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Une proposition de Loi pour Placer la Prévention au Cœur de la Lutte Contre le Chemsex

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Un changement de cap législatif en faveur des usagers

La sénatrice écologiste Anne Souyris a déposé une proposition de loi visant à transformer l’approche des pouvoirs publics face au phénomène du chemsex, une pratique mêlant consommation de drogues et relations sexuelles. Son initiative souhaite mettre fin à la logique répressive pour privilégier la prévention, afin de mieux protéger les usagers en situation d’urgence. « On ne parviendra pas à améliorer la vie des consommateurs de drogue avec une politique répressive », affirme-t-elle. Deux mesures phares sont avancées : l’immunité judiciaire pour les personnes appelant les secours en cas de danger, et l’obligation pour les plateformes de rencontres de participer activement à la diffusion d’informations de prévention.

La peur de la répression, un frein mortel à l’appel aux secours

Actuellement, les services de secours ont l’obligation de signaler aux forces de l’ordre toute situation impliquant l’usage de stupéfiants, ce qui dissuade nombre d’usagers de composer les numéros d’urgence, même en cas de détresse. « C’est un principe meurtrier », dénonce Anne Souyris dans une interview à Têtu. Elle souligne que cette peur conduit parfois les participants à abandonner des personnes inconscientes sur le trottoir avant d’appeler les secours. À Paris, la police recense en moyenne une surdose de chemsex tous les douze jours selon les chiffres de 2023. Bien que la mortalité exacte liée au chemsex reste difficile à évaluer, le rapport Drames indiquait plus de 700 décès par surdose toutes causes confondues cette même année.

Le principe du “bon samaritain” inscrit dans la loi

Pour remédier à cette situation, la sénatrice propose d’inscrire dans la loi que tout individu sollicitant les secours ne pourra être poursuivi pour usage ou détention de drogues si l’infraction est constatée dans le cadre de cette intervention. Cette disposition, inspirée du principe du « bon samaritain », serait largement soutenue par les professionnels de terrain. « Lorsque j’étais adjointe à la santé de la ville de Paris, les pompiers, les services de protection civile et même la préfecture de police étaient favorables à ce principe », affirme-t-elle.


Lire aussi : La collaboration entre le Planning familial et l’éducation sexuelle pour renforcer la prévention


Mobiliser les plateformes de rencontres pour informer les usagers

La proposition de loi entend également imposer aux applications de rencontres comme Grindr de participer activement à la prévention. Anne Souyris insiste sur l’urgence d’organiser des campagnes de sensibilisation à destination des usagers de drogues. « Des associations tentent de faire ce travail via des comptes sur ces applis, mais elles sont souvent suspendues », regrette-t-elle. Cette approche proactive d’« aller vers » les publics à risque a déjà fait ses preuves dans la lutte contre le VIH/sida, en atteignant des individus peu exposés aux canaux classiques de prévention.

Une stratégie nationale toujours en attente

Un rapport officiel, rédigé en 2022 par Amine Benyamina à la demande du gouvernement, préconisait déjà l’usage des applications de rencontres pour relayer des messages de prévention. Il appelait à la mise en place d’une information claire et uniforme sur les produits, les risques, ainsi qu’à la création de kits d’intervention distribués aux professionnels de santé et aux agences régionales. Bien que le ministère de la Santé ait promis une stratégie nationale pour l’automne 2025, aucune action concrète n’a encore vu le jour.

La prévention face aux discours sécuritaires

Durant son mandat d’adjointe à la santé de la ville de Paris, Anne Souyris a promu la création de salles de consommation à moindre risque. Elle s’inquiète aujourd’hui de la volonté de suppression de ces dispositifs par Rachida Dati, qui n’aurait, selon elle, proposé aucune solution alternative. « Elle n’a jamais dialogué avec les professionnels du soin, même lorsque je lui ai proposé des visites dans ces structures », déplore-t-elle. Pour Anne Souyris, seule une approche pragmatique fondée sur l’expérience des acteurs de terrain permettra de réduire les risques et de sauver des vies.

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