Une affaire emblématique enfin jugée
Huit ans après l’assassinat de Marielle Franco, la justice brésilienne a finalement identifié et condamné les commanditaires du crime. Cette décision judiciaire marque l’aboutissement d’une longue procédure autour du meurtre de cette élue noire et militante LGBT du conseil municipal de Rio de Janeiro, dont la disparition avait suscité une forte émotion au Brésil et dans de nombreux pays.
Le 14 mars 2018, en plein centre de Rio de Janeiro, Marielle Franco avait été abattue dans sa voiture aux côtés de son chauffeur. Âgée de 38 ans, cette élue de gauche, originaire d’une favela et ouvertement bisexuelle, s’était fait connaître pour son engagement en faveur des habitants des quartiers défavorisés.
Comme d’autres figures de la lutte pour les droits et la visibilité, son parcours rappelle que l’engagement politique et social reste au cœur de l’histoire du mouvement LGBT. Pour mieux comprendre cette évolution et les combats menés au fil du temps, il est utile de revenir sur l’histoire et l’évolution du mouvement LGBT dans le monde.
Elle défendait notamment les droits des jeunes noirs, des femmes et des personnes appartenant à la communauté LGBT+.
Des exécutants déjà condamnés
Une première étape judiciaire avait été franchie fin 2024. Un jury populaire avait alors reconnu coupables deux anciens membres de la police militaire de Rio de Janeiro pour l’exécution matérielle du meurtre.
Restait toutefois à déterminer qui avait ordonné ce crime.
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Après un procès révélant les relations étroites entre certains responsables politiques et les milices qui opèrent dans l’ancienne capitale brésilienne, la Cour suprême a rendu son verdict le 25 février. Deux responsables politiques ont été condamnés à 76 ans de prison pour avoir orchestré l’assassinat.
Les liens entre milices et responsables politiques
Selon la Cour suprême, l’ancien député Chiquinho Brazao, âgé de 62 ans, et son frère Domingos Brazao, 60 ans, ancien élu de l’État de Rio de Janeiro, ont commandité le meurtre de Marielle Franco.
Les juges estiment que l’assassinat constituait une vengeance contre l’action politique de la conseillère municipale, qui s’opposait activement aux milices contrôlant certains quartiers de la métropole.
Au sein du conseil municipal, Marielle Franco cherchait notamment à freiner l’expansion de lotissements illégaux dans les zones populaires. Ces constructions clandestines représentent l’une des principales sources de revenus pour les milices locales.
Le juge Alexandre de Moraes a déclaré que les frères Brazao « n’avaient pas seulement des contacts avec la milice. Ils étaient la milice ». Ces groupes criminels sont apparus il y a environ quarante ans, souvent fondés par d’anciens policiers. Initialement présentés comme des organisations d’autodéfense contre le trafic de drogue, ils se sont progressivement transformés en puissants réseaux criminels impliqués dans l’extorsion et l’occupation illégale de terrains publics pour y construire des logements ou des commerces.
Cette affaire s’inscrit dans l’actualité des luttes contre les violences et discriminations visant les minorités, un sujet régulièrement traité dans la rubrique consacrée à l’actualité LGBTQ dans le monde.
Un crime dénoncé comme raciste et misogyne
Les magistrats de la Cour suprême ont également dénoncé les motivations idéologiques derrière l’assassinat, évoquant notamment le « racisme » et la « misogynie » des accusés. Selon eux, le meurtre visait à « adresser un message » à la classe politique de Rio de Janeiro.
Le juge Alexandre de Moraes a résumé cette logique en expliquant que la victime était « une femme pauvre, une femme noire qui a osé s’opposer aux intérêts de miliciens, d’hommes et de blancs ».
Présente lors du verdict, la sœur de la victime, Anielle Franco, aujourd’hui ministre de l’Égalité raciale dans le gouvernement du président Lula, a déclaré : « La violence politique fondée sur le genre et la race, qui existe dans ce pays, doit cesser ».
Jurema Werneck, directrice d’Amnesty International au Brésil, a pour sa part qualifié la décision de justice de moment « historique, car le Brésil a maintenant la possibilité de rompre le cycle d’impunité qui a longtemps été la norme ».






