Le ministre de l’Éducation annonce une compensation pour la veuve de l’enseignante
Le ministre de l’Éducation nationale, Edouard Geffray, a affirmé mardi 10 février à l’Assemblée nationale qu’une proposition de réparation serait adressée à la veuve de Caroline Grandjean. L’institutrice, victime de harcèlement homophobe, s’est suicidée en septembre 2025 dans le Cantal. Une enquête administrative a mis en évidence une « défaillance institutionnelle » dans le traitement de sa situation par l’Éducation nationale.
« Il faut condamner les conséquences, d’abord en termes de responsabilité du ministère, et c’est pour ça que je ferai évidemment une proposition de réparation à Mme Paccoud-Grandjean », a déclaré le ministre lors des questions au gouvernement. Selon une source du ministère citée par l’AFP, cette mesure pourrait inclure un dédommagement financier, dont les modalités restent à définir en concertation avec l’avocate de la veuve.
Un drame marqué par le harcèlement lesbophobe
Caroline Grandjean, âgée de 42 ans, avait été la cible d’actes de harcèlement dès septembre 2023, notamment en raison de son orientation sexuelle. Des inscriptions insultantes, telles que « sale gouine » ou « gouine = pédophile », avaient été découvertes sur les murs de son école à Moussages, une commune de 200 habitants dans le Cantal. Une enquête judiciaire avait été ouverte, mais elle fut classée sans suite en mars 2025, faute d’éléments nouveaux.
Plongée dans une détresse profonde, l’enseignante, alors en arrêt maladie, s’était vu proposer un poste à proximité pour la rentrée scolaire. Elle n’avait toutefois pas été en mesure de reprendre le travail. Sa compagne, Christine Grandjean-Paccoud, a depuis déposé plainte contre l’institution pour harcèlement.
Une réponse jugée insuffisante par la veuve
La réaction de la veuve de l’enseignante à la promesse de compensation a été empreinte de scepticisme et de douleur. Sur les ondes d’Ici Pays d’Auvergne, Mme Grandjean-Paccoud a exprimé son indignation :
« Cette compensation financière, je la reçois comme “on va lui donner des sous à cette petite dame, et peut-être qu’elle va s’arrêter” ».
Elle a ajouté : « L’argent, c’est tellement rien à côté de ce que j’ai perdu. Ce n’est pas avec de l’argent qu’on va me faire taire. Je hurlerai jusqu’à ce que les responsables soient reconnus. »
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Des manquements administratifs reconnus
Le rapport d’enquête, rendu public le 6 février, souligne que l’accompagnement de l’enseignante fut insuffisant. Le ministère reconnaît que Caroline Grandjean a ressenti un manque de soutien, notamment dans ses conflits avec certains parents. Des décisions administratives perçues comme injustes, telles que le refus d’une bonification liée à sa Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH), ont également été relevées.
Transmis au ministre en janvier, le rapport évoque une succession de microdécisions administratives ayant contribué à la défaillance institutionnelle. « En termes de pratiques, il faut profondément humaniser nos procédures », a plaidé Edouard Geffray devant l’Assemblée. Il a décrit une gestion bureaucratique et inadaptée face à une situation humaine tragique.
« Plus que dramatique, puisqu’elle a mis fin à ses jours à la suite d’attaques lesbophobes dont elle était victime par des tiers qui n’ont pas encore été identifiés », a-t-il souligné.
Pas de faute individuelle identifiée
Malgré les constats accablants du rapport, le ministre a précisé qu’aucune intention malveillante ni faute personnelle n’avait été relevée parmi les agents impliqués. Il a insisté sur le fait que les fonctionnaires restent des hommes et des femmes confrontés à une complexité de décisions dans un cadre administratif rigide.
« Ceux qui gèrent les autres ne sont pas inhumains », a conclu M. Geffray, tout en reconnaissant une mécanique institutionnelle défaillante qui n’a pas su protéger une enseignante en détresse.






