Six jeunes hommes ont été condamnés par la justice après avoir attiré, agressé et dépouillé des hommes gays lors de rendez-vous organisés sur Grindr à Sarreguemines. Les sanctions prononcées atteignent cinq ans de prison. Toutefois, le tribunal n’a pas retenu la circonstance aggravante liée à l’orientation sexuelle des victimes.
Sept hommes piégés à Sarreguemines
Le scénario se répétait : un rendez-vous était organisé sur Grindr, puis la victime se retrouvait encerclée, frappée et dévalisée. Entre juillet et la fin du mois d’octobre 2025, au moins sept hommes auraient été agressés selon ce procédé à Sarreguemines, en Moselle, dans la région Grand-Est.
Cette condamnation constitue l’aboutissement de l’enquête ayant conduit à l’incarcération de six jeunes hommes soupçonnés de guets-apens homophobes en Moselle
Mercredi 22 juillet, le tribunal correctionnel de Sarreguemines a condamné les six membres du groupe à des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. Les magistrats ont reconnu les violences, les vols et les extorsions. En revanche, ils n’ont pas considéré que ces infractions avaient été commises avec une circonstance aggravante homophobe.
Cette décision intervient alors que les victimes étaient exclusivement sélectionnées sur une application de rencontres destinée aux hommes gays. Plusieurs d’entre elles ont également déclaré avoir entendu des insultes homophobes pendant les agressions.
Cette décision contraste avec les condamnations prononcées dans l’affaire des guets-apens homophobes d’Avignon, où l’orientation sexuelle des victimes avait été retenue comme circonstance aggravante.
Un mode opératoire préparé à l’avance
Les faits suivent un mécanisme fréquemment observé dans les agressions homophobes organisées via Grindr et d’autres applications de rencontres Après avoir échangé avec un faux profil sur Grindr. À leur arrivée, plusieurs jeunes hommes masqués sortaient de leur cachette et les encerclaient immédiatement.
Sous la menace d’un couteau ou d’un taser, les hommes agressés devaient remettre l’argent qu’ils avaient sur eux. Certains étaient également forcés de déverrouiller leur téléphone ou de réaliser des virements bancaires dont le montant pouvait atteindre plusieurs milliers d’euros.
Les agresseurs emportaient systématiquement les effets personnels de leurs victimes. Avant de partir, ils photographiaient leurs pièces d’identité ainsi que les plaques d’immatriculation de leurs véhicules. Cette pratique aurait eu pour objectif de les intimider et de les empêcher de porter plainte.
L’enquête conduite par les gendarmes a finalement permis d’identifier les différents membres de la bande.
Les principaux prévenus reconnaissent leur participation
Les cinq principaux auteurs, âgés de 20 à 23 ans, ont rapidement admis avoir participé aux agressions au cours de leur garde à vue. Pour expliquer leurs actes, ils ont affirmé avoir cherché à « lutter contre la pédophilie ». Ils ont ainsi contesté toute motivation financière ou homophobe.
Plusieurs prévenus ont même assuré que « Cela partait d’une blague ». Cette version a cependant été fragilisée par les déclarations des victimes, qui ont décrit des attaques organisées, violentes et accompagnées de propos homophobes.
Des victimes durablement traumatisées
L’un des hommes tombés dans le piège a raconté la peur ressentie pendant son agression : « Ils m’ont versé un liquide sur la tête. J’ai cru qu’ils allaient me mettre le feu. Je suis encore traumatisé ». Il a également déclaré avoir été insulté en raison de son orientation sexuelle.
Une autre victime a indiqué avoir reçu “30 jours d’interruption totale de travail” après avoir subi « trois côtes cassées ».
Selon les hommes agressés, leur présence sur Grindr constituait bien le critère utilisé par le groupe pour les sélectionner. « Nous sommes des proies faciles » déplorent-ils.
Des regrets contestés par le procureur
Devant le tribunal, certains prévenus ont reconnu avoir commis une erreur. « On n’aurait pas dû s’embarquer là-dedans », a déclaré l’un d’eux. Un autre a évoqué un « engrenage » pour décrire la succession des agressions.
Lors de ses réquisitions, le procureur de la République Aurélien Rubio a insisté sur la gravité des faits. Il a notamment dénoncé « des regrets de façade ». Tous les prévenus avaient déjà des mentions inscrites à leur casier judiciaire. Deux d’entre eux étaient également jugés en état de récidive.
Jusqu’à cinq ans de prison
Présenté comme « le plus violent » de la bande, l’un des auteurs était le seul à avoir été placé en détention provisoire à l’issue de sa garde à vue. Il a été condamné à cinq ans de prison, dont trois ans assortis d’un sursis. Son maintien en détention a été ordonné.
Les autres prévenus ont reçu des peines allant de 18 mois de prison à des condamnations comprenant une partie avec sursis.
Malgré les éléments rapportés par les victimes et le choix d’une application destinée aux rencontres entre hommes, la justice n’a donc pas retenu le motif homophobe.
Une décision similaire dans une autre affaire Grindr
Une semaine auparavant, une décision comparable avait été prononcée dans une affaire de guet-apens organisé par l’intermédiaire de Grindr dans la forêt d’Amboise, en Centre-Val de Loire.
Dans ce dossier, le tribunal avait également refusé de retenir la circonstance aggravante d’homophobie contre un prévenu de 18 ans jugé en comparution immédiate.
Pour limiter les risques lors d’une rencontre organisée sur une application, il est recommandé de choisir un lieu public, de prévenir un proche et de consulter ces conseils pour préparer un premier rendez-vous gay
