Puerto Vallarta communauté LGBTQ+ sécurité
Un climat d’incertitude dans une destination phare
Lieu de villégiature emblématique pour les voyageurs LGBTQ+ du Québec et d’ailleurs en Amérique du Nord, Puerto Vallarta traverse actuellement une période troublée à la suite d’une vague de violence survenue dimanche dans l’État de Jalisco. Bien qu’aucun indice ne laisse croire que la communauté queer ait été spécifiquement visée, les scènes de fumée épaisse, de véhicules incendiés et d’infrastructures paralysées ont fragilisé le sentiment de sécurité qui valait à la ville son surnom de « capitale gaie du Mexique ».
Destination régulièrement citée parmi les meilleures destinations LGBT au monde pour voyager en toute sérénité, Puerto Vallarta attire chaque année des milliers de touristes en quête de soleil et de liberté.
Une flambée de violence après une opération militaire
Les événements ont éclaté après une intervention des forces armées ayant conduit à la mort de Nemesio Oseguera Cervantes, surnommé « El Mencho », figure de proue du cartel de l’État de Jalisco, considéré comme l’un des plus influents du pays. Des actes de représailles ont rapidement été signalés dans différentes zones de l’État, notamment à Puerto Vallarta.
En fin de matinée dimanche, d’imposants panaches de fumée noire ont envahi le ciel autour de la baie de Banderas, transformant le décor balnéaire en scène de tensions urbaines. Des barrages routiers auraient été mis en place et plusieurs véhicules incendiés dans différents secteurs.
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Témoignages d’une atmosphère irréelle
Installé à Puerto Vallarta depuis 2020, le producteur d’événements américain Jimmy Martin, 42 ans, décrivait une ambiance « surréaliste » en soirée. « Ça ressemblait au film The Purge. On avait l’impression que les services d’urgence n’existaient plus. Personne ne venait. »
Une alerte de la protection civile, diffusée en espagnol, a exhorté la population à rester confinée et à verrouiller portes et fenêtres. Dans la Zona Romántica, épicentre de la vie nocturne LGBTQ+, les rues se sont vidées en peu de temps. Des témoins évoquent des individus circulant à moto, brisant des vitrines et jetant des sacs noirs dans certains commerces pour y déclencher des incendies.
Denis, un Québécois gai retraité qui séjourne environ cinq mois par an sur place, relate : « On a entendu des explosions, puis le fracas des vitres. De la fumée partout. » Selon lui, ni pompiers ni policiers n’étaient « visibles pendant plusieurs heures dans les secteurs touristiques habituellement bien surveillés ».
Aéroport perturbé et voyageurs immobilisés
Les affrontements ont aussi désorganisé le réseau de transport. Des barrages et des mesures de sécurité ont entraîné l’annulation de nombreux vols à l’aéroport international de Puerto Vallarta. Des transporteurs comme Air Canada et Air Transat ont temporairement suspendu certaines liaisons.
On estime que plus de 5 000 Canadiens, dont une proportion significative de Québécois, se trouvent actuellement dans la région. Les autorités consulaires recommandent de limiter les déplacements aux strictes nécessités et de suivre l’évolution de la situation par l’entremise des médias locaux.
Lundi, les taxis, véhicules Uber et autobus étaient peu nombreux. Certains résidents ont commencé à rationner leurs provisions, attendant la réouverture partielle de petites épiceries. En fin de journée dimanche, un hélicoptère militaire aurait survolé la ville à basse altitude, avant qu’un calme tendu ne s’installe.
Claude, un Lavallois qui passe habituellement trois à quatre mois par an dans la Zona Romántica et qui se trouvait déjà sur place lors du déclenchement de la pandémie en mars 2020, estime que la situation actuelle est « pire que pendant la COVID ». Il évoque moins l’isolement que l’angoisse perceptible dans les rues désertées, tout en demeurant persuadé que la crise finira par se résorber.
Une économie fortement liée au tourisme LGBTQ+
Puerto Vallarta tirerait entre 30 % et 40 % de ses revenus touristiques des voyageurs LGBTQ+, ce qui représenterait près de 17 milliards de pesos en 2023, soit environ 1,3 milliard de dollars canadiens. Chaque année, des milliers de Canadiens — dont un grand nombre de Québécois — y séjournent, souvent pour de longs mois d’hiver.
La popularité de la ville auprès de la clientèle queer remonte aux années 1960, lorsque les visites discrètes de Elizabeth Taylor et de Richard Burton ont attiré l’attention internationale sur ce qui était alors un paisible village côtier.
Pour suivre l’évolution des enjeux touchant les communautés LGBTQ+ à l’international, consultez régulièrement notre rubrique dédiée à l’actualité LGBT .
Entre prudence et espoir
À ce stade, rien n’indique que les cartels aient ciblé directement la communauté LGBTQ+ ou les établissements de la Zona Romántica. Les personnes interrogées ne prévoient pas quitter la ville dans l’immédiat. Toutefois, elles reconnaissent que l’image festive et sécuritaire de Puerto Vallarta est temporairement ternie.
Pour de nombreux membres de la communauté LGBTQ+ québécoise, profondément attachés à cette destination du Pacifique mexicain, le moment est à la vigilance et à l’espoir d’un retour rapide à la normale. Pour l’heure, l’incertitude demeure.






