Une répression accrue contre les défenseurs des droits humains et les minorités
La fédération ILGA World a dénoncé la décision récente de la Russie de l’ajouter à la liste des organisations étrangères jugées « indésirables », y voyant un nouvel acte de persécution à l’égard des défenseurs des droits humains et des communautés LGBTI. Cette mesure s’inscrit dans une tendance de plus en plus répressive visant à museler la société civile et à criminaliser toute forme de solidarité ou de plaidoyer en faveur des droits des minorités.
Une loi pour interdire toute collaboration avec l’ILGA World
La législation invoquée interdit toute interaction entre les citoyens russes, y compris les membres d’ONG locales affiliées à ILGA World, et les entités jugées « indésirables ». Créée en 2015 et élargie en 2021 et 2024, cette loi est un outil de contrôle étatique utilisé pour marginaliser les voix critiques, notamment dans le contexte du conflit armé en Ukraine. La fédération ILGA World regroupe plus de 2 000 organisations à travers 170 pays et territoires, et son travail en faveur des droits LGBTI à l’échelle mondiale est largement reconnu.
Une décision sans justification officielle
Selon plusieurs sources, la décision du ministère russe de la Justice a été annoncée le 21 janvier via son site officiel et concerne également huit autres organisations basées aux États-Unis et en Europe. Cependant, ILGA World n’a reçu aucune notification directe, et les motifs exacts de cette désignation restent flous. Cette opacité s’inscrit dans une stratégie plus large de répression autoritaire.
Des voix internationales s’élèvent contre une législation répressive
La loi russe sur les « organisations indésirables » a été critiquée à de nombreuses reprises par des instances internationales telles que le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, la Commission de Venise du Conseil de l’Europe, ainsi que par le Comité des droits de l’homme de l’ONU. Ces institutions appellent régulièrement à sa révision, voire à son abrogation, en raison de ses atteintes aux libertés fondamentales. En vertu de cette loi, toute personne en Russie collaborant avec une organisation désignée risque jusqu’à six ans d’emprisonnement.
LGBTI : une cible récurrente du pouvoir russe
Depuis plus d’une décennie, le Kremlin renforce son arsenal législatif pour réprimer les mouvements LGBTI. En novembre 2023, la Cour suprême russe a qualifié le soi-disant « mouvement LGBT international » d’« extrémiste », bien qu’aucune entité concrète ne corresponde à cette définition. Cette désignation ouvre la porte à des poursuites arbitraires contre toute personne ou groupe perçu comme associé à ce mouvement. Déjà en 2024, sept affaires pénales ont été engagées pour « extrémisme LGBTI », et le nombre de contenus censurés pour propagande supposée a été multiplié par douze par rapport à l’année précédente. Une nouvelle loi, adoptée en juillet 2025, interdit même les recherches en ligne concernant les organisations classées comme extrémistes.
Lire aussi : Russie : Interdiction de Roblox pour Cause de « propagande LGBT »
Une solidarité internationale qui ne faiblit pas
« La justice commence par les personnes défenseuses des droits humains qui demandent des comptes aux gouvernements », a déclaré Julia Ehrt, directrice exécutive de l’ILGA World. Elle a également dénoncé une manœuvre visant à détourner l’attention publique de la concentration de pouvoir et de richesse par les élites. Pour elle, cette stratégie de désignation d’ennemis intérieurs est devenue un schéma récurrent chez les régimes autoritaires.
Mme Ehrt a conclu : « Qualifier les groupes de défense des droits humains d’« indésirables » est grotesque et cynique, mais c’est pourtant la réalité. […] Peu importe les efforts déployés par les gouvernements pour légiférer contre l’existence des personnes LGBTI, les mouvements resteront forts et engagés, et la solidarité restera vivante au-delà des frontières. »






