renforcer la mobilisation et la visibilité de plusieurs organisations homosexuelles et trans.

Il serait toutefois inexact de présenter Stonewall comme le commencement absolu de toutes les luttes LGBTQIA+.

Des mouvements, associations, publications et résistances existaient auparavant, aux États-Unis comme dans d’autres pays. Des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et de genre non conforme s’organisaient déjà contre les violences, la criminalisation et la pathologisation.

Stonewall est surtout devenu un symbole puissant autour duquel une partie de cette histoire a été racontée et commémorée.

La réappropriation militante du mot queer s’est affirmée plus tard, particulièrement durant les années 1980 et 1990.

Quel lien existe entre queer et la crise du sida ?

La crise du VIH et du sida a profondément marqué l’histoire politique du mot queer.

Au début de l’épidémie, de nombreuses personnes malades ont été confrontées :

  • à la stigmatisation ;
  • à l’inaction politique ;
  • au manque de traitements ;
  • à l’exclusion familiale ;
  • aux discriminations médicales ;
  • à une représentation médiatique hostile ;
  • à la perte de nombreux proches.

Des mouvements comme ACT UP ont adopté des formes d’action directe afin de réclamer des traitements, de l’information, des financements et une réponse publique adaptée.

Dans ce contexte, l’identité queer a pu représenter une solidarité entre différentes personnes touchées par les mêmes structures de discrimination, sans exiger qu’elles partagent exactement la même orientation ou identité.

Elle exprimait aussi un refus de la respectabilité imposée. Les militants ne demandaient pas seulement à être tolérés à condition de rester discrets. Ils revendiquaient le droit d’exister publiquement, de lutter et de contester les institutions responsables de leur marginalisation.

Le mot queer est ainsi devenu, pour certaines personnes, indissociable d’une histoire de résistance politique.

Queer et gay : pourquoi ces mots ne sont-ils pas synonymes ?

Le mot gay désigne généralement une orientation homosexuelle, en particulier chez les hommes attirés par les hommes.

Le mot queer possède une signification plus large.

Il peut inclure :

  • des personnes gays ;
  • des lesbiennes ;
  • des personnes bisexuelles ;
  • des personnes pansexuelles ;
  • des personnes transgenres ;
  • des personnes non binaires ;
  • des personnes asexuelles ou aromantiques ;
  • d’autres personnes ne correspondant pas aux normes dominantes.

Une personne gay peut également se définir comme queer, mais ce n’est pas obligatoire.

La différence est donc à la fois identitaire et politique. Gay peut décrire plus précisément une orientation, tandis que queer peut regrouper plusieurs expériences ou exprimer une contestation plus générale des normes sexuelles et genrées.

Certaines personnes préfèrent le mot gay parce qu’il leur paraît clair et historiquement important. D’autres choisissent queer parce qu’elles trouvent les catégories traditionnelles trop limitées.

Queer et homosexuel : quelle différence ?

Le terme homosexuel désigne principalement une attirance envers des personnes du même genre.

Queer ne renseigne pas nécessairement sur les genres envers lesquels une attirance est ressentie. Une personne peut être queer en raison de son identité de genre, de son orientation romantique, de sa sexualité ou de plusieurs dimensions à la fois.

Le mot homosexuel possède également une histoire médicale. Il a longtemps été employé dans les classifications psychiatriques, juridiques et scientifiques pour désigner et parfois pathologiser les personnes attirées par le même sexe.

Queer s’est développé dans une logique différente. Son utilisation militante cherche souvent à refuser les catégories imposées par les institutions et à permettre aux personnes de définir elles-mêmes leur expérience.

Ces deux termes peuvent toutefois être employés simultanément. Une personne peut se dire homosexuelle et queer lorsqu’ils correspondent tous les deux à son identité.

Que signifient allosexuel et altersexuel ?

Les termes allosexuel et altersexuel ont parfois été proposés comme traductions françaises de queer, notamment au Canada francophone.

Ils cherchent à décrire des personnes dont la sexualité ou le genre s’écarte des normes dominantes.

Cependant, ces traductions ne correspondent pas parfaitement à tous les usages du mot queer.

Le terme queer peut contenir :

  • une histoire d’insulte et de réappropriation ;
  • une dimension militante ;
  • une critique politique des normes ;
  • une identité personnelle ;
  • une appartenance culturelle ;
  • un domaine universitaire.

Une traduction française ne restitue donc pas nécessairement toutes ces dimensions.

Le mot allosexuel peut aussi provoquer une confusion importante dans les discussions consacrées à l’asexualité. Dans ce contexte, allosexuel désigne généralement une personne qui ne se situe pas sur le spectre asexuel.

Il vaut donc mieux vérifier le sens donné au terme selon le contexte plutôt que de considérer allosexuel comme un équivalent universel de queer.

Pourquoi le mot queer est-il moins traduit en France ?

En France, le mot queer est généralement conservé en anglais.

Cette utilisation s’explique notamment par :

  • l’absence d’une traduction française faisant consensus ;
  • la diffusion internationale des mouvements et études queer ;
  • la présence du terme dans les milieux militants, universitaires et culturels ;
  • la difficulté à traduire simultanément ses dimensions identitaire, politique et historique.

Les mots « altersexuel » et « allosexuel » restent beaucoup moins répandus dans l’usage courant français.

Le mot queer apparaît aujourd’hui dans des expressions comme :

  • culture queer ;
  • cinéma queer ;
  • théorie queer ;
  • mouvement queer ;
  • art queer ;
  • communauté queer ;
  • espace queer ;
  • lecture queer.

Dans ces contextes, il ne désigne pas nécessairement une orientation sexuelle précise. Il peut qualifier une approche, un espace ou une œuvre qui remet en question les normes liées au genre et à la sexualité.

Le mot queer est-il accepté par toutes les personnes LGBTQIA+ ?

Non. Le terme ne fait pas l’unanimité.

Certaines personnes l’apprécient parce qu’il est :

  • inclusif ;
  • ouvert ;
  • flexible ;
  • politiquement revendicatif ;
  • adapté aux identités multiples ;
  • moins restrictif que certaines catégories.

D’autres le refusent parce qu’il leur rappelle :

  • des insultes ;
  • du harcèlement ;
  • des violences ;
  • une époque où le mot était principalement péjoratif ;
  • une identité politique qu’elles ne partagent pas ;
  • une catégorie trop large pour décrire leur expérience.

Il existe également des différences générationnelles, culturelles et linguistiques. Un mot peut être perçu comme valorisant dans un espace communautaire et comme agressif dans un autre.

Les ressources LGBTQIA+ recommandent donc de ne pas attribuer automatiquement cette identité à une personne qui ne l’a pas choisie.

Peut-on encore utiliser queer comme une insulte ?

Oui. Un mot réapproprié peut continuer à être utilisé avec une intention hostile.

Le contexte, le ton, la personne qui parle et la relation entre les interlocuteurs modifient fortement le sens.

Le mot peut être :

  • une identité choisie ;
  • un terme communautaire ;
  • un concept universitaire ;
  • une description culturelle ;
  • une insulte homophobe ou transphobe.

Le fait que certaines personnes se définissent comme queer ne donne donc pas à tout le monde le droit de l’utiliser sans précaution.

Lorsqu’il vise une personne précise, il est préférable de s’assurer qu’elle emploie elle-même ce terme.

Dans une expression générale comme « cinéma queer » ou « théorie queer », son emploi est aujourd’hui largement établi. Toutefois, il reste utile de connaître son histoire afin de comprendre pourquoi certaines personnes peuvent y réagir négativement.

Qui peut se réapproprier le mot queer ?

Il n’existe pas d’autorité unique décidant qui peut ou non utiliser ce terme comme identité.

Dans la pratique, queer est principalement employé par des personnes dont la sexualité, le genre ou les relations s’écartent des normes hétérosexuelles et cisgenres.

Une personne peut l’adopter parce qu’elle est :

  • lesbienne ;
  • gay ;
  • bisexuelle ;
  • pansexuelle ;
  • transgenre ;
  • non binaire ;
  • intersexe ;
  • asexuelle ;
  • aromantique ;
  • en questionnement ;
  • concernée par plusieurs de ces réalités.

Une personne hétérosexuelle et cisgenre ne devient généralement pas queer simplement parce qu’elle possède un style original, rejette certains stéréotypes ou soutient les droits LGBTQIA+.

Elle peut être une alliée, participer à des espaces communautaires et remettre en question les normes, sans s’approprier une identité qui ne correspond pas à son expérience.

Pourquoi certaines personnes préfèrent-elles LGBT à queer ?

Le terme LGBT ou LGBTQIA+ permet de nommer plusieurs communautés sans supposer que toutes partagent la même identité.

Certaines personnes préfèrent l’acronyme parce qu’il leur semble :

  • plus descriptif ;
  • plus institutionnel ;
  • moins lié à une ancienne insulte ;
  • plus adapté aux associations ou politiques publiques ;
  • plus respectueux des identités précises.

Une personne peut ainsi soutenir les communautés LGBTQIA+ tout en refusant personnellement l’étiquette queer.

À l’inverse, certaines personnes critiquent les acronymes parce qu’ils peuvent devenir longs, créer des débats sur les lettres incluses et donner l’impression que chaque expérience doit entrer dans une catégorie stable.

Le choix entre queer, LGBT, LGBTQIA+ ou une identité spécifique dépend donc du contexte et des préférences des personnes concernées.

Une réappropriation toujours en évolution

L’histoire du mot queer n’est pas terminée.

Son sens continue d’évoluer selon :

  • les générations ;
  • les pays ;
  • les langues ;
  • les espaces militants ;
  • les milieux universitaires ;
  • les productions culturelles ;
  • les expériences individuelles.

Il est aujourd’hui beaucoup plus visible qu’il y a quelques décennies, mais cette visibilité ne signifie pas que tous les débats ont disparu.

Le terme peut simultanément représenter une identité intime, une communauté, une histoire militante et une critique politique.

Comprendre cette pluralité permet d’éviter deux erreurs opposées : considérer queer uniquement comme une insulte ancienne ou, au contraire, oublier totalement que le mot peut encore blesser certaines personnes

Qu’est-ce que le mouvement queer ?

Le mouvement queer regroupe différentes formes de mobilisation qui remettent en question les normes dominantes liées au genre, à la sexualité, au couple et à la famille.

Il ne constitue pas une organisation unique possédant une doctrine commune. Le mot désigne plutôt un ensemble de courants militants, culturels et intellectuels apparus dans des contextes différents.

Le mouvement queer s’est notamment construit autour du refus de plusieurs idées :

  • l’hétérosexualité comme seule orientation considérée comme normale ;
  • la cisidentité comme modèle universel ;
  • l’existence de deux genres strictement séparés ;
  • l’obligation de former un couple romantique et monogame ;
  • la nécessité de correspondre aux attentes masculines ou féminines ;
  • l’idée qu’une personne devrait choisir une identité définitive et immuable ;
  • la hiérarchie entre les relations, les sexualités et les expressions de genre.

Cette approche ne consiste pas simplement à ajouter davantage de catégories. Elle cherche aussi à comprendre comment les catégories sont créées, imposées et utilisées dans la société.

Un mouvement qui conteste les normes plutôt que les personnes

Le mouvement queer ne considère pas que les identités lesbienne, gay, bisexuelle ou transgenre seraient inutiles. Ces mots ont permis à de nombreuses personnes de se reconnaître, de construire des communautés et de revendiquer des droits.

L’approche queer s’interroge surtout sur les normes qui décident :

  • quelles identités sont considérées comme légitimes ;
  • quels corps sont perçus comme masculins ou féminins ;
  • quelles relations sont reconnues ;
  • quelles sexualités sont présentées comme normales ;
  • qui peut former une famille ;
  • quelles expressions de genre sont acceptées ;
  • quelles personnes doivent expliquer ou justifier leur existence.

Elle cherche ainsi à déplacer l’attention. Au lieu de demander pourquoi certaines personnes ne correspondent pas à la norme, elle questionne la manière dont cette norme a été construite et pourquoi elle devrait s’imposer à tout le monde.

Que signifie l’hétéronormativité ?

L’hétéronormativité désigne l’ensemble des idées et des pratiques présentant l’hétérosexualité comme évidente, naturelle ou universelle.

Elle apparaît, par exemple, lorsqu’on suppose automatiquement :

  • qu’une femme aura un compagnon masculin ;
  • qu’un homme souhaite former un couple avec une femme ;
  • que tous les enfants deviendront hétérosexuels ;
  • qu’une famille doit obligatoirement être composée d’un père et d’une mère ;
  • qu’une relation entre personnes de même genre serait inhabituelle ;
  • que l’hétérosexualité ne nécessite aucune explication.

L’hétéronormativité ne prend pas toujours la forme d’une hostilité directe. Elle peut se manifester dans les formulaires administratifs, les publicités, les programmes scolaires, les films, le langage ou les habitudes quotidiennes.

L’approche queer ne cherche donc pas seulement à faire accepter les personnes non hétérosexuelles. Elle analyse aussi les mécanismes qui rendent l’hétérosexualité invisible comme norme tout en présentant les autres orientations comme particulières.

Que signifie la cisnormativité ?

La cisnormativité correspond à l’idée selon laquelle toutes les personnes seraient cisgenres ou devraient vivre conformément au genre qui leur a été assigné à la naissance.

Elle peut apparaître lorsqu’on suppose :

  • qu’une apparence permet de connaître le genre d’une personne ;
  • que les pronoms sont toujours évidents ;
  • que toutes les femmes possèdent les mêmes caractéristiques corporelles ;
  • que toutes les personnes trans souhaitent une transition médicale ;
  • qu’il n’existe que deux genres ;
  • qu’une identité trans doit être prouvée par un diagnostic ou une opération.

Le mouvement queer remet en question ces suppositions en montrant que les identités, les corps et les expressions de genre sont plus diversifiés que les catégories sociales traditionnelles.

Cette critique rejoint les luttes transgenres et non binaires, sans pour autant réduire toutes ces personnes à l’étiquette queer.

Queer et critique du modèle binaire

Le modèle binaire présente généralement le genre comme une opposition entre deux catégories exclusives : homme et femme.

Dans cette vision, chaque personne devrait appartenir définitivement à l’un de ces deux groupes et adopter les comportements, les vêtements, les rôles sociaux et les relations qui lui sont associés.

L’approche queer montre que cette division ne permet pas de représenter l’ensemble des expériences humaines.

Certaines personnes :

  • ne se reconnaissent pas exclusivement comme homme ou femme ;
  • se sentent liées à plusieurs genres ;
  • ressentent un genre fluctuant ;
  • ne ressentent pas de genre ;
  • vivent leur masculinité ou leur féminité en dehors des attentes habituelles ;
  • refusent que leur corps détermine automatiquement leur identité.

La critique du modèle binaire ne signifie pas que les identités homme et femme seraient fausses. Elle signifie que ces deux catégories ne suffisent pas à décrire toutes les personnes et ne devraient pas être imposées comme seules possibilités.

Queer et politique de la respectabilité

La politique de la respectabilité consiste à chercher l’acceptation d’un groupe minoritaire en montrant que ses membres peuvent correspondre aux valeurs et aux comportements de la majorité.

Dans les mouvements LGBTQIA+, cette stratégie peut prendre la forme d’un discours insistant sur le fait que les couples de même genre peuvent être :

  • monogames ;
  • mariés ;
  • propriétaires ;
  • parents ;
  • discrets ;
  • conformes aux rôles traditionnels ;
  • intégrés aux institutions existantes.

Ces revendications ont permis d’obtenir des avancées juridiques et sociales importantes. L’approche queer critique cependant l’idée selon laquelle une personne ne mériterait des droits que si elle se rapproche suffisamment du modèle dominant.

Elle défend également les personnes qui :

  • ne souhaitent pas se marier ;
  • vivent des relations non monogames ;
  • ne veulent pas former de couple ;
  • ont une expression de genre visible ou atypique ;
  • refusent les rôles familiaux traditionnels ;
  • vivent dans la précarité ;
  • sont travailleuses ou travailleurs du sexe ;
  • ne correspondent pas à une image considérée comme respectable.

Le mouvement queer rappelle que les droits et la dignité ne devraient pas dépendre de la conformité.

Qu’est-ce que la théorie queer ?

La théorie queer est un courant de réflexion qui étudie la manière dont les sociétés construisent les catégories de genre, de sexualité et d’identité.

Elle ne cherche pas seulement à dresser une liste des orientations ou des genres existants. Elle analyse les normes qui rendent certaines catégories évidentes et d’autres marginales.

La théorie queer s’intéresse notamment aux questions suivantes :

  • pourquoi certaines sexualités sont-elles considérées comme normales ?
  • comment les catégories homme et femme sont-elles définies ?
  • de quelle manière les institutions influencent-elles les identités ?
  • pourquoi certaines relations sont-elles davantage reconnues que d’autres ?
  • comment le langage façonne-t-il la perception du genre ?
  • les identités sont-elles fixes ou peuvent-elles évoluer ?
  • qui possède le pouvoir de définir ce qui est naturel, sain ou acceptable ?

Ce champ d’étude s’est développé à la croisée de plusieurs disciplines, notamment la philosophie, la sociologie, l’histoire, les études féministes, la littérature, le cinéma et les sciences politiques.

Teresa de Lauretis et l’expression « théorie queer »

La chercheuse Teresa de Lauretis est souvent associée à la diffusion de l’expression queer theory au début des années 1990.

L’utilisation du mot queer dans ce contexte visait notamment à dépasser certaines divisions entre les études consacrées aux hommes gays et celles portant sur les femmes lesbiennes.

Elle cherchait également à questionner les catégories fixes et à étudier les différences présentes au sein même des communautés homosexuelles.

La théorie queer ne considère donc pas les personnes LGBTQIA+ comme un groupe parfaitement homogène. Les expériences peuvent varier selon :

  • le genre ;
  • la classe sociale ;
  • l’origine ;
  • la couleur de peau ;
  • le handicap ;
  • l’âge ;
  • la religion ;
  • la situation géographique ;
  • le statut administratif ;
  • les conditions économiques.

Cette attention aux différences permet d’éviter de présenter une seule expérience comme représentative de toutes les communautés.

L’influence de Michel Foucault

Les travaux du philosophe Michel Foucault ont influencé le développement de la théorie queer, même s’il n’utilisait pas lui-même cette expression dans le sens actuel.

Il s’est notamment intéressé aux rapports entre savoir, pouvoir, institutions et sexualité.

Son travail montre que les sociétés ne se contentent pas d’interdire certains comportements. Elles créent aussi des catégories, des discours médicaux, des normes et des manières de parler de la sexualité.

À différentes périodes, les institutions ont cherché à définir :

  • ce qui constituait une sexualité normale ;
  • les comportements considérés comme déviants ;
  • les personnes devant être surveillées ou soignées ;
  • les relations jugées acceptables ;
  • les identités reconnues par le droit ou la médecine.

Cette approche a contribué à remettre en question l’idée selon laquelle les catégories sexuelles seraient entièrement naturelles, universelles et identiques dans toutes les sociétés.

Judith Butler et la performativité du genre

Judith Butler est également une figure majeure des réflexions associées à la théorie queer.

Ses travaux interrogent la manière dont le genre est produit et répété à travers les comportements, le langage, les normes et les attentes sociales.

Le concept de performativité du genre est parfois mal compris. Il ne signifie pas simplement que le genre serait un déguisement choisi chaque matin ni que l’identité d’une personne serait fausse.

Il suggère plutôt que les catégories de genre sont renforcées par la répétition de nombreux actes et codes :

  • les vêtements ;
  • les gestes ;
  • les rôles sociaux ;
  • la façon de parler ;
  • les attentes familiales ;
  • les représentations culturelles ;
  • les règles administratives ;
  • les réactions de l’entourage.

Ces répétitions donnent l’impression que les normes masculines et féminines sont naturelles et immuables, alors qu’elles sont aussi influencées par la culture et l’histoire.

Cette réflexion permet d’interroger les contraintes sociales sans nier la réalité profonde de l’identité vécue par chaque personne.

La théorie queer nie-t-elle l’existence des identités ?

Non. La théorie queer ne signifie pas nécessairement que les identités n’existent pas ou qu’elles seraient inutiles.

Les mots lesbienne, gay, bisexuel, transgenre, asexuel ou non binaire peuvent être essentiels pour :

  • se comprendre ;
  • rencontrer une communauté ;
  • revendiquer des droits ;
  • rendre visibles des discriminations ;
  • accéder à des ressources ;
  • parler d’une expérience partagée.

La théorie queer souligne cependant que les catégories possèdent des limites. Une même identité peut recouvrir des expériences très différentes, et certaines personnes peuvent ne pas se reconnaître dans les frontières proposées.

Elle invite ainsi à utiliser les étiquettes comme des outils plutôt que comme des cases imposées.

Une identité peut être à la fois réelle, importante et influencée par le contexte social dans lequel elle est formulée.

Identité queer et théorie queer : quelle différence ?

Une personne queer utilise ce mot pour parler de son orientation, de son genre, de son appartenance communautaire ou de plusieurs dimensions à la fois.

La théorie queer est un courant intellectuel qui analyse les normes, les catégories et les rapports de pouvoir liés au genre et à la sexualité.

Il n’est pas nécessaire d’étudier ou d’approuver toutes les idées de la théorie queer pour se définir comme queer.

À l’inverse, une personne peut travailler sur la théorie queer sans employer ce mot pour décrire sa propre identité.

La confusion entre les deux peut donner l’impression que toutes les personnes queer partagent une même opinion politique ou une même vision du monde. Ce n’est pas le cas.

Queer et féminismes

La théorie queer s’est développée en dialogue avec différents courants féministes.

Les féminismes ont montré que les différences entre hommes et femmes ne reposent pas uniquement sur le corps, mais aussi sur :

  • l’éducation ;
  • le droit ;
  • le travail ;
  • la famille ;
  • la sexualité ;
  • la répartition des tâches ;
  • les représentations culturelles ;
  • les rapports de pouvoir.

L’approche queer prolonge certaines de ces interrogations en questionnant la stabilité même des catégories de genre et la manière dont elles sont produites.

Elle s’intéresse notamment aux personnes qui ne correspondent pas aux modèles traditionnels de masculinité et de féminité.

Les rapports entre féminismes et théorie queer ne sont toutefois pas toujours consensuels. Des débats existent autour :

  • de la définition du genre ;
  • de la place du corps ;
  • des catégories politiques ;
  • de l’identité ;
  • de la sexualité ;
  • de la pornographie ;
  • du travail du sexe ;
  • de la transidentité ;
  • des stratégies militantes.

Il n’existe pas un féminisme unique ni une position queer unique sur ces sujets.

Les « sex wars » féministes

Les sex wars, ou guerres du sexe, désignent des débats ayant fortement divisé certains mouvements féministes, notamment à partir des années 1970 et 1980.

Ces discussions portaient entre autres sur :

  • la pornographie ;
  • le travail du sexe ;
  • le sadomasochisme ;
  • les pratiques sexuelles minoritaires ;
  • la place du désir ;
  • les relations de pouvoir dans la sexualité.

Certains courants considéraient principalement la pornographie et certaines pratiques comme des instruments d’oppression des femmes.

D’autres féministes, parfois qualifiées de pro-sexe, insistaient sur l’autonomie, le consentement, la diversité des désirs et la possibilité de se réapproprier la sexualité.

Ces débats ont influencé les milieux queer, qui ont souvent accordé une place importante à la critique des normes sexuelles et à la défense des pratiques consenties entre adultes.

Cela ne signifie pas que tous les mouvements queer partagent une position identique sur la sexualité ou la pornographie.

La place des lesbiennes dans l’histoire queer

Les lesbiennes ont joué un rôle essentiel dans les mouvements féministes, homosexuels et queer.

Elles ont toutefois parfois été marginalisées :

  • dans des organisations gays principalement centrées sur les hommes ;
  • dans certains mouvements féministes traversés par l’homophobie ;
  • dans des récits historiques rendant leur participation moins visible ;
  • dans des représentations culturelles sexualisant leurs relations.

Les mobilisations lesbiennes ont permis de mettre en évidence des expériences particulières liées à l’intersection du sexisme et de l’homophobie.

Elles ont également contribué aux réflexions sur :

  • les rôles de genre ;
  • la famille ;
  • la sexualité ;
  • l’autonomie ;
  • la masculinité et la féminité ;
  • les relations en dehors du modèle hétérosexuel.

Les histoires lesbiennes et queer se recoupent largement, mais elles ne doivent pas être considérées comme parfaitement identiques.

Queer et transidentité

Les personnes transgenres et de genre non conforme ont joué un rôle majeur dans de nombreuses mobilisations associées au mouvement queer.

L’approche queer remet notamment en question l’idée selon laquelle le genre devrait être entièrement déterminé par l’assignation à la naissance.

Elle défend la possibilité :

  • de définir soi-même son identité ;
  • d’utiliser les pronoms correspondant à son genre ;
  • de modifier ou non son corps ;
  • de vivre en dehors du modèle binaire ;
  • d’adopter une expression de genre non conforme ;
  • de refuser les parcours médicaux obligatoires.

Toutes les personnes transgenres ne se définissent toutefois pas comme queer.

Certaines considèrent leur identité comme clairement masculine ou féminine et ne souhaitent pas être associées à un terme remettant en question les catégories de genre. Leur choix doit être respecté.

Queer et intersectionnalité

L’intersectionnalité permet d’étudier la manière dont plusieurs formes de discrimination peuvent se croiser.

Une personne queer ne vit pas uniquement à travers son orientation ou son genre. Son expérience peut aussi être influencée par :

  • le racisme ;
  • le sexisme ;
  • la classe sociale ;
  • le handicap ;
  • l’âge ;
  • la religion ;
  • la migration ;
  • la précarité ;
  • la grossophobie.

Une femme trans racisée peut, par exemple, subir des discriminations qui ne se résument ni à la transphobie, ni au racisme, ni au sexisme pris séparément.

L’approche intersectionnelle évite de présenter l’expérience de personnes blanches, valides et favorisées comme universelle.

Elle rappelle également que les espaces LGBTQIA+ peuvent eux-mêmes reproduire des discriminations présentes dans le reste de la société.

Le mouvement queer remet-il en cause le mariage pour tous ?

Le mouvement queer ne possède pas une position unique sur le mariage.

De nombreuses personnes queer ont soutenu l’ouverture du mariage aux couples de même genre, car cette évolution apporte :

  • une reconnaissance juridique ;
  • des droits successoraux ;
  • une protection du partenaire ;
  • des droits parentaux ;
  • une sécurité administrative ;
  • une égalité symbolique.

Certaines critiques queer soulignent toutefois que le mariage ne répond pas à toutes les difficultés rencontrées par les personnes LGBTQIA+.

L’accès au mariage ne fait pas disparaître :

  • les violences ;
  • le rejet familial ;
  • la précarité ;
  • les discriminations au travail ;
  • les difficultés d’accès aux soins ;
  • la transphobie ;
  • l’isolement ;
  • les inégalités touchant les personnes célibataires ou non mariées.

L’approche queer peut donc soutenir l’égalité matrimoniale tout en refusant que le couple marié devienne le seul modèle reconnu.

Le queer s’oppose-t-il aux catégories LGBT ?

Pas nécessairement.

Les catégories LGBT et LGBTQIA+ ont une utilité politique importante. Elles permettent de rendre visibles des groupes confrontés à des discriminations précises.

Le terme queer offre une autre possibilité : créer une solidarité plus large sans exiger que chaque personne entre dans une catégorie parfaitement stable.

Les deux approches peuvent donc coexister.

Une association peut employer l’acronyme LGBTQIA+ pour nommer différentes communautés, tandis que certaines personnes membres de cette association peuvent se définir individuellement comme queer.

Le problème apparaît surtout lorsqu’une catégorie est imposée ou utilisée pour effacer les expériences plus précises.

Les principales critiques adressées à la théorie queer

La théorie queer fait l’objet de plusieurs critiques, y compris au sein des communautés LGBTQIA+ et féministes.

Un vocabulaire parfois difficile d’accès

Certains textes universitaires utilisent un langage complexe qui peut rendre les idées difficiles à comprendre en dehors des milieux spécialisés.

Cette difficulté peut créer une distance entre la recherche théorique et les réalités quotidiennes des personnes concernées.

Le risque d’effacer des identités utiles

En insistant sur le caractère construit ou instable des catégories, certaines approches peuvent donner l’impression que les identités lesbienne, gay ou transgenre ne seraient pas suffisamment réelles.

Or, ces identités restent essentielles pour nommer les discriminations et organiser les luttes.

Une place parfois insuffisante accordée aux conditions matérielles

Certaines critiques considèrent que les réflexions queer peuvent trop se concentrer sur le langage, les représentations et les identités au détriment de problèmes concrets comme :

  • le logement ;
  • l’emploi ;
  • les soins ;
  • les violences ;
  • la pauvreté ;
  • les droits administratifs ;
  • l’accès aux traitements.

D’autres travaux queer intègrent au contraire directement ces questions matérielles.

Une influence culturelle inégale

La théorie queer s’est principalement développée dans des contextes universitaires et militants occidentaux.

Les catégories et analyses produites dans ces espaces ne peuvent pas toujours être appliquées sans adaptation à toutes les cultures.

Une théorie plurielle et non une doctrine unique

Il est plus juste de parler de plusieurs approches queer que d’une doctrine parfaitement unifiée.

Les chercheuses, chercheurs et militants associés à ce courant ne partagent pas nécessairement la même définition :

  • du genre ;
  • de la sexualité ;
  • de l’identité ;
  • du féminisme ;
  • de la famille ;
  • de la médecine ;
  • de la stratégie politique.

La théorie queer reste traversée par des débats et des évolutions.

Sa contribution principale réside moins dans l’apport d’une nouvelle classification définitive que dans les questions qu’elle pose sur les normes, le pouvoir et la manière dont les identités sont produites.

Comprendre cette approche permet de saisir pourquoi le mot queer ne désigne pas seulement une orientation ou une identité personnelle. Il peut aussi représenter une façon critique d’observer la société et de remettre en question ce qui est habituellement présenté comme naturel ou évident.

Queer dans la culture, le cinéma, la musique et la littérature

Le mot queer ne désigne pas uniquement une identité ou un mouvement politique. Il est également utilisé pour parler d’œuvres, de pratiques artistiques et d’espaces culturels qui représentent les expériences LGBTQIA+ ou remettent en question les normes liées au genre, à la sexualité et aux relations.

Une œuvre peut être considérée comme queer lorsqu’elle :

  • met en scène des personnages LGBTQIA+ ;
  • explore des identités de genre non conformes ;
  • remet en question les rôles masculins et féminins traditionnels ;
  • représente des relations différentes du couple hétérosexuel classique ;
  • donne une place centrale à des expériences longtemps marginalisées ;
  • utilise l’art pour questionner les normes sociales ;
  • est créée ou portée par des artistes queer.

Toutes les œuvres comportant un personnage gay, lesbien ou transgenre ne sont toutefois pas automatiquement qualifiées de queer. Le terme peut aussi décrire une démarche artistique, une lecture critique ou une manière de déconstruire les représentations dominantes.

Qu’est-ce que la culture queer ?

La culture queer regroupe des œuvres, des pratiques, des lieux, des références et des formes d’expression développés autour des expériences LGBTQIA+.

Elle peut inclure :

  • le cinéma ;
  • la littérature ;
  • la musique ;
  • la photographie ;
  • la mode ;
  • la danse ;
  • le drag ;
  • les arts visuels ;
  • les performances ;
  • les festivals ;
  • les lieux communautaires ;
  • les médias indépendants.

Cette culture ne forme pas un ensemble parfaitement homogène. Les références, les esthétiques et les pratiques peuvent varier selon les pays, les générations, les milieux sociaux et les communautés concernées.

Certaines créations queer sont directement militantes. D’autres racontent simplement la vie quotidienne, l’amour, la famille, le désir, l’amitié ou la recherche de soi à partir de points de vue rarement représentés dans les médias dominants.

Queer dans le cinéma

Le cinéma queer peut désigner des films abordant les sexualités, les genres ou les relations en dehors des normes traditionnelles.

Il peut notamment représenter :

  • des histoires lesbiennes ;
  • des relations entre hommes ;
  • des personnes transgenres ;
  • des personnages non binaires ;
  • des expériences asexuelles ou aromantiques ;
  • des familles choisies ;
  • des relations queerplatoniques ;
  • des parcours de transition ;
  • des expressions de genre non conformes.

Le cinéma queer ne se limite pas aux récits de coming out, de discrimination ou de souffrance. Il peut également montrer des personnages LGBTQIA+ vivant des histoires d’amour, des aventures, des comédies, des récits de science-fiction ou des expériences ordinaires.

Pendant longtemps, les personnages queer ont souvent été présentés comme tragiques, dangereux, ridicules ou destinés à mourir. L’évolution des représentations permet aujourd’hui de montrer des parcours plus variés, même si de nombreux stéréotypes restent présents.

Qu’est-ce que le New Queer Cinema ?

L’expression New Queer Cinema est apparue au début des années 1990 pour désigner un ensemble de films indépendants proposant des représentations plus radicales des sexualités et des identités LGBTQIA+.

Ces œuvres refusaient souvent :

  • les personnages queer rendus acceptables uniquement parce qu’ils correspondaient aux normes dominantes ;
  • les récits demandant la compassion d’un public hétérosexuel ;
  • les représentations trop sages ou simplifiées ;
  • l’idée qu’une œuvre LGBTQIA+ devait obligatoirement transmettre une image exemplaire.

Le New Queer Cinema a contribué à montrer des personnages complexes, contradictoires et parfois provocateurs. Il a également accompagné la visibilité politique du mot queer durant la crise du sida et les mobilisations des années 1980 et 1990.

Queer dans la littérature

La littérature queer rassemble des romans, essais, poèmes, bandes dessinées et récits abordant des expériences liées au genre et à la sexualité.

Elle peut permettre :

  • de représenter des vies peu visibles ;
  • de transmettre une mémoire communautaire ;
  • de raconter les discriminations ;
  • d’explorer le désir ;
  • de remettre en question les catégories identitaires ;
  • de faire connaître différentes formes de relations ;
  • de créer des personnages queer complexes.

Certaines œuvres ont été écrites à des périodes où les relations homosexuelles ou les identités transgenres ne pouvaient pas être nommées ouvertement. Les autrices et auteurs ont alors utilisé des métaphores, des sous-entendus ou des personnages codés.

La lecture queer consiste parfois à analyser une œuvre ancienne ou contemporaine en s’intéressant aux normes de genre, aux désirs minoritaires et aux relations qui échappent aux interprétations dominantes.

Cette lecture ne signifie pas nécessairement attribuer une identité précise à un personnage ou à une personne historique sans preuve. Elle permet plutôt d’examiner les possibilités, les silences et les représentations présentes dans le texte.

Queer dans la musique

La musique occupe une place importante dans les cultures queer.

Elle peut servir à :

  • exprimer une identité ;
  • raconter une expérience personnelle ;
  • créer des espaces communautaires ;
  • remettre en question les codes masculins et féminins ;
  • rendre visibles des artistes LGBTQIA+ ;
  • accompagner les mobilisations ;
  • célébrer la fierté et la liberté d’expression.

Les artistes queer peuvent évoluer dans tous les genres musicaux. Il n’existe pas un style sonore unique permettant de définir une musique queer.

Le terme peut être employé lorsque l’artiste se définit ainsi, lorsque son œuvre traite explicitement de ces expériences ou lorsqu’elle remet en question les représentations dominantes du genre et de la sexualité.

Il faut toutefois éviter d’attribuer publiquement une identité queer à une artiste ou à un artiste qui ne l’a pas lui-même affirmée.

Queer et mode

La mode peut servir à explorer l’identité, le genre et l’expression personnelle.

Certaines esthétiques queer mélangent ou détournent les codes traditionnellement associés au masculin et au féminin. Elles peuvent jouer avec :

  • les vêtements ;
  • le maquillage ;
  • les coiffures ;
  • les accessoires ;
  • les silhouettes ;
  • les couleurs ;
  • les uniformes ;
  • les symboles LGBTQIA+.

Une personne peut employer la mode pour exprimer sa masculinité, sa féminité, son androgynie ou une esthétique ne correspondant à aucune de ces catégories.

Il n’existe cependant pas de tenue permettant d’identifier automatiquement une personne queer. Une apparence originale, androgyne ou non conforme ne révèle pas nécessairement l’orientation sexuelle ou l’identité de genre.

De la même manière, une personne queer peut avoir une présentation très classique et ne pas souhaiter exprimer son identité à travers ses vêtements.

Afficher une identité ou une culture queer à travers son style

Les vêtements, accessoires et symboles queer peuvent permettre d’exprimer une appartenance communautaire, de célébrer la diversité ou simplement d’adopter une esthétique correspondant à sa personnalité. Porter un vêtement ou un drapeau ne permet toutefois pas de déduire automatiquement l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne.

Pour découvrir des créations inspirées des cultures LGBTQIA+, vous pouvez consulter notre sélection de vêtements queer ainsi que le drapeau queer.

Queer et drag : quelle différence ?

Le drag est une forme de performance artistique jouant notamment avec le genre, les vêtements, le maquillage, la scène et les codes culturels.

Il peut inclure :

  • les drag queens ;
  • les drag kings ;
  • les artistes drag non binaires ;
  • les performances mêlant plusieurs expressions de genre.

Le drag et l’identité queer sont souvent liés dans l’histoire culturelle et communautaire, mais ils ne sont pas synonymes.

Une personne peut pratiquer le drag sans être transgenre. Une personne transgenre peut faire du drag, mais son identité quotidienne ne constitue pas une performance. Une artiste ou un artiste drag peut être queer, hétérosexuel, cisgenre, trans ou non binaire.

Le personnage incarné sur scène ne correspond pas nécessairement à l’identité de genre de la personne en dehors du spectacle.

Queer et expression de genre

L’expression de genre désigne la manière dont une personne présente son genre à travers son apparence, sa voix, ses gestes ou son comportement.

Une expression de genre peut être :

  • masculine ;
  • féminine ;
  • androgyne ;
  • neutre ;
  • fluide ;
  • changeante ;
  • difficile à catégoriser.

Certaines personnes emploient le mot queer pour exprimer un rapport libre ou non conventionnel au genre. D’autres se définissent comme queer tout en conservant une expression correspondant aux normes habituelles.

Une expression non conforme ne prouve pas qu’une personne est queer. Un homme cisgenre et hétérosexuel peut porter du maquillage ou des vêtements féminins sans changer d’orientation ou d’identité.

À l’inverse, une personne queer n’a pas besoin d’adopter une apparence particulière pour que son identité soit valide.

Que sont les espaces queer ?

Les espaces queer sont des lieux physiques ou numériques dans lesquels les personnes LGBTQIA+ peuvent se rencontrer, échanger, créer ou participer à des activités communautaires.

Ils peuvent prendre la forme :

  • de centres LGBTQIA+ ;
  • de bars ;
  • de cafés ;
  • de librairies ;
  • de festivals ;
  • de soirées ;
  • d’associations ;
  • de groupes de parole ;
  • de collectifs artistiques ;
  • de communautés en ligne.

Ces espaces peuvent permettre de réduire l’isolement, de rencontrer des personnes vivant des expériences similaires et de s’exprimer sans devoir constamment expliquer son identité.

Ils ne sont toutefois pas automatiquement exempts de discriminations. Le racisme, le sexisme, la transphobie, le validisme, la grossophobie ou les discriminations sociales peuvent également exister dans les milieux queer.

Créer un espace réellement inclusif demande donc plus que l’utilisation d’un vocabulaire LGBTQIA+ ou l’affichage d’un drapeau arc-en-ciel.

Queer et Pride

Les Marches des Fiertés et les événements Pride constituent des espaces importants de visibilité pour les personnes queer et LGBTQIA+.

Ils remplissent plusieurs fonctions :

  • revendiquer l’égalité des droits ;
  • dénoncer les discriminations ;
  • rendre visibles les communautés ;
  • commémorer les luttes passées ;
  • créer un espace de célébration ;
  • rappeler les violences encore présentes.

Certaines personnes queer apprécient particulièrement la dimension politique de la Pride. D’autres participent surtout pour retrouver une communauté, célébrer leur identité ou soutenir leurs proches.

Des débats existent régulièrement sur la commercialisation des Marches des Fiertés, la présence des entreprises et le risque de transformer une mobilisation politique en événement principalement festif ou publicitaire.

Ces critiques montrent que la culture queer reste traversée par différentes visions de la visibilité et du militantisme.

Queer et asexualité

Une personne asexuelle peut se définir comme queer lorsqu’elle considère que son expérience de l’attirance sexuelle s’écarte des normes dominantes.

Toutes les personnes asexuelles n’utilisent toutefois pas ce mot.

Certaines se sentent pleinement intégrées aux communautés queer et LGBTQIA+, tandis que d’autres préfèrent uniquement l’étiquette asexuelle ou ace.

Une personne peut également être :

  • asexuelle et homoromantique ;
  • asexuelle et biromantique ;
  • asexuelle et panromantique ;
  • asexuelle et aromantique ;
  • asexuelle et queer.

L’asexualité ne signifie pas nécessairement ne jamais avoir de libido, ne pas vouloir de relation ou ne pas pouvoir ressentir d’amour.

Notre article C’est quoi un asexuel ? permet de mieux comprendre cette orientation et les différentes expériences appartenant au spectre asexuel.

Queer et aromantisme

Une personne aromantique ressent généralement peu ou pas d’attirance romantique. Elle peut se définir comme queer si ce terme lui permet d’exprimer son appartenance communautaire ou sa remise en question des normes romantiques.

L’aromantisme remet notamment en question l’idée selon laquelle chaque personne devrait :

  • tomber amoureuse ;
  • rechercher un couple ;
  • se marier ;
  • placer une relation romantique au-dessus de toutes les autres ;
  • considérer le célibat comme un échec.

Une personne aromantique peut vivre seule, entretenir des amitiés profondes, avoir une relation sexuelle, construire un partenariat queerplatonique ou vivre en couple sans ressentir l’attirance romantique de manière habituelle.

Les mots queer et aromantique peuvent donc être complémentaires, mais aucune personne aromantique n’est obligée d’utiliser le terme queer.

Peut-on être hétérosexuel et queer ?

La réponse dépend du contexte et de l’expérience de la personne.

Une personne peut être hétérosexuelle tout en étant :

  • transgenre ;
  • non binaire ;
  • intersexe ;
  • aromantique ;
  • asexuelle ;
  • concernée par une autre expérience LGBTQIA+.

Elle peut alors se définir comme queer en raison de son identité de genre, de son orientation romantique ou d’une autre dimension, même si son attirance sexuelle est hétérosexuelle.

En revanche, une personne cisgenre, hétérosexuelle et alloromantique ne devient généralement pas queer uniquement parce qu’elle rejette certains stéréotypes, possède un style original ou soutient les personnes LGBTQIA+.

Elle peut être une alliée sans adopter une identité qui ne correspond pas à son expérience.

Une personne queer peut-elle vivre une relation traditionnelle ?

Oui. Se définir comme queer n’impose aucun modèle relationnel.

Une personne queer peut souhaiter :

  • une relation monogame ;
  • un mariage ;
  • une vie commune ;
  • une famille ;
  • une relation ouverte ;
  • plusieurs relations consenties ;
  • une relation queerplatonique ;
  • vivre sans partenaire.

Le terme queer ne signifie pas automatiquement rejeter le couple, la monogamie ou la famille.

Certaines personnes utilisent ce mot précisément parce qu’elles souhaitent remettre en question les modèles relationnels dominants. D’autres se reconnaissent comme queer tout en préférant une relation relativement traditionnelle.

Aucun de ces choix n’est plus authentiquement queer qu’un autre.

Une personne queer doit-elle être militante ?

Non. Une personne n’est pas obligée de participer à des manifestations, à une association ou à un mouvement politique pour utiliser le mot queer.

Certaines personnes considèrent que le terme possède nécessairement une dimension militante. D’autres l’utilisent principalement comme identité personnelle.

Une personne queer peut :

  • être très engagée politiquement ;
  • participer occasionnellement à des événements ;
  • ne pas se sentir à l’aise dans les espaces militants ;
  • vivre son identité de manière privée ;
  • ne pas avoir accès à une communauté locale ;
  • préférer ne pas parler publiquement de son orientation ou de son genre.

L’identité d’une personne ne dépend pas de son niveau d’engagement.

Comment employer correctement le mot queer ?

Le mot peut être utilisé de plusieurs façons.

Pour parler d’une personne

Il est préférable de l’utiliser uniquement lorsque la personne se définit elle-même comme queer.

Exemple :

Cette artiste se présente comme queer et non binaire.

Pour parler d’une communauté

L’expression « communauté queer » est largement employée, mais elle ne doit pas laisser entendre que toutes les personnes LGBTQIA+ acceptent cette étiquette.

Pour parler d’une œuvre ou d’un domaine

Les expressions suivantes sont aujourd’hui courantes :

  • cinéma queer ;
  • littérature queer ;
  • culture queer ;
  • études queer ;
  • théorie queer ;
  • art queer.

Dans ce contexte, le mot décrit généralement une représentation, une approche critique ou un domaine culturel.

Comme insulte

Utiliser queer pour humilier une personne, ridiculiser son apparence ou attaquer son orientation reste discriminatoire, même si le mot a été réapproprié par certaines communautés.

Quelles erreurs faut-il éviter ?

Plusieurs usages peuvent être maladroits ou irrespectueux.

Il vaut mieux éviter :

  • de qualifier automatiquement toutes les personnes LGBTQIA+ de queer ;
  • de présenter queer comme un synonyme exact de gay ;
  • de supposer qu’une personne queer est nécessairement non binaire ;
  • de considérer que queer signifie indécis ;
  • de présenter le terme comme une simple mode ;
  • d’affirmer que toutes les personnes queer partagent les mêmes opinions ;
  • de demander des détails intimes pour vérifier cette identité ;
  • d’utiliser le terme avec un ton moqueur ;
  • de réduire la culture queer à une esthétique vestimentaire.

Le respect consiste principalement à reprendre les mots choisis par la personne et à accepter que différentes personnes puissent donner au terme des nuances légèrement différentes.

FAQ sur le terme queer

Que veut dire queer en français ?

Queer peut être traduit littéralement par « étrange », « inhabituel » ou « en dehors de la norme ».

Dans le vocabulaire LGBTQIA+, il désigne généralement une identité ou un terme parapluie lié aux sexualités, aux genres et aux expériences ne correspondant pas aux normes hétérosexuelles et cisgenres dominantes.

Le mot est généralement conservé en anglais, car aucune traduction française ne restitue parfaitement son histoire et ses différents usages.

Que signifie être une personne queer ?

Être queer signifie généralement se reconnaître dans une sexualité, une identité de genre ou une expérience qui s’écarte des normes dominantes.

Certaines personnes utilisent ce terme seul. D’autres l’associent à une identité plus précise, comme lesbienne, bisexuelle, transgenre, asexuelle ou non binaire.

Sa signification exacte dépend donc de la personne qui l’emploie.

Queer est-il une orientation sexuelle ?

Queer peut être utilisé comme orientation générale, mais il ne décrit pas une attirance précise de la même manière que les termes homosexuel, bisexuel ou pansexuel.

Il peut également concerner l’identité de genre, l’expression de genre, la communauté ou une position politique.

Queer signifie-t-il non binaire ?

Non. Une personne non binaire peut se définir comme queer, mais les deux termes ne sont pas synonymes.

Non binaire concerne l’identité de genre. Queer possède une signification plus large et peut aussi concerner la sexualité ou l’appartenance communautaire.

Quelle différence entre queer et LGBTQIA+ ?

LGBTQIA+ est un acronyme regroupant différentes communautés et identités.

Queer peut être une identité personnelle, un terme parapluie ou une approche critique des normes de genre et de sexualité.

Toutes les personnes LGBTQIA+ ne se définissent pas comme queer.

Quelle différence entre queer et gay ?

Gay désigne principalement une personne attirée par des personnes du même genre, notamment un homme attiré par les hommes.

Queer est plus large. Il peut englober différentes orientations sexuelles, identités de genre et expériences communautaires.

Une personne peut être à la fois gay et queer.

Le mot queer est-il encore une insulte ?

Il peut l’être selon le contexte.

Le mot a longtemps servi d’insulte homophobe avant d’être réapproprié par une partie des communautés LGBTQIA+. Certaines personnes l’emploient aujourd’hui avec fierté, tandis que d’autres le trouvent toujours blessant.

Le ton, l’intention et la préférence de la personne concernée restent essentiels.

Peut-on qualifier quelqu’un de queer sans lui demander ?

Il vaut mieux éviter de qualifier individuellement une personne de queer si elle n’utilise pas elle-même ce terme.

Il est possible de parler de culture queer ou de cinéma queer dans un sens général, mais l’identité d’une personne ne doit pas être présumée.

Une personne queer est-elle forcément transgenre ?

Non. Une personne queer peut être transgenre, non binaire ou cisgenre.

De même, toutes les personnes transgenres ne se définissent pas comme queer.

Une personne queer peut-elle être asexuelle ?

Oui. Une personne peut être asexuelle et queer.

Le terme asexuel précise son rapport à l’attirance sexuelle, tandis que queer peut exprimer une appartenance communautaire ou une identité plus large.

Une personne queer peut-elle être en couple hétérosexuel ?

Oui. Le type de relation actuelle ne détermine pas automatiquement l’identité.

Une personne bisexuelle, pansexuelle, transgenre, non binaire, asexuelle ou queer peut vivre avec une personne d’un autre genre sans cesser d’appartenir aux communautés LGBTQIA+.

Que signifie genderqueer ?

Genderqueer désigne généralement une identité de genre située en dehors des catégories traditionnelles ou combinant plusieurs expériences du genre.

Le terme peut se rapprocher de la non-binarité, mais sa signification exacte dépend de la personne qui l’utilise.

Que signifie théorie queer ?

La théorie queer est un courant intellectuel qui étudie la manière dont les sociétés construisent les normes liées au genre, à la sexualité, aux relations et aux identités.

Elle analyse notamment l’hétéronormativité, la cisnormativité et les catégories considérées comme naturelles ou universelles.

Quelle différence entre identité queer et théorie queer ?

Une identité queer décrit la manière dont une personne se définit.

La théorie queer est un domaine de recherche et de réflexion.

Une personne peut se définir comme queer sans connaître la théorie queer. Une chercheuse ou un chercheur peut étudier la théorie queer sans utiliser ce mot pour parler de sa propre identité.

Pourquoi certaines personnes refusent-elles le mot queer ?

Certaines personnes ont subi ce mot comme une insulte ou considèrent qu’il reste trop associé aux violences homophobes et transphobes.

D’autres préfèrent une identité plus précise, comme lesbienne, gay, bisexuel ou transgenre.

Leur refus doit être respecté, même si le terme a été réapproprié par d’autres personnes.

Le mot queer est-il une mode récente ?

Non. Le mot possède une longue histoire dans la langue anglaise et dans les mouvements LGBTQIA+.

Sa réappropriation militante est particulièrement visible depuis la fin des années 1980 et le début des années 1990, mais ses usages identitaires et politiques continuent d’évoluer.

Peut-on être queer sans utiliser d’autre étiquette ?

Oui. Certaines personnes utilisent uniquement queer parce que ce terme correspond suffisamment à leur expérience.

Elles ne sont pas obligées de préciser leur orientation sexuelle ou leur identité de genre.

Peut-on changer d’étiquette après s’être défini comme queer ?

Oui. Une personne peut modifier son vocabulaire au fil du temps.

Elle peut découvrir un mot plus précis, utiliser plusieurs termes ou décider de ne plus employer d’étiquette. Ce changement ne signifie pas que son ancienne identification était mensongère.

En résumé

Le mot queer possède plusieurs dimensions.

Il peut être :

  • une identité personnelle ;
  • un terme parapluie ;
  • une appartenance communautaire ;
  • un mot réapproprié après avoir servi d’insulte ;
  • une approche politique ;
  • un domaine culturel ;
  • un courant universitaire.

Une personne queer peut être lesbienne, gay, bisexuelle, pansexuelle, transgenre, non binaire, asexuelle, aromantique ou utiliser une autre identité. Elle peut aussi employer uniquement le mot queer.

Le terme ne doit pas être imposé à toutes les personnes LGBTQIA+. Son histoire reste douloureuse pour certaines personnes, même si d’autres l’utilisent aujourd’hui avec fierté.

Comprendre sa définition, son origine et son évolution permet d’employer le mot avec davantage de précision et de respect.

Conclusion

La définition de queer ne peut pas être réduite à une seule orientation sexuelle ou à une identité de genre précise. Le terme sert principalement à parler d’expériences situées en dehors des normes hétérosexuelles, cisgenres et relationnelles dominantes.

Son sens actuel est indissociable de son histoire. Utilisé autrefois comme une insulte, queer a été réapproprié par une partie des communautés LGBTQIA+ pour exprimer la fierté, la solidarité et le refus de la conformité imposée.

Le terme peut aujourd’hui décrire une personne, une communauté, une œuvre artistique, un mouvement politique ou un domaine de recherche. Cette diversité d’usages constitue sa force, mais explique également les confusions qui l’entourent.

Toutes les personnes concernées ne l’utilisent pas de la même manière. Certaines y voient une identité ouverte et libératrice, tandis que d’autres préfèrent des termes plus précis ou refusent un mot qui leur rappelle des violences.

La meilleure manière de l’employer reste donc d’écouter les personnes concernées, de respecter leurs préférences et de ne jamais imposer une étiquette.

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