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États-Unis : des migrants LGBT expulsés vers des pays où ils risquent des persécutions

Cour suprême américaine et expulsions LGBT
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Aux États-Unis, l’administration de Donald Trump poursuit les expulsions de personnes migrantes vers des pays dont elles ne sont pas originaires, y compris lorsqu’elles bénéficient d’une protection judiciaire contre leur renvoi dans leur pays d’origine. Une enquête de Reuters publiée le 5 octobre 2026 documente 40 cas de personnes LGBT transférées vers des États où elles risquent de nouvelles persécutions. Alors que les Nations unies réclament l’arrêt de cette politique, la Cour suprême américaine doit examiner sa légalité en décembre.

Des migrants LGBT expulsés malgré une protection judiciaire

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, les autorités américaines ont considérablement développé les expulsions vers des pays tiers. Ces transferts concernent des personnes envoyées dans des États dont elles ne possèdent pas la nationalité et avec lesquels elles n’ont parfois aucune attache.

Cette politique touche notamment des personnes dont la demande d’asile a été rejetée, mais qui ont obtenu une autre forme de protection juridique en raison des risques encourus dans leur pays d’origine.

Certaines décisions judiciaires américaines interdisent en effet le renvoi vers un pays précisément identifié, sans nécessairement empêcher toute expulsion vers une autre destination.

Pour les personnes LGBTQ+, ce mécanisme peut avoir des conséquences particulièrement graves lorsque le nouveau pays d’accueil criminalise les relations homosexuelles ou ne garantit aucune protection contre les violences homophobes et transphobes.

Dans une enquête publiée le 5 octobre 2026, Reuters a identifié 40 cas de personnes LGBT bénéficiant d’une protection contre leur renvoi dans leur pays d’origine, mais expulsées vers plusieurs pays africains.

Les destinations documentées comprennent notamment le Cameroun, la Sierra Leone et l’Eswatini, où les relations sexuelles entre personnes de même sexe sont criminalisées, ainsi que d’autres États dans lesquels des violences contre les minorités sexuelles ont été signalées.

Parmi les personnes concernées, certaines ont été placées en détention, tandis que d’autres ont ensuite été renvoyées vers le pays qu’elles avaient fui.

Du Ghana au Cameroun : le parcours d’une jeune femme bisexuelle

Le cas d’une Ghanéenne bisexuelle de 21 ans illustre les conséquences concrètes de ces transferts.

Dans un reportage diffusé le 27 septembre, la journaliste Isobel Yeung, pour CNN, a recueilli le témoignage de cette jeune femme ayant quitté le Ghana après des persécutions liées à son orientation sexuelle.

Malgré une décision d’un juge américain la protégeant contre son retour au Ghana, elle a été expulsée vers le Cameroun en janvier 2026.

Son pays d’origine connaît lui-même un contexte politique hostile aux minorités sexuelles. En mai 2026, les députés ghanéens ont de nouveau approuvé un projet de loi renforçant la répression des personnes LGBT+, une évolution détaillée dans notre article sur le durcissement de la législation anti-LGBT au Ghana.

Le Cameroun, pays vers lequel cette femme a été expulsée, prévoit quant à lui des peines pouvant atteindre cinq ans d’emprisonnement pour des relations sexuelles consenties entre personnes de même sexe. Les personnes LGBT y sont également confrontées à des risques documentés d’arrestations, de discriminations et de violences.

Selon les informations recueillies ensuite par Reuters, la jeune femme est restée environ sept mois au Cameroun avant de rejoindre un membre de sa famille dans le nord du Nigeria.

Ce nouveau déplacement ne signifie pas pour autant qu’elle a trouvé un refuge sûr. Dans certaines régions du nord du Nigeria, les sanctions prévues pour les relations entre personnes de même sexe peuvent être particulièrement sévères. D’après son témoignage rapporté par Reuters, elle évite désormais de sortir de son domicile.

Une autre situation documentée concerne Abdou Latifou, un homme gay originaire du Togo. Après avoir fui des violences homophobes, il avait obtenu d’un juge américain une protection contre son renvoi au Togo.

En juin 2026, il a pourtant été expulsé vers la Sierra Leone, pays où les relations sexuelles entre hommes peuvent être punies de la prison à perpétuité en vertu d’une législation héritée de l’époque coloniale.

Après son transfert, il a finalement été renvoyé au Togo, avant de fuir de nouveau et de rejoindre la Côte d’Ivoire.

Ces parcours montrent qu’une expulsion vers un pays tiers peut entraîner plusieurs déplacements successifs, sans garantir aux personnes concernées une sécurité durable.

Plus de 25 000 expulsions vers des pays tiers recensées

L’ampleur de cette politique a été documentée par une enquête internationale coordonnée par le consortium journalistique Forbidden Stories.

Publiée le 21 septembre 2026 sous le nom de The Deportation Project, cette investigation révèle qu’au moins 25 447 personnes avaient été expulsées vers des pays tiers entre janvier 2025 et le 31 août 2026.

Selon les données rassemblées par le consortium, Washington avait conclu des accords avec au moins 35 pays, dont 28 avaient déjà accueilli des personnes expulsées à cette date.

Une grande partie des transferts recensés concernait le Mexique, mais d’autres destinations se situaient en Afrique, en Amérique latine et dans la région Pacifique.

Le 5 octobre, Reuters a également fait état de données gouvernementales préliminaires évoquant plus de 40 000 expulsions vers des pays tiers depuis janvier 2025. Ces estimations reposent sur des sources et des méthodes de décompte différentes et ne doivent donc pas être directement assimilées.

Les accords conclus par les autorités américaines permettent d’organiser des transferts vers des États acceptant d’accueillir des ressortissants étrangers qui ne peuvent être renvoyés directement vers leur pays d’origine.

Leur mise en œuvre soulève cependant plusieurs interrogations : les personnes visées connaissent-elles suffisamment tôt leur destination ? Peuvent-elles faire examiner les risques qu’elles encourent dans le pays d’accueil ? Disposent-elles d’un accès effectif à un avocat ou à une procédure de protection ?

Ces questions sont particulièrement importantes lorsque les personnes expulsées avaient déjà obtenu la reconnaissance judiciaire de risques de persécution.

L’ONU et Human Rights Watch dénoncent les risques de persécution

Le 28 septembre 2026, des experts indépendants mandatés dans le cadre des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme des Nations unies ont appelé les États-Unis et les pays partenaires à suspendre les arrangements d’expulsion vers des pays tiers.

Leur déclaration évoque notamment les risques de torture, de détention arbitraire, de disparition forcée, de traite des êtres humains et de séparation familiale.

Les personnes LGBT figurent explicitement parmi les groupes jugés particulièrement vulnérables.

Selon les experts, l’absence de liens avec le pays de destination, les difficultés d’accès à une assistance juridique et les discriminations liées à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre peuvent aggraver les dangers auxquels les personnes expulsées sont confrontées.

Ces préoccupations ont été renforcées par un rapport publié le 8 octobre 2026 par Human Rights Watch.

L’organisation y documente notamment le transfert d’au moins une douzaine de personnes LGBT vers des pays africains réprimant certaines relations ou manifestations publiques de l’homosexualité.

Elle relève que plusieurs personnes avaient déjà obtenu une protection judiciaire américaine fondée sur les risques de persécution liés à leur orientation sexuelle ou à leur identité de genre.

Selon Human Rights Watch, les autorités américaines n’ont pas suffisamment évalué ces mêmes risques dans les pays tiers vers lesquels ces personnes ont été envoyées.

L’organisation rapporte également que certaines personnes ont été contraintes de retourner dans leur pays d’origine ou ont accepté un retour sous pression, malgré les dangers qui avaient justifié leur protection initiale.

Le principe de non-refoulement constitue l’un des fondements de ces critiques. Il interdit, dans les conditions prévues par le droit international applicable, de transférer une personne vers un territoire où elle risque notamment de subir des persécutions ou des actes de torture.

Cette obligation ne disparaît pas simplement parce que le pays de destination est différent de celui que la personne a initialement fui.

La Cour suprême américaine examinera l’affaire le 9 décembre

La légalité des expulsions vers des pays tiers fait désormais l’objet d’un examen devant la Cour suprême des États-Unis.

Le 29 septembre 2026, la juridiction a suspendu les effets d’une décision rendue en février par un tribunal fédéral du Massachusetts, qui avait imposé des contraintes supplémentaires à cette politique.

Cette suspension permet à l’administration Trump de poursuivre les expulsions concernées pendant l’examen de l’affaire. Elle ne constitue toutefois pas une validation définitive de leur légalité.

Dans le dossier Department of Homeland Security v. D.V.D., les juges doivent notamment examiner les garanties procédurales applicables aux personnes transférées vers des pays tiers et la conformité des règles américaines avec les obligations relatives à la protection contre les persécutions et la torture.

L’audience est officiellement fixée au 9 décembre 2026.

De son côté, le département américain de la Sécurité intérieure défend les expulsions vers des pays tiers comme un instrument d’application de la politique migratoire et de sécurité publique. Il affirme que les services chargés de l’immigration ne prennent pas leurs décisions en fonction de l’orientation sexuelle des personnes concernées.

Les organisations de défense des droits humains estiment néanmoins que la question centrale ne se limite pas aux motifs des décisions d’expulsion : elle concerne aussi les risques effectivement encourus une fois les personnes transférées.

Une protection qui ne devrait pas disparaître avec le changement de destination

Pour les personnes LGBTQ+ ayant fui des violences ou des persécutions, ces expulsions interrogent l’efficacité réelle des protections obtenues dans un pays d’accueil.

Les difficultés rencontrées par les personnes contraintes à l’exil ne se limitent d’ailleurs pas aux frontières américaines. Au Sénégal, le durcissement de la répression a notamment provoqué un afflux d’appels de personnes LGBT cherchant à fuir leur pays auprès de l’association Stop Homophobie, comme nous le rapportions en mars 2026.

Ces situations sont distinctes de la politique d’expulsion américaine, mais elles illustrent l’importance des mécanismes de protection pour les personnes menacées en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

Lorsqu’une protection a été accordée contre un retour dans le pays d’origine, le choix d’un autre territoire de destination ne suffit pas, à lui seul, à garantir la sécurité de la personne concernée.

La décision à venir de la Cour suprême américaine pourrait préciser les limites juridiques de ces pratiques et les garanties procédurales à respecter.

En attendant, les transferts peuvent se poursuivre, tandis que certaines des personnes concernées restent confrontées à de nouvelles situations d’insécurité, de détention ou d’exil.