Une décision du CIO vivement critiquée par Paris
Au lendemain de l’annonce du Comité international olympique (CIO), la France a exprimé une opposition ferme au rétablissement des tests de féminité pour les Jeux olympiques de 2028. La ministre des Sports, Marina Ferrari, a fait part de sa « grande préoccupation », qualifiant cette mesure de « retour en arrière ».
Selon elle, cette décision suscite « des inquiétudes majeures » et repose sur « une approche réductrice et potentiellement stigmatisante ». Elle rappelle également que ces pratiques sont interdites en France, notamment en raison des enjeux éthiques et médicaux qu’elles soulèvent. Ce débat s’inscrit plus largement dans les sujets suivis de près par la rubrique sport LGBT et inclusion dans les compétitions.
Le retour de tests abandonnés depuis près de trente ans
Le CIO a confirmé que ces tests chromosomiques, abandonnés à la fin des années 1990, seront réintroduits pour les Jeux d’été de Los Angeles en 2028. Historiquement, ces contrôles avaient été instaurés à partir de la fin des années 1960 avant d’être progressivement abandonnés en raison des doutes émis par la communauté scientifique quant à leur pertinence.
La ministre souligne que ces tests avaient été supprimés en raison de « fortes réserves » scientifiques, renforçant ainsi la critique d’un retour à une pratique jugée obsolète. Cette évolution fait écho à d’autres controverses récentes sur les tests de féminité imposés à l’équipe de France de boxe avant les Mondiaux.
Des implications majeures pour les athlètes
Avec cette nouvelle réglementation, les fédérations internationales et les instances sportives nationales seront chargées de mettre en œuvre ces tests, qui devront être réalisés « une seule fois dans la vie de l’athlète ».
Dans les faits, cette mesure pourrait exclure du sport féminin les athlètes transgenres ainsi qu’une partie des personnes intersexes. Le CIO précise toutefois que les sportives provenant de pays où ces tests sont interdits pourront les effectuer à l’étranger, lors de compétitions internationales.
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Des préoccupations éthiques et juridiques en France
Le gouvernement français insiste sur les nombreuses questions soulevées par cette décision, notamment en matière de bioéthique. La généralisation de tests génétiques est perçue comme problématique sur les plans juridique et médical.
Paris estime également que cette mesure porte atteinte au principe d’égalité, en ciblant spécifiquement les femmes. La ministre critique une définition du sexe féminin qui ne prend pas en compte les variations naturelles observées chez les personnes intersexes, renforçant ainsi le risque de stigmatisation.
Mise en place d’un observatoire national
Face à ces enjeux, Marina Ferrari a annoncé la création prochaine d’un observatoire national. Cette instance s’inscrit dans la continuité d’un rapport remis au gouvernement en 2024 par un comité d’experts.
Ce groupe de travail est dirigé par le professeur Jean-François Toussaint, spécialiste en biomédecine du sport, ainsi que Sandra Forgues, ancienne championne olympique ayant effectué une transition de genre.
Des difficultés pratiques déjà observées
Le Comité olympique et sportif français a également pointé des obstacles concrets liés à l’application de ces tests. Il évoque notamment leur interdiction dans les laboratoires français, rendant leur mise en œuvre complexe pour les athlètes nationales.
Des situations similaires ont déjà été observées récemment. Lors des championnats du monde de boxe à Liverpool, certaines sportives françaises n’avaient pas pu participer, faute de résultats transmis à temps après des tests effectués sur place.
Une décision aux répercussions politiques internationales
Cette annonce du CIO intervient dans un contexte politique marqué, notamment aux États-Unis, pays hôte des Jeux de 2028. Le président Donald Trump avait en effet signé un décret excluant les athlètes transgenres des compétitions féminines.
Il a d’ailleurs salué cette décision, affirmant qu’elle résultait de son action politique. Dans un climat où les enjeux sportifs croisent de plus en plus les polémiques publiques, certains observateurs rappellent aussi l’ampleur prise par les controverses liées aux Jeux, comme l’a montré l’affaire autour de l’audience du cyberharcèlement visant la DJ Barbara Butch après les JO de Paris 2024.
De son côté, la romancière J.K. Rowling a également réagi, évoquant « un retour bienvenu à un sport équitable pour les femmes et les filles », tout en critiquant certaines polémiques survenues lors des Jeux de Paris 2024.
Un débat loin d’être clos
Le rétablissement des tests de féminité relance un débat sensible au croisement du sport, de la science et des droits humains. Entre volonté d’équité sportive et respect des identités et des diversités biologiques, la question reste profondément divisive.
La position française, clairement exprimée, pourrait ainsi nourrir les discussions internationales à l’approche des Jeux olympiques de 2028.






