Un symbole arc-en-ciel sur la scène olympique
Aux Jeux de Milan-Cortina 2026, la biathlète canadienne Shilo Rousseau ne s’est pas contentée de viser les cibles sur le pas de tir. Elle a également posé un geste fort en faveur de la visibilité LGBTQ+. Selon le média spécialisé Outsports, l’athlète ouvertement queer avait indiqué avant sa course qu’elle afficherait un drapeau arc-en-ciel sur la crosse de sa carabine.
Mercredi, lors de l’épreuve individuelle féminine de 15 km disputée à l’Anterselva Biathlon Arena, en Italie, la poignée de son arme arborait effectivement les couleurs de la Fierté. Dans l’enceinte olympique, ce choix visuel, bien que discret, portait une charge symbolique importante.
Ce type d’initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de reconnaissance des athlètes LGBTQ+ dans le sport international, comme le montre aussi l’évolution du nombre de médailles remportées par les athlètes LGBTQ+ aux Jeux olympiques ces dernières années.
« La visibilité de l’arc-en-ciel signifie énormément pour moi, et il est important que je puisse représenter qui je suis de façon authentique », avait expliqué Rousseau à Outsports avant la compétition. « Être fière de qui je suis n’a pas été un parcours facile ni rapide, et je suis tellement fière du chemin parcouru. »
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Une controverse avant les Jeux
Cette affirmation identitaire avait toutefois suscité des discussions en amont des Jeux. En décembre, à l’occasion d’une compétition internationale, l’athlète originaire de l’Ontario avait été approchée par un officiel de l’Union internationale de biathlon (IBU) lors d’un contrôle d’équipement. On l’avait alors informée qu’elle devrait masquer le drapeau arc-en-ciel pour pouvoir prendre le départ, celui-ci pouvant être interprété comme une prise de position politique au regard des règlements.
Une lecture contestée par son entourage. « Il ne semblait pas s’agir d’une déclaration politique », avait soutenu Clayton Whitman, directeur du développement de la performance chez Biathlon Canada, cité par Outsports. « C’est une expression de l’identité de Shilo, et cela ressemblait à un excès de zèle de la part des officiels locaux. »
Finalement, la biathlète a obtenu l’autorisation de concourir avec la même crosse aux couleurs de la Fierté que celle aperçue cette semaine à Milan. Cette décision ravive un débat récurrent au sein du mouvement olympique : à quel moment un symbole devient-il un geste politique ?
La règle 50 en toile de fond
Depuis plusieurs décennies, le Comité international olympique (CIO) encadre strictement les manifestations à caractère politique par l’entremise de la règle 50, qui proscrit toute « démonstration ou propagande politique, religieuse ou raciale » dans les sites olympiques.
La question a récemment refait surface lorsque le skeletoneur ukrainien Vladyslav Heraskevych s’est vu interdire l’usage d’un casque orné d’images d’athlètes ukrainiens tués lors de l’invasion russe. L’histoire des Jeux est d’ailleurs marquée par des gestes devenus emblématiques et controversés, comme les poings levés de Tommie Smith et John Carlos aux Jeux de Mexico en 1968, symbole du Black Power.
En 2014, aux Jeux de Sotchi, en Russie, des militant·e·s brandissant des drapeaux arc-en-ciel avaient été arrêté·e·s en vertu des lois anti-propagande gaie du régime de Vladimir Poutine. Depuis, l’évolution du regard porté sur les symboles LGBTQ+ dans le sport est progressive mais réelle.
Pour suivre les débats actuels autour du sport et des droits LGBTQ+, consultez régulièrement notre rubrique dédiée aux actualités sportives LGBTQ+ et aux prises de position dans le monde du sport .
Une visibilité au-delà du classement
Sur le plan sportif, la Canadienne a pris la 78e place sur 90 participantes lors du 15 km féminin. Au-delà du résultat, sa présence, arc-en-ciel bien visible, a contribué à renforcer la visibilité de la communauté LGBTQ+ sur l’une des plus importantes scènes sportives internationales.
« Savoir que je fais partie d’une communauté plus large d’athlètes LGBTQ+ m’aide à me sentir moins seule et encore plus motivée à être fière de qui je suis », a déclaré Shilo Rousseau. « C’est inspirant de voir autant d’entre nous représenter nos identités avec fierté et sans excuses. »






