Au Canada, 65 % des personnes LGBTQ+ déclarent avoir subi une agression physique ou sexuelle depuis l’âge de 15 ans. Une étude publiée le 6 octobre 2026 par Statistique Canada révèle une exposition particulièrement élevée chez les personnes non binaires et les femmes bisexuelles, ainsi que des écarts persistants avec le reste de la population.
Les inégalités face aux violences restent considérables au Canada. D’après une nouvelle analyse de Statistique Canada, les personnes appartenant aux minorités sexuelles ou de genre sont plus de trois fois plus susceptibles de subir une agression physique ou sexuelle au cours d’une année que les personnes hétérosexuelles ou cisgenres.
Publiés dans la revue Juristat le 6 octobre 2026, ces résultats reposent sur l’Enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés, réalisée en 2025. Ils permettent de mesurer les violences déclarées au cours des douze derniers mois, mais aussi celles vécues depuis l’adolescence.
L’étude met notamment en lumière des différences importantes entre les groupes LGBTQ+, avec une exposition particulièrement marquée chez les personnes non binaires et les femmes bisexuelles.
Un risque d’agression plus de trois fois supérieur en un an
Les données révèlent un écart net entre les populations étudiées.
Au cours des douze mois précédant l’enquête, 12 % des personnes LGB+ ont déclaré avoir subi une agression physique ou sexuelle, contre 3,6 % des personnes hétérosexuelles.
La proportion atteint 15 % parmi les personnes transgenres et non binaires, alors qu’elle s’établit à 4,1 % chez les personnes cisgenres.
Ces résultats concernent deux dimensions distinctes : l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Certaines personnes peuvent appartenir simultanément aux deux groupes, ce qui signifie que ces pourcentages ne doivent pas être additionnés.
Les agressions prises en compte comprennent notamment les violences physiques, les menaces d’attaque et les actes sexuels imposés ou commis sans consentement.
Une précision est cependant essentielle : les violences exercées par un ou une partenaire intime sont exclues de ces statistiques. L’enquête ne mesure donc pas l’intégralité des violences susceptibles d’être vécues par les populations concernées.
Depuis l’adolescence, près de deux personnes LGBTQ+ sur trois ont subi des violences
L’écart apparaît également lorsqu’on examine les expériences accumulées depuis l’âge de 15 ans.
Selon Statistique Canada, 65 % des personnes 2ELGBTQ+ déclarent avoir subi au moins une agression physique ou sexuelle durant cette période, contre 38 % des personnes n’appartenant pas à cette population.
Dans le détail, 66 % des personnes LGB+ rapportent de telles violences, contre 38 % des personnes hétérosexuelles. Pour les personnes transgenres et non binaires, cette proportion s’élève à 69 %, contre 40 % chez les personnes cisgenres.
Le niveau le plus élevé concerne les personnes qui appartiennent à la fois à une minorité sexuelle et à la diversité de genre : 74 % ont déclaré au moins une expérience de violence depuis leurs 15 ans.
Cette dernière donnée souligne l’importance de prendre en compte plusieurs caractéristiques simultanément plutôt que de considérer l’ensemble des personnes LGBTQ+ comme une population homogène.
Ces proportions correspondent à des expériences survenues à différents moments de la vie. Elles ne signifient pas que toutes les agressions ont eu lieu en 2025.
Les femmes bisexuelles particulièrement concernées par les agressions sexuelles
Les résultats font apparaître des différences marquées selon l’orientation sexuelle et le genre.
Parmi les femmes bisexuelles interrogées, 63 % déclarent avoir été victimes d’une agression sexuelle depuis l’âge de 15 ans. La proportion est de 43 % chez les femmes lesbiennes et de 33 % chez les femmes hétérosexuelles.
Chez les hommes, 35 % des hommes gais et 33 % des hommes bisexuels font état d’une expérience comparable. Cette proportion descend à 8,8 % chez les hommes hétérosexuels.
Les agressions physiques suivent également une répartition inégale. Elles ont concerné 54 % des femmes bisexuelles et 54 % des hommes bisexuels, contre 46 % des hommes gais et 45 % des femmes lesbiennes.
À titre de comparaison, 33 % des hommes hétérosexuels et 29 % des femmes hétérosexuelles déclarent avoir été victimes d’une agression physique depuis leurs 15 ans.
Ces chiffres montrent que les femmes bisexuelles se distinguent notamment par une forte prévalence des agressions sexuelles, tandis que les hommes gais et bisexuels présentent eux aussi des taux sensiblement supérieurs à ceux observés chez les hommes hétérosexuels.
Les personnes non binaires affichent les taux de victimisation les plus élevés
L’une des nouveautés importantes de cette enquête tient à la possibilité d’étudier séparément les expériences des hommes transgenres, des femmes transgenres et des personnes non binaires.
Jusqu’alors, la taille des échantillons rendait plus difficile une analyse détaillée de ces populations.
Les nouvelles données indiquent que 57 % des personnes non binaires ont subi une agression sexuelle depuis l’âge de 15 ans, contre 48 % des hommes transgenres et 41 % des femmes transgenres.
Les proportions sont de 35 % chez les femmes cisgenres et de 9,8 % chez les hommes cisgenres.
Pour les agressions physiques, les personnes non binaires présentent également le niveau le plus élevé, avec 64 % de victimes déclarées.
Les femmes transgenres suivent avec 56 %, puis les hommes transgenres avec 52 %. Les taux correspondants sont de 34 % chez les hommes cisgenres et de 31 % chez les femmes cisgenres.
Ces résultats confirment l’intérêt d’examiner séparément les différentes populations de la diversité de genre. Les expériences de violence ne sont pas identiques d’un groupe à l’autre.
L’étude ne permet toutefois pas d’attribuer à une cause unique les différences observées.
Harcèlement, école et Internet : d’autres formes de violence documentées
Au-delà des agressions physiques et sexuelles, Statistique Canada s’est intéressé aux comportements non désirés dans les espaces publics, les établissements scolaires, les milieux professionnels et sur Internet.
Les personnes LGBTQ+ apparaissent là encore davantage exposées.
Au cours de l’année précédant l’enquête, 72 % des personnes non binaires et 64 % des femmes bisexuelles ont déclaré avoir subi des comportements non désirés en public, une catégorie comprenant également les situations vécues à l’école ou au travail.
Ces expériences peuvent prendre différentes formes : remarques sexuelles déplacées, contacts physiques non souhaités, commentaires sur l’expression de genre ou comportements humiliants.
L’enquête révèle également que 18 % des personnes LGB+ ont été insultées, maltraitées, ignorées ou exclues en raison de leur orientation sexuelle réelle ou supposée.
Parmi les personnes transgenres et non binaires, 37 % déclarent avoir subi de tels traitements parce qu’elles étaient transgenres ou perçues comme telles.
Ces constats rejoignent d’autres recherches consacrées aux discriminations dans les établissements scolaires. En France, une enquête publiée en novembre 2025 sur le harcèlement et les violences de genre à l’école avait notamment mis en évidence une exposition importante des élèves LGBT+ aux violences sexuelles et numériques.
Les comportements en ligne font également partie des situations examinées au Canada, qu’il s’agisse de messages sexuels non sollicités, de pressions pour obtenir des images intimes ou de communications menaçantes.
Des résultats qui persistent après la prise en compte de l’âge
La composition démographique constitue un élément important pour interpréter les données.
La population LGBTQ+ canadienne est en moyenne plus jeune que les populations hétérosexuelles et cisgenres. Or, l’âge peut influencer la fréquence des violences déclarées.
Les analyses de Statistique Canada montrent néanmoins que les principaux écarts subsistent après la prise en compte de cette différence démographique.
Les résultats proviennent du deuxième cycle de l’Enquête sur la sécurité dans les espaces publics et privés, après une première édition organisée en 2018.
Pour l’édition 2025, Statistique Canada a augmenté la représentation des personnes transgenres et non binaires dans l’échantillon afin de permettre des analyses statistiques plus détaillées.
Il faut également distinguer les données de cette enquête, fondées sur les expériences déclarées par les personnes interrogées, des statistiques policières qui portent sur les faits enregistrés.
En France, un bilan publié en octobre 2025 sur l’augmentation des actes anti-LGBT+ signalés aux autorités soulignait notamment les difficultés liées à la sous-déclaration des violences. Les méthodes étant différentes, ces chiffres ne peuvent toutefois pas être comparés directement aux résultats canadiens.
Pour les autorités publiques, les organismes communautaires, les établissements scolaires et les services d’accompagnement des victimes, les nouvelles données canadiennes apportent des informations précieuses sur les populations particulièrement exposées.
Elles mettent en évidence des besoins de prévention différents selon l’orientation sexuelle et l’identité de genre, notamment pour les femmes bisexuelles et les personnes non binaires.
L’étude ne permet pas d’établir à elle seule les causes des écarts constatés. Elle documente néanmoins leur ampleur et rappelle que la sécurité demeure un enjeu majeur pour les personnes LGBTQ+ au Canada.
Source : Statistique Canada, Danielle Sutton-Preddie et Karen Rauh, Expériences de victimisation avec violence et de comportements sexuels non désirés chez les personnes 2ELGBTQ+ au Canada, 2025, Juristat, 6 octobre 2026.

