Avec The Beauty, Ryan Murphy propose une nouvelle série mêlant science-fiction, body horror et critique sociale. Le récit imagine une société frappée par une infection sexuellement transmissible capable d’offrir à ceux qui la contractent une beauté spectaculaire… avant de provoquer leur mort prématurée dans une explosion de chair et de sang. Derrière cette intrigue extrême, la série révèle, notamment dans son sixième épisode, une réflexion queer et trans-affirmative inattendue.

Un retour rapide après un échec
Peu enclin à lever le pied, Ryan Murphy revient sur le devant de la scène quelques mois seulement après la diffusion de All’s Fair, série qui n’avait pas rencontré le succès escompté. Exit la présence de Kim Kardashian ; place à un projet plus sombre et plus radical.
Adaptée des comics éponymes publiés chez Glénat et disponible en streaming sur Disney+, The Beauty est co-créée avec Matthew Hodgson. Les deux hommes avaient déjà collaboré au début des années 2000 sur Nip/Tuck, série consacrée aux dérives de la chirurgie esthétique.
Sous ses atours de thriller dystopique, la nouvelle production explore des thématiques similaires : obsession de la jeunesse, quête de perfection, pression des normes esthétiques et besoin constant de validation dans une société aux standards restrictifs. Cette réflexion s’inscrit pleinement dans les débats actuels sur la représentation LGBT au cinéma et dans les médias, où les corps et les identités restent trop souvent filtrés par des attentes normatives.
Une parenthèse plus intime au cœur de l’intrigue
La série gagne toutefois en densité lorsqu’elle met en retrait l’enquête menée par son duo de protagonistes pour se concentrer sur l’origine du virus. Le sixième épisode, mis en ligne le 12 février, adopte ainsi la forme d’un préquel.
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On y apprend que l’IST provient d’un virus conçu en laboratoire, qui n’était pas destiné à être diffusé. Un employé découvre cependant que cette création scientifique améliore considérablement l’apparence physique. Il subtilise alors deux doses : l’une pour lui, afin d’échapper à une solitude pesante, l’autre pour son amie Clara, une femme transgenre.
Clara, au cœur d’un message trans-affirmatif
Clara est interprétée par l’actrice trans Rev Yolanda. Face à l’injection, son personnage exprime d’abord ses craintes :
« Et si ça foire ? (…) Et si ça me transforme en mec ? Mes hormones s’emballent. Les œstrogènes et la testostérone se foutent sur la gueule. Je ne sais plus ce qui se passe en moi. Mais je m’en fiche. Je dois essayer… »
Elle poursuit :
« Si je suis la femme que je sais que je suis, c’est ce que je vais devenir. Pour une fois dans ma vie, si on m’offre une chance d’être vue de l’extérieur telle que je me sens à l’intérieur, je dois la saisir. »
Au terme d’une transformation douloureuse, qui n’est pas sans rappeler The Substance, Clara apparaît sous les traits d’une femme cisgenre incarnée par Lux Pascal, sœur trans de Pedro Pascal.
La révélation est majeure : le virus ne se contente pas d’embellir. Il matérialise extérieurement l’identité profonde de chacun. À travers ce rebondissement, The Beauty formule un message clair : la transition de genre ne relève pas d’un caprice esthétique, mais d’un cheminement intime vers la cohérence entre identité intérieure et apparence.
Pour approfondir ces enjeux identitaires et mieux comprendre les réalités vécues par les personnes concernées, vous pouvez consulter notre rubrique dédiée aux questions transgenres et identités de genre, qui analyse ces thématiques sous un angle sociétal et culturel.
Sous ses dehors fantastiques et excessifs, la série offre ainsi une réflexion trans-positive sur la quête d’authenticité et sur la possibilité, enfin, d’être perçu·e tel·le que l’on se sait au plus profond de soi.
