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Valentino Garavani : l’adieu à une icône de la mode et de la culture queer

Valentino Garavani décès
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Une figure légendaire s’éteint à Rome

Le monde de la haute couture rend hommage à Valentino Garavani, décédé paisiblement à Rome le 19 janvier 2026, à l’âge de 93 ans. L’influence de ce créateur italien s’étend bien au-delà des podiums : son œuvre, sa vision et sa vie personnelle ont marqué l’histoire de la mode, tout en contribuant à la visibilité des identités queer dans un univers longtemps dominé par le conformisme.

L’ascension d’un jeune passionné de beauté

Né le 11 mai 1932 à Voghera, dans le nord de l’Italie, Valentino Garavani manifeste dès son plus jeune âge un intérêt profond pour l’art du vêtement et du dessin. Soutenu par sa famille, il quitte l’Italie dans sa jeunesse pour s’installer à Paris, où il poursuit ses études artistiques à l’École des Beaux-Arts, puis à la Chambre Syndicale de la Couture. C’est dans la capitale française qu’il développe les fondements de son esthétique, caractérisée par une élégance intemporelle et une perception sensible du corps, influencée par une approche queer de la mise en scène et de la beauté.

Une rencontre décisive à Rome

En juillet 1960, au cœur de la dolce vita romaine, Valentino croise le chemin de Giancarlo Giammetti, alors étudiant en architecture. Leur première rencontre, dans un café de la Via Veneto, marque le début d’une alliance décisive. Très vite, leur relation dépasse le cadre professionnel pour devenir à la fois intime et durable. Ensemble, ils vont bâtir un empire, mêlant affaires et sentiments dans une collaboration unique dans le monde de la mode.

Une relation fusionnelle et créative

Pendant près de quinze ans, Valentino et Giammetti partagent à la fois une histoire d’amour et un projet professionnel. Même après la fin de leur relation romantique dans les années 1970, leur lien demeure indéfectible. Ils continuent à œuvrer ensemble : Giammetti assure la gestion de la maison de couture, tandis que Valentino se consacre à la création. Leur complicité façonne un mode de vie où l’art, l’amitié et l’amour s’entrelacent, devenant un modèle inspirant pour les générations queer, bien au-delà du monde de la mode.

L’élégance selon Valentino : un art du détail et de la transgression douce

Sur le plan artistique, Valentino s’impose grâce à une signature visuelle inimitable : le rouge Valentino, teinte flamboyante symbolisant féminité et force. Ses créations habillent des figures iconiques telles que Jacqueline Kennedy, Elizabeth Taylor ou encore des héritières européennes. Mais plus que les noms célèbres, ce qui distingue son travail est la manière dont chaque tenue valorise le corps comme un espace d’expression, de poésie et de puissance.

Plutôt que de rompre brutalement avec les codes, Valentino choisit de les sublimer avec une élégance raffinée et théâtrale, offrant une vision sophistiquée de la mode, sans jamais la figer dans la conformité.

Un engagement discret mais puissant

S’il n’a jamais revendiqué un militantisme explicite, Valentino incarne une forme d’activisme par sa simple présence : celle d’un homme gay évoluant avec grâce et audace dans les sphères élitistes de la mode dès les années 1960. Aux côtés de Giammetti, il soutient diverses causes, notamment dans la lutte contre le sida, apportant une dimension philanthropique à son parcours.

Sa vision de la beauté inclusive, faite pour être vécue autant que contemplée, participe à une forme de résistance douce mais efficace contre les normes restrictives.


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Transmission d’un héritage vivant

À la fin des années 1990, Valentino vend sa maison de couture, tout en continuant à incarner son esprit créatif jusqu’à sa retraite en 2008, saluée par une dernière collection haute couture ovationnée à Paris. En 2010, il fonde avec Giammetti la Fondazione Valentino Garavani e Giancarlo Giammetti à Rome, un espace dédié à la mode, à l’art et à la culture comme outils de transformation sociale.

Une vie au service de la beauté et de la liberté

Plus qu’un styliste, Valentino était un véritable artisan de l’âme. Son œuvre, mêlant raffinement, audace et émotion, explore les liens entre identité, désir et expression de soi. À travers une carrière façonnée par l’amitié, la créativité et une conception fluide de l’amour, il a tracé la voie pour une mode plus humaine et plus libre.

Son héritage dépasse largement les podiums : il réside dans la manière dont il a su conjuguer art de vivre, glamour et visibilité queer avec naturel et profondeur. À travers son parcours, Valentino a ouvert des horizons à ceux qui cherchent à vivre hors des cadres imposés.

L’héritage de Valentino : un pont entre art, amour et identité

Valentino Garavani laisse derrière lui bien plus qu’une maison de couture de renommée mondiale : il lègue une vision, un style de vie, un témoignage vibrant d’une époque et d’une liberté conquise par la beauté. Le monde de la mode perd un empereur, mais les communautés queer saluent une figure fondatrice, capable d’unir esthétique, intimité et audace dans une seule vie.

Son nom reste un symbole : Valentino, maître de l’élégance et messager d’une beauté qui libère.