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Sénégal : 71 hommes renvoyés en procès pour « actes contre nature », huit femmes également détenues

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La justice sénégalaise a prononcé un non-lieu total en faveur de 28 des 99 hommes mis en cause depuis février 2026 dans une vaste procédure liée à des relations homosexuelles présumées. Les 71 autres doivent comparaître devant le tribunal correctionnel pour « actes contre nature » et « association de malfaiteurs ». Les accusations de transmission volontaire du VIH et de « mise en danger de la vie d’autrui » ont, elles, fait l’objet d’un non-lieu. Le parquet a annoncé son intention de contester cette décision.

Cette évolution judiciaire intervient quelques mois après un net durcissement de la législation sénégalaise visant les relations entre personnes de même sexe. Fin juillet, huit femmes ont par ailleurs été interpellées dans une autre affaire présentée par des médias locaux comme concernant un réseau lesbien.

28 non-lieux totaux et 71 renvois devant le tribunal

Le juge d’instruction du premier cabinet du tribunal de grande instance de Pikine-Guédiawaye a rendu son ordonnance le vendredi 7 août. Selon le communiqué du parquet relayé par l’Agence de presse sénégalaise (APS), 28 des 99 personnes inculpées bénéficient d’un non-lieu total, tandis que 71 sont renvoyées devant le tribunal correctionnel pour « association de malfaiteurs » et « actes contre nature ».

Le juge n’a en revanche pas retenu, à leur encontre, les chefs de transmission volontaire du VIH-Sida et de « mise en danger de la vie d’autrui », faute d’éléments suffisants. Le parquet avait initialement demandé le renvoi des 99 personnes pour l’ensemble des infractions visées par la procédure et a interjeté appel de l’ordonnance.

Parmi les personnes ayant bénéficié d’un non-lieu figure notamment le ressortissant français Florian Julien Monneron. Arrêté dans le cadre de cette affaire, il ne sera pas renvoyé devant le tribunal correctionnel, le juge ayant estimé les charges insuffisantes.

Une procédure née de douze arrestations en février

L’affaire avait commencé début février avec l’interpellation de douze hommes à Dakar. Parmi eux figuraient Cheikh Ahmed Tidiane Diallo, dit « Pape Cheikh », animateur de télévision, ainsi que l’artiste et chanteur Djiby Dramé. Ils étaient notamment poursuivis pour « association de malfaiteurs », « actes contre nature avec transmission volontaire du VIH/Sida » et « mise en danger de la vie d’autrui ».

Le dossier avait rapidement pris une dimension nationale. Plusieurs médias sénégalais avaient publié les noms de personnes arrêtées et diffusé des informations concernant leur statut sérologique. Seneweb avait notamment titré : « Affaire Pape Cheikh Diallo : les quatre derniers interpellés sont porteurs du VIH ». L’article indiquait s’appuyer sur des informations communiquées par la gendarmerie nationale.

Au fil de l’enquête, les investigations se sont étendues à d’autres personnes. Les téléphones saisis ont notamment été exploités par les enquêteurs, conduisant à de nouvelles interpellations. Saliou Mbaye, personnalité connue sur TikTok sous le pseudonyme « Zale », figure parmi les personnes finalement renvoyées devant la juridiction de jugement.

Une loi durcie jusqu’à dix ans de prison

La procédure s’est développée parallèlement à une réforme du Code pénal sénégalais. Le 24 février, Ousmane Sonko, alors Premier ministre, avait annoncé devant l’Assemblée nationale son intention de faire adopter un texte renforçant les sanctions applicables aux relations homosexuelles.

Le projet de loi a été adopté le 11 mars 2026. La loi n°2026-08, datée du 27 mars et publiée au Journal officiel du 30 mars, a ensuite été promulguée par le président Bassirou Diomaye Faye. Elle définit notamment comme un « acte contre nature » tout acte sexuel ou à caractère sexuel entre deux personnes de même sexe. La peine prévue est désormais comprise entre cinq et dix ans d’emprisonnement, assortie d’une amende de deux à dix millions de francs CFA.

Cette réforme est intervenue après les premières arrestations du dossier de février. Les sources disponibles sur l’ordonnance du 7 août ne précisent pas, à ce stade, le régime de peine susceptible d’être appliqué à chacun des faits poursuivis, notamment en fonction de leur date.

Les accusations liées au VIH écartées par le juge

Après plusieurs mois d’instruction, les accusations concernant la transmission volontaire du VIH-Sida et la « mise en danger de la vie d’autrui » n’ont finalement pas été retenues dans l’ordonnance concernant les 71 personnes renvoyées.

Le parquet fait toutefois appel. Dans son communiqué, le ministère public rappelle qu’il avait demandé que les 99 inculpés soient renvoyés pour l’ensemble des infractions initialement visées. La formulation « tous jugés sans exception », rapportée dans la presse, résume la position défendue par l’accusation face aux non-lieux prononcés.

Le non-lieu concernant la transmission volontaire du VIH constitue ainsi une évolution importante du dossier, sans mettre fin aux poursuites visant les 71 prévenus pour « actes contre nature » et « association de malfaiteurs ».

Huit femmes interpellées dans une autre affaire

La répression ne concerne pas uniquement des hommes. Fin juillet, huit femmes ont également été interpellées dans une procédure menée notamment entre Keur Massar et Sendou.

Selon Senego, l’enquête est présentée comme le démantèlement d’un « réseau de lesbiennes actif depuis 4 ans entre Dakar, Mbour et Thiès ». Le média rapporte que les huit personnes ont été placées en détention dans le cadre d’une information judiciaire comprenant notamment des accusations d’ »association de malfaiteurs » et d’ »actes contre nature ». D’autres infractions sont également évoquées dans cette procédure par la presse locale. Ces accusations devront être examinées par la justice et ne constituent pas, à ce stade, des condamnations.

Ces différentes procédures se déroulent dans un contexte de renforcement rapide de l’arsenal pénal sénégalais visant les relations sexuelles entre personnes de même sexe, la nouvelle législation ayant porté en mars 2026 la peine maximale encourue à dix ans d’emprisonnement.

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