Au Sénégal, la politique répressive à l’égard de l’homosexualité suscite une vive controverse après l’annonce d’une nouvelle vague d’interpellations. Les autorités ont confirmé l’arrestation de douze hommes, parmi lesquels plusieurs personnes vivant avec le VIH, poursuivis pour « actes contre nature » et « transmission volontaire du VIH sida ».
Douze hommes interpellés, dont des personnalités publiques
L’affaire occupe une place centrale dans l’actualité nationale, dans un contexte où les médias relaient largement les discours hostiles aux minorités sexuelles. Le samedi 7 février, la gendarmerie a indiqué avoir procédé à l’arrestation de douze individus soupçonnés d’« association de malfaiteurs, actes contre nature, transmission volontaire du VIH sida par rapports sexuels non protégés et mise en danger de la vie d’autrui ».
Parmi les personnes mises en cause figurent deux figures connues du grand public : l’animateur radio et télévision Pape Cheikh Diallo, ainsi que le chanteur Djiby Dramé. Selon les forces de l’ordre, l’enquête aurait débuté par l’interpellation d’un homme suspecté de « s’adonner à des actes contre nature » malgré sa séropositivité. Cette arrestation initiale aurait conduit à celle de onze autres personnes.
La gendarmerie sénégalaise précise qu’au moins six des douze hommes arrêtés ont été testés séropositifs au VIH. Ils sont accusés d’avoir « continué à entretenir des relations sexuelles non protégées avec d’autres partenaires, tous des hommes ».
Ces nouvelles arrestations s’inscrivent dans un climat régional déjà marqué par un durcissement législatif, comme l’illustre par exemple la criminalisation renforcée de l’homosexualité au Burkina Faso en 2025.
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Un cadre légal répressif et des tensions persistantes
L’organisation française STOP Homophobie a fait part de sa préoccupation face à ces arrestations. Interrogé par l’Agence France-Presse (AFP), son secrétaire général, Terrence Khatchadourian, a déclaré : « STOP Homophobie exprime son inquiétude face à ces arrestations ». Il a également rappelé que « cette affaire rappelle qu’au Sénégal, les relations sexuelles entre adultes consentants restent criminalisées, exposant les personnes LGBTQIA+ à des arrestations arbitraires et à la stigmatisation. »
Au Sénégal, la législation prévoit des peines allant d’un à cinq ans d’emprisonnement pour les relations homosexuelles, qualifiées juridiquement d’acte « contre nature avec un individu de son sexe ». Les interpellations fondées sur ce motif demeurent fréquentes.
Ces dernières années, un discours présentant l’homosexualité comme une pratique importée d’Occident et incompatible avec les valeurs d’une société majoritairement musulmane s’est intensifié. Plusieurs mobilisations ont été organisées à l’initiative d’associations religieuses afin de réclamer un renforcement des sanctions prévues par la loi.
En octobre 2023, des images diffusées dans le pays ont montré la profanation publique du corps d’un homme présenté comme homosexuel, exhumé puis brûlé. Des faits similaires ont été signalés à plusieurs reprises.
Un contexte politique marqué par des mises en garde aux pays occidentaux
Depuis 2024, le gouvernement est dirigé par le Premier ministre Ousmane Sonko. Ce dernier a rapidement averti les pays occidentaux que leur engagement en faveur des droits des personnes LGBT pourrait constituer un « nouveau casus belli ».
Par ailleurs, en 2021, le Sénégal a été retiré de la liste des pays d’origine sûrs par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), en raison des risques encourus par certaines personnes, notamment en lien avec leur orientation sexuelle.
Pour suivre l’évolution de ce type de situation et comprendre les dynamiques politiques et sociales qui touchent les minorités sexuelles à l’international, consultez régulièrement notre rubrique dédiée à l’actualité LGBT en France et dans le monde, où nous analysons les décisions judiciaires, les réformes législatives et les mobilisations associatives.






