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« Heated Rivalry » : pourquoi cette romance queer entre deux hockeyeurs affole les compteurs ?

Heated Rivalry
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Une histoire d’amour entre deux sportifs de haut niveau, adaptée d’un best-seller, portée par une tension érotique assumée : la série canadienne Heated Rivalry s’est imposée comme un phénomène inattendu. Diffusée depuis fin novembre en Amérique du Nord et en Australie, elle arrive en France sur HBO Max le 6 février. Et son succès dépasse largement les cercles queer.

Imaginez un scénario où Rafael Nadal et Roger Federer auraient vécu une passion secrète. C’est cette dynamique que transpose Heated Rivalry dans l’univers du hockey sur glace. La première saison suit Ilya Rozanov, prodige russe, et Shane Hollander, star montante canadienne. Rivaux acharnés sur la glace, ils entament en coulisses une relation intense, qu’ils doivent cacher dans un milieu où l’homosexualité reste un sujet sensible. Aux États-Unis et au Canada, un seul joueur de NHL a publiquement fait son coming out, en 2021.

Adaptée de la saga littéraire à succès Game Changers de Rachel Reid, la série a connu une ascension fulgurante. En quelques jours, elle est devenue le programme original le plus regardé sur la plateforme Crave au Canada. HBO Max, qui a acquis les droits juste avant sa sortie, a annoncé une diffusion mondiale en Europe, en Amérique latine et en Asie.

Sur TikTok, les vidéos liées à la série cumulent déjà des dizaines de millions de mentions “j’aime”. Des communautés de fans émergent partout, y compris en France, bien avant sa diffusion officielle. Dans plusieurs villes canadiennes et américaines, des bars organisent même des soirées de visionnage collectif. Les romans dont la série est issue figurent dans les classements du New York Times, tandis que le merchandising se vend à grande vitesse.

L’accueil critique est à la hauteur de l’engouement populaire : Heated Rivalry figure parmi les séries les mieux notées par les internautes sur IMDb et a été nommée aux GLAAD Awards, qui récompensent les œuvres favorisant une représentation juste des personnes LGBT+.

Heated Rivalry affiche serie

Une série queer dans un climat tendu

Ce succès n’avait pourtant rien d’évident. Ni le créateur Jacob Tierney, ni les diffuseurs ne s’attendaient à une telle réception. Pour l’auteur et réalisateur Maxime Donzel, spécialiste des représentations LGBT+, la série “vient combler un vide” pour des spectateurs en quête de récits qui leur ressemblent. Il rappelle que la visibilité queer à l’écran connaît des cycles, et que nous traversons actuellement une phase de reflux après plusieurs années de progression.

Heated Rivalry se distingue aussi par son approche. Rares sont les séries queer qui évitent le registre tragique : coming out douloureux, destins brisés, morts symboliques. Ici, la tension dramatique existe, mais elle n’aboutit pas à une fin sombre. Au contraire, la série assume un dénouement heureux, ce qui reste encore peu fréquent dans ce type de récit.

Autre singularité : la place accordée à la sexualité. Là où beaucoup de productions choisissent d’édulcorer les relations queer pour toucher un public large, Heated Rivalry montre des scènes intimes franches, sans tomber dans la provocation gratuite. Une manière de rompre avec des représentations trop sages, qui ont parfois transformé les personnages LGBT+ en figures aseptisées.

La série est également saluée pour sa finesse dans le traitement de certains thèmes : l’effet libérateur que peut avoir le coming out d’autrui, ou encore la bisexualité, incarnée par le personnage d’Ilya, souvent caricaturée ou mal comprise à l’écran.


Un phénomène porté par la “new romance”

Le public de Heated Rivalry ne se limite pas aux spectateurs gays. Dès la diffusion de la bande-annonce, une large part des réactions provenait de femmes, déjà lectrices des romans originaux. Un constat logique : la saga s’inscrit dans le courant de la “new romance”, un genre extrêmement populaire auprès des lectrices.

Ces récits, très codifiés, reposent sur des oppositions fortes – ennemis devenus amants, relations interdites, désirs contrariés – et intègrent souvent une dimension sensuelle marquée. Le principe fonctionne aussi lorsque les protagonistes sont deux hommes. Ce n’est pas nouveau : depuis les années 1970 au Japon, les mangas centrés sur les relations masculines (“yaoi”) sont majoritairement écrits pour un public féminin.

La romance queer offre en outre une tension naturelle : les obstacles à l’amour ne sont pas artificiels, ils s’ancrent dans la réalité sociale. Elle permet aussi d’explorer une masculinité différente, plus vulnérable, moins violente. Dans la série, le consentement est constamment présent, et les deux héros découvrent chez l’autre une écoute et une douceur rares dans les récits traditionnels.

Comme le résume l’un des acteurs : ce qui touche le public, ce ne sont pas seulement les scènes intenses, mais les moments intermédiaires – le désir, les silences, la fragilité, la connexion. Des émotions parfois absentes des romances hétérosexuelles, souvent prisonnières de stéréotypes.

Dans un contexte mondial anxiogène, Heated Rivalry propose aussi un refuge : une bulle de tendresse et d’espoir, particulièrement dans ses derniers épisodes. Une série “doudou”, selon l’expression de plusieurs critiques. Bonne nouvelle pour les fans : une saison 2 est déjà confirmée. Il faudra toutefois patienter, sa diffusion n’étant pas attendue avant 2027.

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