Une mobilisation officielle face à un phénomène dénoncé de longue date
Après plusieurs années d’alertes lancées par diverses associations communautaires sur la multiplication des guets-apens homophobes, les pouvoirs publics passent à l’action. Jusqu’ici, les principales applications de rencontre étaient accusées de rester passives face à ces violences, pourtant régulièrement relatées dans les médias. Pour tenter d’enrayer ces crimes, la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), rattachée au ministère de l’Égalité, a réuni des associations LGBTQI+ et plusieurs plateformes afin de bâtir une charte assortie d’un plan d’action commun.
Des engagements pris par plusieurs plateformes majeures
Grindr, Tinder, Happn et Bumble ont accepté de signer ce document. Par cette charte, ces plateformes promettent de mieux sensibiliser leurs utilisateurs, de simplifier le signalement des profils jugés dangereux, d’encourager la vérification des comptes et de renforcer leur coopération avec les services d’enquête. « Ces actes d’une violence inouïe doivent cesser et nous devons tout mettre en œuvre pour enrayer ce phénomène », plaide Aurore Bergé, la ministre chargée de la Lutte contre les discriminations.
Prévention : mieux informer pour mieux protéger
L’information est présentée comme le premier levier de lutte contre les guets-apens. Les applications s’engagent donc à diffuser des conseils de prudence dès l’ouverture d’un compte, puis à renouveler ces messages au cours de l’utilisation de leurs services. Elles envisagent aussi d’aller plus loin, avec des messages potentiellement adaptés aux situations rencontrées, grâce à l’étude de dispositifs d’analyse automatique des échanges capables d’alerter un utilisateur en cas d’interaction suspecte. En parallèle, les plateformes promettent de muscler leurs outils de modération, à la fois humains et techniques, afin de traiter les signalements et d’identifier, à l’aide de « la détection de mots-clés » définis avec les associations, les « comportements violents, discriminatoires ou menaçants ».
Vérification : un renforcement du contrôle sans obligation générale
Le plan d’action prévoit également un meilleur contrôle de l’identité des utilisateurs. L’État pousse les applications à développer des dispositifs de vérification “par selfie, biométrie ou pièce d’identité”. Cette orientation reste toutefois délicate, car l’anonymat demeure essentiel pour de nombreux usagers des applis de rencontre. C’est la raison pour laquelle cette vérification serait proposée et encouragée, sans devenir obligatoire pour continuer à utiliser ces services. En contrepartie, les personnes inscrites pourraient choisir de filtrer les profils selon qu’ils soient vérifiés ou non. « L’objectif n’est pas de restreindre la liberté d’utiliser les plateformes, précise la ministre Aurore Bergé, mais de garantir que cette liberté puisse s’exercer dans une meilleure sécurité. »
Signalement : créer des outils spécifiques contre les risques de violences
La charte comprend aussi un volet dédié au signalement des profils menaçants ou suspects. Une catégorie de signalement spécifique doit être mise en place pour les « risques de violences et de guets-apens ». Les signataires s’engagent à s’appuyer sur cette nouvelle entrée pour suivre l’évolution du nombre de signalements et mieux mesurer l’ampleur du phénomène.
Empêcher les récidives et limiter les retours sur les plateformes
Lorsqu’un utilisateur est signalé pour ce type de comportement, l’objectif affiché est de faire en sorte que son exclusion soit réellement effective. En cas de signalements répétés, les applications pourront s’appuyer sur différents éléments comme les « noms, prénoms, appareil, courriel, téléphone ou adresse IP » afin de garder ces profils « suivis » et de « limiter les risques de récidive », autrement dit empêcher la recréation immédiate d’un compte après une suspension. L’État recommande également, lorsque le cadre technique et juridique le permet, d’étendre les bannissements à l’ensemble des services appartenant à un même groupe. Une réflexion collective est même encouragée pour empêcher qu’un utilisateur exclu d’une plateforme puisse se reporter facilement vers une autre.
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Coopération : améliorer les échanges avec la justice et les enquêteurs
Enfin, les pouvoirs publics estiment que la seule prévention ne suffira pas à faire disparaître ces agressions. Les applications signataires prennent donc l’engagement de mieux coopérer avec la justice lorsqu’un guet-apens homophobe est commis. Les enquêteurs et magistrats avaient en effet signalé de fortes difficultés de communication avec les plateformes, compliquant l’accès aux preuves nécessaires dans les procédures judiciaires. La charte prévoit ainsi l’ouverture d’un « point de contact » destiné aux autorités, afin qu’elles puissent transmettre directement leurs demandes. Les applications promettent en outre de fournir les éléments utiles aux investigations, notamment les échanges susceptibles d’être exploités. « Les agresseurs doivent avoir conscience que les victimes portent plainte, qu’ils sont très souvent interpellés par la police et que les peines qui leur sont infligées sont lourdes », martèle la ministre. Ce cadre de coopération pourrait désormais servir de modèle, à condition que d’autres applications rejoignent la démarche et que les pouvoirs publics prolongent ce type d’initiative sur d’autres enjeux de prévention.






