Le trouple lesbien fait souvent rêver. Liberté amoureuse, sororité émotionnelle, intensité démultipliée. Sur le papier, tout semble fluide. Dans la réalité, une émotion revient presque toujours tôt ou tard : la jalousie.
Et non, ressentir de la jalousie dans un trouple ne signifie ni immaturité, ni échec relationnel. Cela signifie simplement que des émotions humaines sont à l’œuvre, même — et surtout — dans les relations non normatives.
Cet article ne va pas te dire que “quand on est évoluée, on ne ressent plus de jalousie”.
Il va t’expliquer pourquoi elle existe, comment elle se manifeste dans les trouples lesbiens, et comment ne pas te trahir en essayant de la faire taire.
Le trouple lesbien : fantasme collectif, réalité émotionnelle
Un trouple lesbien est une relation amoureuse impliquant trois femmes, avec différents niveaux d’engagement possibles. Certains trouples sont égalitaires, d’autres reposent sur un couple existant qui s’ouvre à une troisième personne. D’autres encore évoluent de manière plus fluide, sans hiérarchie clairement définie.
Ce modèle attire parce qu’il semble offrir :
- plus d’amour
- plus de liberté
- moins de possessivité
- une remise en question du couple traditionnel
Mais aimer à trois ne supprime pas les mécanismes affectifs profonds. Il les complexifie.
La jalousie n’est pas une anomalie, c’est un signal
La jalousie n’est pas un défaut à corriger. C’est un signal émotionnel.
Elle peut révéler :
- une peur de l’abandon
- un sentiment d’insécurité
- une comparaison douloureuse
- un déséquilibre de temps ou d’attention
- une blessure personnelle non résolue
Dans les milieux queer et poly, on a parfois tendance à culpabiliser la jalousie, comme si elle était incompatible avec une vision “évoluée” de l’amour. En réalité, la jalousie ne disparaît pas par idéologie. Elle disparaît — ou s’apaise — par sécurité émotionnelle réelle.
Les jalousies spécifiques aux trouples lesbiens
La jalousie dans un trouple n’est pas toujours symétrique.
Il arrive souvent que :
- A soit jalouse de la relation entre B et C
- B ne ressente rien
- C se sente exclue ou illégitime
Il existe aussi plusieurs formes de jalousie :
- sexuelle : peur d’être moins désirée
- émotionnelle : peur d’être moins aimée
- relationnelle : peur d’être “de trop”
- symbolique : anniversaires, projets, futur
Dans les trouples issus d’un couple préexistant, la “troisième” peut ressentir un sentiment d’infériorité structurelle, même si personne ne le verbalise. Et parfois, cette place est inconfortable même quand tout le monde est de bonne foi.
Les erreurs fréquentes qui détruisent les trouples
Beaucoup de trouples échouent non pas par manque d’amour, mais par déni émotionnel.
Les erreurs les plus courantes :
- Faire semblant que la jalousie n’existe pas
- Intellectuellement justifier ce qui fait mal
- Comparer les relations entre elles
- Ne jamais poser de règles claires
- Accepter une situation par peur d’être “la reloue”
Se forcer à être “cool” est l’un des moyens les plus rapides de se perdre.
Comment gérer la jalousie sans s’effacer
La gestion de la jalousie ne passe pas par le contrôle, mais par la communication honnête.
Quelques bases essentielles :
- Parler avant que la douleur devienne rancune
- Dire “je me sens en insécurité” plutôt que “tu fais mal”
- Créer des espaces de parole à trois et en tête-à-tête
- Accepter que les règles évoluent
- Respecter les limites émotionnelles de chacune
Dire “je ne suis pas prête” n’est pas un échec.
C’est un acte de maturité affective.
Sécurité émotionnelle : le vrai pilier du trouple
Un trouple ne fonctionne pas parce que les partenaires sont “ouvertes d’esprit”.
Il fonctionne parce que chacune se sent :
- vue
- entendue
- respectée
- légitime
La sécurité émotionnelle repose sur :
- la transparence
- le consentement émotionnel
- l’écoute sans défense
- l’absence de pression implicite
Parfois, l’aide d’une thérapeute queer-friendly permet de sortir des non-dits et d’éviter les rapports de force invisibles.
Quand la jalousie devient un signal d’alarme
La jalousie devient problématique lorsqu’elle :
- est constante
- est niée ou ridiculisée
- sert à maintenir un déséquilibre
- pousse à l’auto-effacement
Si tu te reconnais dans ces situations, il est important de rappeler une chose essentielle :
quitter un trouple qui te fait souffrir n’est pas un échec relationnel.
C’est une preuve de respect envers toi-même.

Trouple lesbien : relation durable ou étape de vie ?
Tous les trouples ne sont pas destinés à durer.
Et ce n’est pas grave.
Certains sont des espaces d’apprentissage, de déconstruction, de révélation personnelle. D’autres deviennent des relations solides et profondes. La réussite d’une relation ne se mesure pas à sa durée, mais à la qualité émotionnelle vécue.
Si tu souhaites approfondir le sujet, explorer les dynamiques concrètes et les réalités du quotidien, tu peux aussi lire cet article complémentaire sur Vivre en Trouple Lesbien.
En conclusion
La jalousie n’est pas l’ennemie du trouple lesbien.
Le silence, la pression et le déni le sont.
Que tu sois en couple, en trouple ou solo, ce qui compte n’est pas la structure relationnelle, mais l’alignement émotionnel, le respect de tes limites et la liberté d’être honnête sans te trahir.
L’amour queer mérite mieux que des injonctions à être parfaite.
Il mérite d’être vécu pleinement, consciemment, et humainement.
