Festival Black Movie Genève 2026 : le cinéma indépendant au cœur des récits queer et engagés
Black Movie, un laboratoire de liberté cinématographique
À partir du 16 janvier, Genève devient le point de convergence du cinéma indépendant avec la 27ᵉ édition de Black Movie. Le festival international déploie cette année une programmation foisonnante : 104 œuvres venues des quatre coins du monde, 48 longs métrages, 56 courts, quinze réalisateurs invités et la présence exceptionnelle de Tony Leung Chiu-wai, figure mythique du cinéma asiatique. Fidèle à son ADN, Black Movie se place en marge des circuits dominants pour célébrer un cinéma libre, politique et audacieux, où les récits queer trouvent naturellement leur place.
Sous l’impulsion de sa directrice artistique Maria Watzlawick, le festival revendique une ligne claire : défendre la liberté de pensée et l’autodétermination. Les films sont répartis en onze grands axes thématiques – éducation, futur, famille, contrôle des corps, totalitarisme, révolte – qui dessinent une cartographie du monde contemporain, de ses fractures comme de ses possibles. Chaque section explore des formes et des genres variés, ouvrant un espace privilégié aux voix LGBTQIA+.
Trois pépites queer à découvrir
Niñxs – Kani Lapuerta (Mexique)
À Tepoztlán, petite ville mexicaine, Karla raconte son chemin intime de l’enfance à l’adolescence. En tant que personne trans, elle traverse les doutes, les joies et les bouleversements liés à la construction de soi. Tourné sur huit ans, ce premier long métrage du réalisateur trans Kani Lapuerta est une chronique sensible, vibrante et joyeusement indocile. Le film épouse le rythme de la vie, sans didactisme, dans une approche à la fois documentaire et profondément poétique.
Songs of Forgotten Trees – Anuparna Roy (Inde)
À Mumbai, Thooya, migrante extravertie rêvant de devenir actrice, survit grâce à des petits boulots et parfois à la prostitution. Elle sous-loue une pièce de son appartement à Swetha, récemment arrivée, employée dans un centre d’appels. Entre les murs étroits et le tumulte de la ville, une relation se tisse, faite de confidences et d’élans inattendus. Plus qu’une simple amitié, un lien se crée. Ce conte urbain féministe dresse le portrait de deux femmes déterminées à reprendre la maîtrise de leur existence, malgré la précarité et les contraintes sociales.
Morte e Vida Madalena – Guto Parente (Brésil)
Madalena, productrice de cinéma enceinte de huit mois, tente de relancer le tournage d’un film de science-fiction improbable écrit par son père défunt. Mais tout s’effondre : le réalisateur, également son ex-compagnon, disparaît, les financements s’évaporent, l’équipe doute. Refusant de renoncer, Madalena porte à la fois un enfant, un film et toute une communauté queer rassemblée autour d’elle. Entre mélodrame et comédie débridée, ce long métrage est une déclaration d’amour au cinéma de genre et à la puissance créatrice.
Lire aussi : À Caen, le Papillon Noir Théâtre ravive la mémoire oubliée des luttes LGBTQIA+ en Normandie
Un panorama international engagé
Black Movie accueille aussi de grandes signatures. Le Sud-Coréen Park Chan-wook présente No Other Choice, adaptation d’un roman noir de Donald Westlake sur les dérives meurtrières d’un cadre en chute libre. Le Portugais Pedro Pinho propose Le rire et le couteau, fresque dense autour des héritages postcoloniaux. La Hongroise Ildikó Enyedi dévoile Silent Friend, récit choral gravitant autour d’un majestueux gingko. Tony Leung Chiu-wai accompagnera la projection le dimanche 18 janvier.
Le festival s’intéresse également aux imaginaires dystopiques et aux récits alternatifs. Le documentariste haïtien Raoul Peck signe Orwell : 2+2=5, plongée glaçante dans l’ère de la post-vérité. Black Movie rend aussi hommage aux résistances face à l’autoritarisme avec Deux procureurs de l’Ukrainien Sergei Loznitsa, primé à Cannes, suivi d’une rencontre avec le cinéaste le 21 janvier. À noter encore Belén de Dolores Fonzi, autour d’un tournant historique pour le droit à l’avortement en Argentine, et U Are the Universe de Pavlo Ostrikov, récit de science-fiction sur un survivant solitaire de l’humanité.
Un festival pour tous les âges
Black Movie pense aussi aux plus jeunes avec sa section dédiée aux enfants : quarante films issus de 34 pays, valorisant la diversité, l’écologie et l’acceptation des différences. Parmi eux, Planètes de Momoko Seto, ode délicate à la biodiversité. Ateliers, ciné-concerts et animations complètent l’offre.
Enfin, le festival vit aussi la nuit : tables rondes, événements festifs et célèbres Nuits Blanches au Groove rythment la semaine, dont la soirée queer Black 360 organisée par 360° Fever le samedi 17 janvier. Entre salles obscures et pistes de danse, Black Movie promet une immersion totale dans un cinéma qui pense, dérange et libère.
