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New Cancan Marseille — Mémoire d’un Cabaret Queer Disparu

New Cancan Marseille
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Pendant plus de trente ans, le New Cancan a été l’un des cœurs battants de la nuit queer marseillaise. Niché rue Sénac-de-Meilhan, à quelques pas de la Canebière, ce club a vu défiler des générations entières de corps en quête de liberté, d’identités en construction, d’amours naissantes et de solitudes qui trouvaient enfin refuge.

Aujourd’hui, le New Cancan n’ouvre plus ses portes.
Son nom ne brille plus au-dessus d’un dancefloor.
Il appartient désormais à la mémoire.

Mais comme tous les lieux queer disparus, il continue d’exister autrement : dans les récits, dans les souvenirs, dans les trajectoires qu’il a façonnées.


Un phare dans la nuit marseillaise

Ouvert au début des années 1990, le New Cancan s’impose rapidement comme la grande boîte queer de Marseille. À une époque où les espaces LGBTQIA+ sont rares, souvent précaires, parfois clandestins, le lieu offre quelque chose de fondamental : un territoire visible, identifié, assumé.

On y vient pour danser.
Mais surtout pour respirer.

Le New Cancan, ce n’était pas seulement un club.
C’était un sas. Un seuil. Un passage entre la rue et soi-même.

Dans une ville populaire, brute, traversée par mille cultures, il devient un point d’ancrage pour celles et ceux qui ne trouvent pas leur place ailleurs. Ici, on peut :

  • aimer sans se cacher,
  • performer son genre,
  • rire trop fort,
  • danser trop tard,
  • exister sans justification.

Une esthétique cabaret, entre fête et transgression

Le New Cancan héritait d’un esprit presque cabaret :
performances transformistes, shows drag, silhouettes flamboyantes, humour irrévérencieux, théâtralité assumée.

On n’y venait pas seulement pour consommer la nuit, mais pour la vivre comme une scène.

Chaque soirée était une petite pièce queer improvisée :
corps maquillés, talons trop hauts, paillettes, cris, chansons hurlées, baisers volés à la sortie.

Dans un monde souvent hostile, le New Cancan proposait un autre décor.
Un décor où l’on pouvait enfin être personnage principal.


Un lieu de premières fois

Pour beaucoup, le New Cancan fut :

  • la première soirée queer,
  • le premier baiser public,
  • la première danse sans honte,
  • la première fois qu’on se sentait “à sa place”.

Ces lieux ne laissent pas toujours de traces officielles.
Ils ne figurent pas dans les manuels d’histoire.
Mais ils marquent des vies.

Le New Cancan a accompagné des coming-outs silencieux, des reconstructions intimes, des renaissances nocturnes.
Il a été un refuge émotionnel autant qu’un espace festif.


La fermeture : quand un monde s’efface

Comme tant d’autres lieux LGBTQIA+ en France, le New Cancan n’a pas résisté aux mutations profondes de la nuit :

  • pression immobilière,
  • normes administratives toujours plus lourdes,
  • fragilisation économique des lieux indépendants,
  • déplacement des sociabilités vers le numérique,
  • transformation des pratiques festives.

Sa fermeture n’est pas un simple fait commercial.
Elle est le symptôme d’un phénomène plus large :
la disparition progressive des espaces queer physiques.

Quand un lieu comme le New Cancan ferme, ce n’est pas seulement une piste de danse qui s’éteint.
C’est un territoire symbolique qui disparaît.
Un espace où l’on pouvait se reconnaître sans mot.


Ce qu’il reste

Aujourd’hui, le New Cancan n’existe plus comme lieu vivant.
Mais il demeure :

  • dans les récits murmurés entre ancien·nes,
  • dans les photos floues d’un autre temps,
  • dans les souvenirs de nuits trop courtes,
  • dans les corps qui y ont appris à se tenir droit.

Il est devenu un lieu fantôme
non pas un vide, mais une présence invisible dans la cartographie queer de Marseille.


Pourquoi l’archiver

À Marseille, la culture queer a longtemps été mouvante, hybride, parfois clandestine.
Le cabaret n’y a jamais été une institution figée : il s’est incarné dans des bars, des clubs, des scènes improvisées, des nuits uniques.*

Inscrire le New Cancan dans une mémoire collective

Le New Cancan ne fut pas un cas isolé. Comme d’autres lieux aujourd’hui disparus, il s’inscrit dans une histoire plus large de la nuit queer marseillaise, faite de lieux forts, parfois éphémères, souvent fragiles, mais essentiels à la construction des sociabilités LGBTQIA+. Pour replacer son parcours dans cette mémoire collective et découvrir d’autres établissements marseillais aujourd’hui fermés, une page dédiée retrace l’histoire des cabarets queer marseillais disparus, afin de préserver la trace de ces lieux qui ont façonné la culture nocturne queer locale.

Archiver le New Cancan, c’est :

  • reconnaître une histoire queer locale,
  • transmettre ce qui ne figure dans aucun registre officiel,
  • affirmer que la culture LGBTQIA+ ne se limite pas aux capitales visibles,
  • préserver la mémoire des lieux qui ont permis d’exister.

Le New Cancan est fermé.
Mais tant qu’il est raconté, il continue de vivre.

Et tant que ces lieux sont nommés,
ils ne disparaissent jamais tout à fait.