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Vieillir fièrement entre lesbiennes : la Maison des RebElles à Montréal

la Maison des RebElles à Montréal
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Un projet collectif longuement mûri

À Montréal, un groupe de femmes lesbiennes âgées de 55 à 82 ans a concrétisé un rêve de longue date : créer un lieu de vie commun pour affronter ensemble les défis du vieillissement. Il aura fallu dix années de persévérance, de négociations avec des promoteurs, et une montagne de démarches administratives pour voir naître la Maison des RebElles, un ensemble autogéré de 22 logements. Majoritairement habitées par des lesbiennes âgées, ces unités accueillent aussi des alliées féministes. Chaque résidente dispose de son propre appartement, mais des espaces communs leur permettent de partager repas et activités quand elles le souhaitent.

Ce type d’initiative s’inscrit dans une réflexion plus large sur les formes alternatives de vie communautaire lesbienne, souvent abordées dans les articles consacrés au lesbianisme et aux parcours de vie des femmes lesbiennes, où les enjeux de visibilité et de sécurité restent centraux.

Un espace pour vieillir librement

L’objectif de cette communauté est clair : vieillir en sécurité et en visibilité. « On est une tribu, avec un vécu commun de joies et de luttes », affirme Andrée, ancienne professeure de danse de 74 ans, qui, comme les autres résidentes, préfère rester anonyme. Les murs de leur salon témoignent de leurs engagements passés, notamment avec une affiche de la marche Du pain et des roses de 1995 ou encore un exemplaire de La Vie en rose, magazine féministe phare au Québec jusqu’en 1987.

Un rêve devenu nécessaire

Lou, 72 ans, retraitée d’une vie riche en expériences – de traductrice à guide de kayak en passant par musicienne – se souvient : « On en parlait dans la trentaine, mais on a attendu encore trente ans avant de s’y mettre. » La pandémie de Covid-19 a accentué le besoin d’un tel lieu, en révélant la vulnérabilité des personnes âgées en institution : « On voulait éviter de vivre

enfermées dans des résidences comme on en a vu pendant la pandémie », raconte Andrée.

Une vision inclusive au sein d’un projet solidaire

La Maison des RebElles fait partie d’un plus large complexe résidentiel de 112 logements, qui comprend également des espaces réservés à des femmes isolées ou en situation de précarité. Andrée se souvient de leur émotion en découvrant l’endroit pour la première fois : « On a dû se pincer ! Dix ans de combat… On avait du mal à croire que c’était réel. »

Lire aussi : Vieillir quand on est LGBTQIA+ : des défis encore invisibles

Une démarche marquée par la solidarité

Le chemin n’a pas été sans heurts. Le groupe de fondatrices a frôlé l’éclatement à plusieurs reprises. La communication non violente (CNV) s’est révélée cruciale pour préserver la cohésion : « Sans la CNV, la maison n’aurait jamais vu le jour », témoigne Lou. Le projet s’est aussi inspiré d’initiatives comme la Maison des babayagas, créée en 2013 à Montreuil, en France, par la militante Thérèse Clerc.

Un lieu de sécurité face aux discriminations

La Maison des RebElles offre également un refuge contre la marginalisation encore vécue par certaines lesbiennes âgées dans des structures classiques. « Dans les résidences ordinaires, on nous demande : “Vous avez un mari ?” Et si on répond non, la conversation s’arrête là », déplore Andrée. Ici, les résidentes partagent une compréhension tacite de leurs parcours. « Ce n’est pas un ghetto. C’est juste un endroit où notre vécu est reconnu et respecté. »

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