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VIH/sida : la France réduit fortement sa contribution à la lutte mondiale

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Une baisse confirmée malgré les attentes d’un revirement

La diminution de la contribution française à la lutte mondiale contre le VIH/sida est désormais confirmée. Interrogé par têtu·, le gouvernement a validé une réduction importante des financements, ce qui fait reculer la France du deuxième au cinquième rang des contributeurs internationaux. Cette décision contraste avec les déclarations d’Emmanuel Macron en 2019, lorsqu’il insistait sur l’urgence d’agir : « Nous n’avons pas le droit de ne pas être au rendez-vous. »

Mi-février, franceinfo révélait déjà une baisse de 58 % de la participation française au Fonds mondial, principal bailleur de fonds des organisations engagées contre le VIH/sida. En l’absence de confirmation officielle, certains espéraient encore une correction avant le 7 avril, date prévue pour l’ouverture du One Health Summit à Lyon par le président français. Cependant, le ministère des Affaires étrangères a confirmé cette orientation budgétaire.

Dans plusieurs pays européens, les politiques de prévention et de financement restent pourtant déterminantes pour contenir l’épidémie, comme le montre l’exemple de la stratégie nationale de lutte contre le VIH en Suède qui repose sur un financement stable, la prévention et un accès large au dépistage.

Une contribution divisée par deux par rapport au cycle précédent

Concrètement, cette nouvelle enveloppe représente une diminution d’environ 54 % par rapport au précédent engagement pluriannuel. Entre 2023 et 2025, la France avait promis 1,6 milliard d’euros au Fonds mondial, auxquels s’ajoutaient 255 millions d’euros destinés à Unitaid.

Le gouvernement justifie cette réduction par les contraintes pesant sur les finances publiques. L’exécutif explique vouloir ramener le déficit public à 5 % du PIB d’ici 2026, objectif qui implique des ajustements budgétaires importants.

Lire aussi : la réduction de l’aide américaine aux ONG LGBT en Asie inquiète les associations

Malgré cette baisse, le ministère des Affaires étrangères assure que « la santé reste l’un des premiers secteurs prioritaires de notre politique d’investissement social et solidaire ».

Les associations dénoncent une décision lourde de conséquences

Cette annonce a suscité une vive réaction de plusieurs organisations engagées dans la lutte contre le VIH. Dans un communiqué commun, neuf associations évoquent « une démission de la France ».

Pour Camille Spire, présidente de l’association Aides, « la France abandonne et met à mort des millions de personnes ». Florence Thune, directrice du Sidaction, estime quant à elle que la France « assume la pire coupe de tous les pays du G7 et déserte la lutte mondiale contre les pandémies et la santé mondiale ».

Une inquiétude également exprimée au niveau politique

Le sujet a également été abordé au Parlement. Le 3 février, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité des 135 votes exprimés une résolution appelant au « maintien de la mobilisation financière (…) dans la lutte mondiale contre le VIH/sida ».

Auteur de ce texte non contraignant, le député socialiste Arthur Delaporte espère que le gouvernement reconsidérera sa position. Il critique notamment une orientation qu’il rapproche de celle adoptée aux États-Unis : « Le gouvernement choisit de suivre le triste chemin de Donald Trump. »

Depuis le retour de ce dernier à la Maison-Blanche, la contribution américaine – première au niveau mondial – est passée de 6 milliards à 4,6 milliards de dollars, fragilisant de nombreux programmes sur le terrain.

La perspective d’une fin de l’épidémie en 2030 remise en question

Pour plusieurs acteurs de la santé mondiale, cette réduction affaiblit le rôle traditionnellement moteur de la France. Vincent Leclercq, directeur général de Coalition Plus, réseau d’une centaine d’organisations actives dans 50 pays, souligne que le pays « a toujours été à l’avant-garde » mais se retrouve désormais « à la traîne ».

Cette évolution contraste fortement avec les engagements affichés en 2019 lors de la conférence de reconstitution du Fonds mondial organisée à Lyon. Emmanuel Macron y affirmait que l’objectif d’éradication du sida d’ici 2030 était atteignable, à condition que les États assument pleinement leurs responsabilités.

Aujourd’hui, certaines associations doutent que cette échéance reste réaliste. L’organisation Actions Traitements s’interroge : « Qui peut encore croire à une fin de l’épidémie de VIH/sida en 2030 ? ». Elle estime que la réduction des financements américains en 2025 et la décision française actuelle pourraient favoriser une reprise de l’épidémie dans certaines régions.

Au total, le Fonds mondial espérait réunir 18 milliards de dollars pour financer ses programmes sur les trois prochaines années. Les engagements annoncés devraient finalement se situer en dessous de 13 milliards, laissant présager des ressources nettement plus limitées pour la lutte contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme.

Pour suivre l’actualité politique, sociale et internationale liée aux droits LGBT et aux enjeux de santé publique, consultez également la rubrique actualités LGBT qui regroupe les informations majeures touchant les communautés LGBTQIA+ à travers le monde.

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