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Les Créateurs Queers qui ont Bousculé la Fashion Week Homme de Paris

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Découverte des créateurs queer Fashion Week Paris 2026

Du 20 au 25 janvier, la Fashion Week masculine parisienne a offert un contraste saisissant. Tandis que les grandes maisons renouaient avec des silhouettes sages et rassurantes, une nouvelle génération de créateurs queers a proposé une vision radicalement différente : un vestiaire masculin libéré, assumé, politique. À travers matières audacieuses, récits engagés et esthétiques subversives, ces designers ont rappelé que la mode reste un espace d’expression, de lutte et d’émancipation.

Après une saison milanaise dominée par le retour du costume classique, Paris a vu émerger des silhouettes plus fluides, des coupes relâchées et des narrations ouvertement queer. Des élans néo-romantiques de Valette Studio aux propositions ultra-kinky de C.R.E.O.L.E, les podiums se sont transformés en terrains d’affirmation LGBTQI+.

Cette nouvelle génération de designers rappelle que la mode n’est pas qu’un décor, mais un langage. Un moyen d’affirmer son identité, son corps et sa liberté, bien au-delà des podiums.

Cette énergie queer ne se limite pas aux défilés parisiens. Elle vit aussi au quotidien, dans les vêtements que l’on porte pour exister, s’affirmer et se raconter. Notre collection de vêtements queer s’inspire de cet esprit libre, inclusif et engagé, pour faire de chaque tenue un prolongement de soi.


Jeanne Friot, une ouverture en forme de manifeste

C’est au Théâtre du Rond-Point que Jeanne Friot a donné le ton. Entourée de proches et accompagnée du Ballet de Lorraine, la créatrice a conçu une performance hybride où la danse, le jeu et le défilé se sont entremêlés. Parmi les silhouettes sur scène, on reconnaissait notamment Daphné Bürki, Claude Emmanuelle ou encore Mami Watta. Le spectacle s’est conclu par un baiser lesbien, geste fort et symbolique.

Côté vêtements, le tartan s’invite sur jupes, mini-shorts, robes et combinaisons. Les célèbres robes-ceintures de la marque côtoient des t-shirts militants arborant un nouveau slogan percutant : “It’s never too late to fight fascism”. Une déclaration claire : ici, la mode est un outil politique.


Valette Studio et le retour des Nouveaux romantiques

Chez Valette Studio, Pierre-François Valette replonge dans l’héritage des clubs underground londoniens des années 1980. Le mouvement des Nouveaux romantiques, porté à l’époque par Culture Club, Duran Duran ou Japan, irrigue toute la collection. On y retrouve les volants, les maquillages éclatants, les teintes pop et l’exubérance théâtrale qui ont aussi marqué les débuts de John Galliano.

Dans le cadre majestueux de l’Institut du monde arabe, défilent chemises à froufrous, vestes de cuir ajustées et, en apothéose, une robe monumentale bleu électrique, gonflée de volants et assortie aux faux cils de la mannequin. Un hommage flamboyant à une masculinité romantique et affranchie.


EGONLAB célèbre l’amour comme acte de résistance

Au Palais de Tokyo, le duo EGONLAB a présenté LAZARUS, une collection nourrie par une collaboration avec Tinder et l’association Safe Place. Baptisée “Love will not tear us apart”, clin d’œil à Joy Division, cette capsule comprend t-shirts et sweats au message engagé, bagues en forme de cœur et une pièce couture spectaculaire : un tartan entièrement recouvert de plumes rouges, réalisé par l’atelier Maison Février.

À ces pièces s’ajoutent bombers, vestes en jean et hoodies, sans oublier des tailleurs revisités par des touches de plumes tricolores. Avec LAZARUS, EGONLAB refuse la standardisation de l’industrie et revendique la créativité comme antidote à la normalisation.


Lire aussi : Les défilés de mode queer qui font bouger les choses


Ouest Paris détourne les mythes virils

Arthur Robert, à la tête de Ouest Paris, a convié le public dans les coulisses de son lookbook. La collection puise dans le workwear, la laine épaisse et le denim brut, tout en convoquant une imagerie western des années 80. On découvre un manteau en laine clouté, un t-shirt conçu pour être porté à l’envers – inspiré par George Michael – et des pantalons dotés d’ouvertures frontales pratiques.

Le créateur résume sa démarche : proposer une masculinité douce plutôt qu’intimidante, en jouant avec les archétypes du cow-boy ou du surfeur macho pour mieux les transformer.


Lazoschmidl et la poésie du quotidien

Le duo suédois Lazoschmidl poursuit son exploration des gestes intimes. Après une précédente collection où les mannequins se changeaient derrière un paravent, cette saison rend hommage à “l’art de se préparer”. Dans le concept store Close to Skin, les modèles, vêtus de cyclistes et de hauts moulants, rangent du linge sous une voix-off décrivant la banalité complexe de ces gestes.

Rose pastel, vert acide mêlé au jaune, jeans larges et chemises fonctionnelles composent un vestiaire sensible, entre vulnérabilité et quotidien.


Louis Gabriel Nouchi et le choc OnlyFans

Moment viral du défilé Louis Gabriel Nouchi : l’apparition du danseur croate Ivan Ugrin portant un débardeur et un slip fendu estampillés “Only Fans”. Le message est clair : une collaboration officielle avec la plateforme de contenus pour adultes.

Le créateur revendique cet espace comme un terrain d’expérimentation et de sincérité. Le reste de la collection renoue avec l’esthétique des années 80, puisant dans l’univers d’Alien. Transparences, latex, pantalons larges et visages masqués composent un voyage futuriste, entre science-fiction et sensualité.


C.R.E.O.L.E, quand le kinky devient politique

Avec SK1N, Vincent Frédéric-Colombo revisite l’histoire de l’esthétique skinhead. Souvent associée aujourd’hui à l’extrême droite, cette subculture est à l’origine née de la rencontre entre jeunes londoniens blancs et migrants caribéens. Le créateur guadeloupéen en renverse les codes : shorts camouflage, jeans déchirés, Dr. Martens, mais débarrassés de leur charge idéologique contemporaine.

À ce manifeste s’ajoute une dimension ouvertement érotique : micro-débar­deurs en latex, slips ajourés, chaps en cuir. Une réappropriation queer, charnelle et politique.


Willy Chavarria, entre Mexique et Italie

L’invitation au défilé Willy Chavarria s’est muée en concert, avec la présence du chanteur italien Mahmood. Fidèle à la griffe depuis l’Eurovision, l’artiste est monté sur le podium pour interpréter des titres de son prochain album.

Le vestiaire hivernal du créateur mêle streetwear – joggings, jerseys de football américain – et pièces plus classiques : jeans droits, vestes en cuir. L’ouverture du show est marquée par un immense manteau léopard porté par la chanteuse Mon Laferte. Un symbole fort pour une collection qui croise racines mexicaines, culture pop et élégance italienne.


Cette Fashion Week masculine a prouvé une chose : face à un luxe parfois figé dans la tradition, les créateurs queers continuent d’injecter du sens, du désir et de la subversion dans la mode. À Paris, ils n’ont pas seulement présenté des vêtements ; ils ont raconté des identités, des combats et des futurs possibles.

Cette Fashion Week s’inscrit dans une dynamique plus large de la scène queer mondiale. Retrouve tous les temps forts, festivals, marches, performances et rendez-vous culturels dans notre rubrique dédiée Événement LGBTQ, véritable carnet vivant de l’actualité queer en France et à l’international :

Ce fil rouge éditorial permet de suivre, au-delà de la mode, tout ce qui fait battre le cœur des cultures LGBTQ+ aujourd’hui.