Pourquoi la transidentité occupe-t-elle aujourd’hui une place aussi importante dans certains débats politiques et médiatiques ? Comment un sujet concernant une minorité de la population en est-il venu à provoquer des échanges aussi polarisés ? Avec Transpositions, le journaliste et documentariste Simon Coutu tente de mieux comprendre les mécanismes qui alimentent ces tensions au Québec.
Cette nouvelle production de l’Office national du film du Canada (ONF), conçue dans le cadre de l’initiative ON FILME, est désormais accessible gratuitement sur YouTube. Décliné en quatre contenus complémentaires, le projet donne notamment la parole à des personnes trans, tout en allant à la rencontre de mouvements qui dénoncent ce qu’ils appellent « la théorie du genre ».
L’objectif affiché n’est pas de réduire la question à un affrontement entre deux camps, mais d’examiner les discours qui entourent la transidentité, la montée de la transphobie et les difficultés à maintenir un dialogue constructif.
Quatre formats pour examiner la polarisation sous différents angles
Transpositions n’est pas présenté comme un documentaire unique. Le projet comprend quatre productions de durées et de formats différents, toutes pensées pour l’espace conversationnel de YouTube.
Le volet principal prend la forme d’un moyen métrage de 30 minutes. Simon Coutu y cherche à comprendre pourquoi la transidentité est devenue, au cours des dernières années, un sujet particulièrement polarisant. Il rencontre des personnes trans, mais aussi des représentants de mouvements critiques des questions liées au genre.
Cette démarche permet au réalisateur d’examiner à la fois les réalités vécues par les personnes directement concernées et les discours qui contribuent à structurer le débat public. Elle rejoint également une question plus large : celle des clichés et préjugés qui continuent d’entourer les transidentités et qui peuvent alimenter incompréhensions et discriminations.
Une capsule de deux minutes intitulée Coup d’œil revient ensuite sur les motivations personnelles et journalistiques de Simon Coutu. Après avoir consacré plusieurs années à couvrir des sujets associés à la droite conservatrice, il explique avoir constaté la place croissante prise par les enjeux touchant les personnes trans dans certains discours politiques et médiatiques.
Michel Dorais et Henri-June Pilote discutent des mécanismes de la transphobie
Le format le plus long de Transpositions, intitulé Au foyer, dure 44 minutes. Simon Coutu y échange avec Michel Dorais, sociologue de la sexualité et professeur, ainsi qu’avec Henri-June Pilote, conférencier et créateur de contenu.
La discussion aborde plusieurs dimensions du débat : les droits des personnes trans, les conceptions de la masculinité, le rôle joué par les médias sociaux dans la circulation des discours transphobes ainsi que les conditions nécessaires pour favoriser des échanges plus constructifs.
La place des médias constitue un enjeu particulièrement sensible. Plusieurs controverses ont déjà montré comment des discours transphobes peuvent se retrouver au cœur de débats télévisés, avec des prolongements sur les réseaux sociaux et parfois devant la justice.
Le projet insiste ainsi sur la difficulté de discuter de transidentité dans un environnement où les prises de position peuvent rapidement devenir antagonistes. L’enjeu, selon l’approche présentée par l’ONF, consiste notamment à mieux comprendre les discours qui façonnent les perceptions et à recréer des espaces permettant d’aborder ces réalités autrement que sous l’angle de la confrontation.
Lyraël Dauphin raconte les différentes étapes de sa transition
Le quatrième volet, Gros plan, d’une durée de neuf minutes, adopte une perspective plus personnelle.
L’artiste multidisciplinaire Lyraël Dauphin y revient sur son parcours de transition et sur les différentes dimensions qui peuvent l’accompagner. Elle aborde notamment les étapes sociales, médicales et légales de son expérience.
Son témoignage permet également d’évoquer la représentation des personnes trans, les discriminations auxquelles elles peuvent être confrontées ainsi que les origines de certains discours misogynes.
À travers ce récit, Transpositions replace les personnes directement concernées au cœur d’un débat qui peut parfois être dominé par des prises de position politiques ou idéologiques.
Comprendre comment la transidentité est devenue un sujet aussi polarisant
L’une des questions centrales du projet dépasse les désaccords sur des enjeux précis : pourquoi la transidentité est-elle devenue un point de friction aussi important dans l’espace public?
Simon Coutu s’intéresse notamment à l’instrumentalisation de ces questions dans certains discours politiques et médiatiques au Québec. Le documentaire cherche à comprendre comment cette polarisation s’est construite et pourquoi il est devenu si difficile, dans certains contextes, d’aborder la transidentité sans provoquer immédiatement des réactions opposées.
La polarisation ne se limite d’ailleurs pas aux partis politiques ou aux médias. Elle traverse aussi certains espaces militants, comme l’illustrent les divisions autour de la place des personnes trans au sein du mouvement LGBT+, auxquelles peuvent se mêler désinformation et stratégies politiques.
Cette approche vise à ne pas traiter les réalités trans comme une simple « controverse ». Elle s’intéresse plutôt aux personnes concernées, aux arguments qui circulent dans le débat public et aux mécanismes sociaux et médiatiques susceptibles d’amplifier les tensions.
Selon l’ONF, le projet entend ainsi susciter des discussions de fond et réfléchir aux conditions permettant de favoriser le mieux-être et l’inclusion des personnes trans, notamment à travers l’utilisation de mots plus justes pour décrire leurs réalités.
Simon Coutu poursuit son travail sur les grands enjeux sociaux
Journaliste, réalisateur et scénariste, Simon Coutu privilégie depuis plusieurs années une approche immersive et axée sur le terrain.
Il a notamment réalisé Cannabis illégal, un travail qui lui a valu un prix Judith-Jasmin en 2019. Son documentaire Alphas a pour sa part remporté trois prix Gémeaux en 2025. Il est également derrière le balado Contaminées : la crise des surdoses au Canada.
Avec Transpositions, le documentariste poursuit son exploration de sujets sociaux sensibles en s’intéressant cette fois aux discours entourant les personnes trans et aux possibilités de restaurer un dialogue dans un contexte fortement polarisé.
ON FILME, une initiative documentaire conçue pour YouTube
Transpositions constitue le troisième projet issu de ON FILME, l’initiative documentaire de l’ONF spécialement développée pour YouTube.
Le concept repose sur des films, des discussions et des entretiens adaptés aux usages de la plateforme. L’objectif est notamment de rejoindre les publics dans les espaces numériques où une partie des discussions contemporaines se déroulent déjà.
Trois personnalités de la sphère numérique québécoise ont été invitées par l’ONF à traiter d’un enjeu qui les interpelle : Mounir Kaddouri, connu sous le nom de Maire de Laval, Anne-Lovely Etienne et Simon Coutu.
Les deux premiers projets sont Après moi le déluge, de Mounir Kaddouri, qui s’intéresse au fossé entre l’industrie télévisuelle québécoise et les jeunes publics, et Féminisites, d’Anne-Lovely Etienne, consacré aux risques liés aux rencontres en ligne.
Les quatre volets de Transpositions sont accessibles gratuitement sur YouTube. Le projet doit également être disponible sur onf.ca à compter du 17 septembre 2026.
INFOS | Les quatre volets de Transpositions, de Simon Coutu, sont disponibles gratuitement sur YouTube. Le projet sera également accessible sur onf.ca à partir du 17 septembre 2026.
