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Hélène Hazera, journaliste et pionnière du militantisme trans, est morte à 74 ans

décès Hélène Hazera
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Journaliste, femme de radio et militante de longue date, Hélène Hazera est morte lundi 5 octobre 2026 à l’âge de 74 ans. Figure des Gazolines dans les années 1970, passée par Libération, Act Up-Paris et France Culture, elle a consacré une grande partie de sa vie aux luttes trans, à la lutte contre le sida et à la défense des personnes les plus précaires.

La journaliste et activiste transgenre Hélène Hazera est décédée lundi matin à l’âge de 74 ans. L’information a été communiquée à l’Agence France-Presse par Judith Abitbol, son amie depuis une trentaine d’années et réalisatrice d’un documentaire consacré à son parcours en 2025.

« C’est la dernière situationniste de France qui s’en va », a déclaré Judith Abitbol, autrice de Hélène Trésore Transnationale.

La disparition d’Hélène Hazera a suscité de nombreuses réactions parmi celles et ceux qui avaient croisé son chemin dans les milieux militants, associatifs, journalistiques et culturels.

Une militante proche des personnes les plus précaires

Giovanna Rincon, directrice de l’association Acceptess-T, qui avait milité à ses côtés, a fait part de sa profonde tristesse après l’annonce de sa disparition.

« C’est une perte extrêmement importante pour la communauté transgenre », a-t-elle déclaré, soulignant qu’Hélène Hazera avait « toujours été proche des personnes les plus précaires », notamment des personnes séropositives et des travailleuses du sexe.

Anaïs Perrin-Prevelle, directrice de l’association OUTrans, a également salué une personnalité qui refusait que les personnes trans soient réduites à leur seule identité.

« Elle a toujours eu une vision ultramoderne sur ces sujets et elle a montré que les personnes trans, sans cesse ramenées à leur identité, peuvent être autre chose dans leur vie sociale », a-t-elle expliqué.

La disparition d’Hélène Hazera intervient moins d’un an après celle d’une autre grande figure historique du militantisme trans, Miss Major Griffin-Gracy, militante trans et figure LGBTQ+.

Des Gazolines au militantisme trans des années 1970

Fille de résistants, Hélène Hazera s’était fait connaître dans les années 1970 au sein des Gazolines.

Ce groupe, proche du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR), s’inscrit dans une période de profond bouleversement des mouvements homosexuels et des luttes autour du genre en France.

Les Gazolines revendiquaient une approche provocatrice et radicale de la politique, du corps et de l’identité. Hélène Hazera en devient l’une des figures visibles.

Son parcours accompagne ainsi plusieurs décennies d’évolution du mouvement LGBT français, bien avant que les questions trans ne bénéficient de la visibilité médiatique qu’elles connaissent aujourd’hui.

Une longue carrière à Libération

En 1978, Hélène Hazera rejoint le quotidien Libération.

Elle y débute comme chroniqueuse de télévision avant de se tourner vers la critique musicale et la chanson française, deux domaines qui occuperont une place importante dans sa carrière.

Elle travaillera au sein du journal jusqu’en 1999.

Son parcours fait d’elle une personnalité particulièrement singulière dans le paysage médiatique français. À une époque où les personnes trans étaient quasiment absentes des rédactions et très rarement présentées autrement qu’à travers leur identité de genre, Hélène Hazera occupe une véritable place de journaliste et de critique culturelle.

Son engagement auprès d’Act Up-Paris

Hélène Hazera était également séropositive.

Elle rejoint Act Up-Paris, association créée en 1989 dans le contexte de l’épidémie de sida, et participe activement à ses combats.

Au sein de l’organisation, elle contribue notamment à la mise en place d’une commission trans.

Cet engagement permet alors de mieux prendre en compte les problématiques spécifiques rencontrées par les personnes trans dans la lutte contre le VIH, mais aussi les situations de précarité et de marginalisation touchant certaines travailleuses du sexe.

Cette proximité avec les populations les plus vulnérables restera l’un des fils conducteurs de son militantisme.

La lutte contre le VIH demeure d’ailleurs un enjeu majeur plusieurs décennies plus tard. En 2026, la baisse du financement français consacré à la lutte mondiale contre le VIH et le sida a notamment suscité l’inquiétude des acteurs engagés dans ce domaine.

Une voix emblématique de France Culture

Passionnée par la poésie et la chanson française, Hélène Hazera poursuit également une importante carrière radiophonique.

Entre 2002 et 2017, elle anime l’émission Chanson Boum ! sur France Culture.

Pendant quinze ans, elle y reçoit des artistes, auteurs, compositeurs et interprètes, tout en explorant l’histoire et les différentes formes de la chanson française.

Après l’annonce de son décès, la directrice de France Culture, Emelie De Jong, lui a rendu hommage.

« Hélène Hazera était une femme libre », a-t-elle déclaré.

Elle a également rappelé la personnalité singulière de la journaliste à l’antenne : « Elle a porté cette liberté sur France Culture, avec sa voix, son ton et sa personnalité si singulière. »

France Culture lui a consacré une sélection d’émissions et d’archives permettant de réécouter certaines de ses interventions.

Hélène Hazera également présente au cinéma

Le parcours d’Hélène Hazera ne s’est pas limité au journalisme, à la radio et au militantisme.

Elle a également fait plusieurs apparitions au cinéma.

En 1980, elle joue notamment dans Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard. Elle y interprète l’amie et colocataire du personnage joué par Isabelle Huppert.

Plusieurs décennies plus tard, sa propre vie devient à son tour un sujet de cinéma.

La réalisatrice Judith Abitbol lui consacre le documentaire Hélène Trésore Transnationale, qui revient sur son parcours personnel, culturel et militant.

Le film évoque notamment les Gazolines, les mouvements homosexuels des années 1970, son activité journalistique et ses engagements auprès d’Act Up.

Une figure de plusieurs décennies d’histoire LGBT en France

Hélène Hazera aura traversé une grande partie de l’histoire contemporaine des mouvements LGBT français.

Des Gazolines à Act Up-Paris, de la rédaction de Libération aux studios de France Culture, elle a occupé des espaces dans lesquels les personnes trans étaient longtemps restées très peu visibles.

Son parcours dépasse ainsi la seule question de la représentation trans. Journaliste, critique musicale, femme de radio, militante et actrice occasionnelle, elle avait construit une vie professionnelle et intellectuelle particulièrement diverse.

Sa disparition à l’âge de 74 ans marque la perte d’une personnalité ayant accompagné plusieurs décennies de transformations politiques, culturelles et sociales en France.